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REPARATION NECESSAIRE

noire code civil dans le grand-duché de Varsovie (royaume de Pologne actuel et Posnanie).

Mais l'applicalion du code civil français à une société si différente ne fut pas un bienfait sans mélange : le code, qui rendait la liberté au paysan, appliqué à faux, lui était la terre, parce que le paysan, qui était en réalité et dans l'usage un possesseur héréditaire astreint à certaines charges et services envers le seigneur', fut considéré dorénavant comme un fermier ou métayer qu'on peut évincer. Une partie des seigneurs, agissant en pleins propriétaires selon le code, en abusèrent, soit pour évincer les fermiers, soit do moins, plus fréquemment, pour leur imposer des aggravations de charges. La lutte continuait, dans le sein de la noblesse polonaise, entre les traditions déplorables qui avaient perdu le passé et les sentiments généreux et prévoyants qui poussaient à l'avenir.

La révolution de 1850 arriva : l'aristocratie, qui la gouverna, ne comprit pas les conditions du salut public; la grande occasion fut manquée.

Nous disions plus haut que la Pologne, à partir du premier démembrement, avait mérité la compassion et le respect par ses efforts pour se régénérer.

Nous faisions de douloureuses réflexions sur les expiations sans fin par lesquelles passe cette nation infortunée. N'accusons pas la Providence. Si la Pologne nobiliaire avait réparé, en 1791, ses fautes politiques, elle n'avait pas assez compris, ni alors ni depuis, la grandeur de sa faute, disons-le nettement, de son crime social, ni la grandeur de la réparation nécessaire : ne pas réparer le passé quand de telles occasions vous sont offertes, c'est le continuer et en prolonger la peine.

* Des obligations fixes avoiciil généra' emciit remplacé l'arbitraire effréné lies plus mauvais jours. Il n'est donc pas juste de prétendre qu'il ne s'était c>i)éré aucun progrès.

g Après la catastrophe de 1851, les yeux commencèrent h s'ouvrir : ils s'ouvrirent surtout dans cette petite noblesse que l'émigration mit en contact avec le libéralisme et la démocratie de l'Occident, cette sziachta que les champions du tsarisme poursuivent d'une haine si forcenée.

Les émigrés et, par leur influence, la petite noblesse restée à l'intérieur, se pénétrèrent de la conviction que la Pologne ne pouvait renaître que démocratique. La démocratie nobiliaire avait compris une chose que sont forcés d'avouer les plus violents ennemis de la Pologne; c'est que, depuis qu'en 1791 la noblesse admit les liabitants des villes à l'égalité politique, les villes, autrefois si froides pour la chose publique, sont devenues aussi passionnément polonaises que les nobles. La démocratie nobiliaire avait donc compris qu'il fallait assurer à la cause nationale les campagnes comme on lui avait assuré les villes, et qu'ici, l'ancienne injustice ayant été non pas seulement politique, mais sociale, il fallait que la réparation fût sociale aussi, et que le paysan, autrefois dépouillé de la terre par des lois iniques, fût déclaré pro|r!étaire en même temps que citoyen.

1846 tenta de faire ce que n'avait pas fait 1831. Quinze ans après la chute de Varsovie, la vieille Cracovie, cette primitive capitale de la Pologne, restée jusque-là en dehors des partages, se lève à son tour, et, par un des contrastes les plus tragiques de l'histoire, au moment même où l'aveugle vengeance des paysans, se déchaînant contre les nobles, faisait échouer l'insurrection en Gallicie, le gouvernement provisoire de Cracovie déclarait les paysans propriétaires des terres dont ils étaient tenanciers, et mettait l'indemnité due aux propriétaires à la charge de la nation (février 1846).

Si le gouvernement du royaume de Pologne eût publié une telle déclaration en 1831, quand il avait en main un

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État organisé et une armée, la pairie eût sans doute été sauvée.

On vit alors comme la préface de ce qui se passe aujourd'hui. Le tsar releva pour son compte l'appel de la Révolution ; Nicolas comprit la portée de la déclaration de Cracovic, et, saisi tout à coup d'une paternelle sollicitude pour les paysans du royaume, il prit en leur faveur une mesure moins radicale que celle de Cracovie, mais toutefois d'une certaine importance; de la même main qui fermait ou autorisait à fermer les écoles des villages, il interdit aux propriétaires d'évincer les tenanciers et d'augmenter les redevances (26 mai — 7 juin 1846). Écraser les intérêts moraux et gagner les intérêts matériels, il y avait là toute une politique.

Les choses en restèrent là dans le royaume jusqu'à l'avénement d'Alexandre II.

A peine le nouveau tsar eut-il ouvert une enquête sur la question des paysans de l'empire russe, qu'un fait considérable se produisit dans les anciennes provinces polonaises séparées du royaume. Tandis que la noblesse moscovite se montrait peu encline à l'émancipation, la noblesse lithuanienne des gouvernements de Vilna, Kovno et Grodno prenait l'initiative et demandait l'abolition immédiate du servage (1857)' : Alexandre II félicita ces propriétaires lithuaniens qu'il devait livrer bientôt à la dictature exterminatrice de Mouravief.

Pendant ce temps, le tsar autorisait dans le royaume la formation de la Société agronomique, composée de presque tous les grands propriétaires, dans le but de préparer la solution de la question des paysans, c'est-à-dire de la question des terres, puisque la question des personnes, l'abolition du servage, était résolue dans le royaume depuis 1807.

' La noblesse du gouveraeinont de Minsk suivit cet exemple.

L'année d'après, parut un oukase sur Vacccnsement volontaire, c'est-à-dire sur la transformation amiable des redevances en nature et des services personnels' en un cens ou rente en argent.

Les grandes difficultés que rencontra la réalisation de cette mesure ont été attribuées par les écrivains moscovites au mauvais vouloir des propriétaires, et par ceux-ci aux espérances de distribution gratuite des terres répandues parmi les tenanciers par des agents secrets du gouvernement russe. Ce qui n'est pas douteux, c'est que l'instinct d'une prochaine et générale réparation n'agilàt partout les paysans : la propriété seule pouvait les satisfaire.

Néanmoins, au commencement de 1831,1a Société agronomique était parvenue à opérer, dans la plupart des grandes propriétés, la conversion des services personnels en rentes, et, avant que n'eût paru l'oukase émancipant les serfs des seigneurs dans l'empire russe^ (5 mars 1861), la Société avait exprimé le vœu qu'un plan de rachat de la rente foncière donnât aux paysans du royaume les moyens d'acquérir les terres qu'ils cultivaient (20 février 1801).

La situation était bien changée depuis h temps où le tsar remerciait la noblesse lithuanienne de devancer ses intentions. Entre Alexandre II, résolu de maintenir l'œuvre de son père, et les patriotes polonais, déclarant ouvertement au tsar qu'ils ne pouvaient accepter l'association à l'empire russe que moyennant la reconstitution de la Pologne de 1772% toute transaction devenait impossible. La Société agronomique fut dissoute. La Société du crédit fon-

* G ctail l'équivalent des anciennes corvées, mais résiillant d'engagements libres dont la rareté de l'argent avait été la principale cause.

^ Les serfs des seigneurs, disons-nous; car la condition des paysans du domaine impérial, presque aussi nombreux que ceux des particuliers (plus de dix-huit millions contre vingt}, n'a été changée en rien.

■' V. le procès-verbal de l'assemblée de Ilorodlo, et les adresses de la noblesse des anciennes provinces polonaises dans le recueil intitulé : Affaire e Pologne; Paris, décembre 1805.

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