LES COSAQUES. G
logne se releva par un effort désespéré : elle refoula les Suédois et parvint à diviser ses ennemis, en délournant le tsar contre les provinces suédoises de la Baltique orientale et en achetant la paix de l'électeur de Brandebourg par la renonciation à la suzeraineté polonaise sur la Prusse ducale. La Pologne reconnut l'indépendance de l'Ukraine et de ses annexes. Bogdan Chmielnicki cherchait à échapper au maître qu'il s'était donné, et à ménager aux Cosaques l'indépendance de fait entre la Pologne et la Moscovie. Il mourut, et ce rêve s'évanouit avec lui (1657). Après lui, les Cosaques se divisèrent; une grande partie se donnèrent au tsar avec le pays d'outre Dnieper et Kicf ; le reste se retourna vers la Pologne, avec presque toute la rive occidentale du Dnieper. Le traité de Hadziacz (septembre 1658) reconnut une noblesse cosaque et l'égalité des droits entre le clergé grec-orthodoxe et le clergé catholique. Le tsar recommença la guerre; les Cosaques aidèrent puissamment les Polonais à gagner une bataille en Ukraine (juillet 1659).
La diète polonaise viola le traité de Hadziacz, en refusant de nouveau de recevoir dans son sein le métropolitain grec de Kief !
La révolte cosaque et russienne recommença. Les Moscovites reparurent en deçà du Dnieper. La Pologne se retrouva en péril de mort, et ne fut sauvée que par la paix que la France lui ménagea avec la Suède (1660-1661). Le héros auquel la Pologne allait devoir ses dernières splendeurs, Sobieski, avait paru. Les Moscovites essuyèrent de grandes défaites en Lithuanie, enVolhynie, en Ukraine. On les poursuivit au delà du Dnieper; la Sévérie,les rives de la Desna, le principal affluent oriental du Dnieper, furent un moment reconquises ; mais la politique fanatique de la diète avait porté ses fruits : les Petits-Russiens d'outre Dnieper, trèsattachés à l'orthodoxie grecque, s'unirent aux Cosaques et
aux Moscoviles pour repousser les Polonais. Il fallut repasser le fleuve. Au commencement del6G7, la trêve d'Andruzof laissa provisoirement aux mains du tsar Smolensk les provinces de la rive orientale du Dnieper, et même Kief. Ce provisoire fut définitif. La Moscovie avait promis de restituer Kief dans deux ans : elle ne la rendit jamais.
L'invasion imminente d'un nouvel ennemi avait rendu cette trêve nécessaire aux Polonais. L'empire ottoman, reprenant les vastes desseins de Soliman le Magnifique et aspirant à déborder de l'Archipel et de la mer Noire jusqu'à la Baltique, allait tomber de tout son poids sur la Pologne. Les Turcs et les Tartares de Crimée, leurs vassaux, appelés par les Cosaques de l'Ukraine, envahirent le littoral entre les bouches du Dnieper et du Dniester, et fermèrent la mer Noire à la Pologne, qui venait déjà de perdre une grande partie de son littoral de la Baltique en cédant la Livonie aux Suédois. D'immenses hordes de barbares roulèrent par la Podolie versla Vistule(1672).
Un historien français a raconté, dans un livre vivement coloré ', les prodigieuses victoires par lesquelles un des plus grands hommes de guerre qui aient jamais existé, Jean Sobieski, dissipa ces multitudes avec une poignée de soldats enflammés de son génie. D'abord entravé par la jalousie du roi Michel Korybut Yiesnoviczki, puis appelé au trône à la mort de cet indigne rival, il retrouva en bas les obstacles qu'il avait rencontrés en haut, et usa sa glorieuse existence à lutter contre l'anarchie autant que contre l'ennemi.
Plus préoccupé des périls du présent que de ceux de l'avenir, afin d'avoir les mains hbres contre les Turcs, vaincus, mais encore maîtres de Kamieniecz, la place d'armes de la Podolie, il renouvelle, pour quinze ans, la trêve avec la
* Histoire du roi Jean Sobieski et du roi/autne de Pologne, par M. A. de Salvandy; nouvelle édition; Paris, Didier, 18G5.