TESTAÏIENT DE PIERRE LE GRAND
fautes et les malheurs de Louis XIV, ne fit et ne put rien pour lui.
Pierre le Grand l'avait emporté sur Charles XII : il continue et pousse en avant son œuvre. Il meurt en laissant à ses héritiers ou la lettre ou l'esprit de ce fameux testament qui sera le guide de la nouvelle Russie qu'il a fondée.
Voici ce document, dont le gouvernement moscovite a souvent et récemment encore nié l'authenticité, mais dont il n'a jamais cessé de poursuivre la réalisation dans la mesure et avec les modifications réclamées par les circonstances.
TESTAMENT rOLlTTQUE DE PIERRE LE GRAND.
« Au nom de la très-sainte et indivisible Trinité, Nous, Pierre 1", etc., etc.; à tous nos descendants et successeurs au trône et gouvernement de la nation russe.
« Le grand Dieu, de qui nous tenons notre existence et notre couronne, nous ayant constamment éclairé de ses lumières et soutenu de son divin appui, me permet de regarder le peuple russe comme appelé, dans l'avenir, à la domination générale de l'Europe. Je fonde cette pensée sur ce que les nations européennes sont arrivées, pour la plupart, à un état de vieillesse voisin de la caducité, ou qu'elles y marchent à grands pas ; il s'ensuit donc qu'elles doivent être facilement et indubitablement conquises par un peuple jeune et neuf, quand ce dernier aura atteint toute sa force et toute sa croissance. Je regarde l'invasion future des pays de l'Occident et de l'Orient par le Nord, comme un mouvement périodique arrêté dans les desseins de la Providence, qui a ainsi régénéré le peuple romain par Pinvasion des barbares. Ces émigrations des hommes polaires sont comme le flux du Nil, qui, à certaines époques, vient engraisser de son limon les terres amaigries
de l'Égyple. J'ai trouvé la Russie rivière, je la laisse /î<;/a'd; mes successeurs en feront une grande mer destinée à fertiliser l'Europe apauvrie, et ses flots déborderont malgré toutes les digues que des mains affaiblies pourront leur opposer, si mes descendants savent en diriger le cours. C'est pourquoi je leur laisse les enseignements suivants; je les recommande à leur attention et à leur observation constante :
I. Entretenir la nation russe dans un état de guerre continuelle, pour tenir le soldat aguerri et toujours en haleine; ne le laisser reposer que pour améliorer les finances de l'État; refaire les armées, choisir les moments opportuns pour l'attaque. Faire ainsi servir la paix à la guerre et la guerre à la paix, dans l'intérêt de l'agrandissement et de la prospérité croissante de la Russie.
[I. Appeler par tous les moyens possibles, de chez les peuples instruits de l'Europe, des capitaines pendant la guerre et des savants pendant la paix, pour faire profiter la nation russe des avantages des autres pays sans lui faire rien perdre des siens propres.
in. Prendre part, en toute occasion, aux affaires et démêlés quelconques de l'Europe, et surfout à ceux de l'Allemagne, qui, plus rapprochée, intéresse plus directement.
IV. Diviser la Pologne en y entretenant le trouble et des jalousies continuelles; gagner les puissants à prix d'or; influencer les diètes, les corrompre, afin d'avoir action sur les élections des rois ; y faire nommer ses partisans, les protéger; y faire entrer les troupes moscovites, et y séjourner jusqu'à l'occasion d'y demeurer tout à fait. Si les puissances voisines opposent des difficultés, les apaiser momentanément en morcelant le pays, jusqu'à ce qu'on puisse reprendre ce qui aura été donné.
V. Prendre le plus qu'on pourra de la Suède, et savoir se faire attaquer par elle pour avoir le prétexte de la sub-