PROPRIÉTÉ AUX PAYSANS
cier, plus ancienne et moins politique, releva les projets de l'association dissoute et présenta au gouvernement un plan qui assurait aux tenanciers la propriété de leurs lenures moyennant le payement de vingt-huit annuités.
Le gouvernement russe rejeta ce plan de rachat. Il ne voulait pas donner à la grande propriété un moyen de réconciliation avec les paysans ; il publia deux oukases ordonnant Yaccensement obligatoire, mais sans rien décider quant au rachat.
L'insurrection éclata, et le premier acte du gouvernement national fut de renouveler la déclaration de Cracovie.
Cette fois, le décret qui rendait les paysans propriétaires de leurs tenures ne fut pas, comme en 1846, le cri d'un soulèvement à l'instant étouffé; revêtu d'une tout autre autorité, il fut accepté de ceux auxquels il imposait ce sacrifice réparateur.
Voilà ce que firent les propriétaires. Que firent les paysans?
Des maux séculaires ne s'effacent pas en un jour : des âmes déprimées par la longue habitude d'une oppression héréditaire ne remontent pas à l'héroïsme au premier appel, et, dans les conditions, bien différentes de 1794 ou de 1 Soi , où se trouvait le pays, tout entier sous la main de l'étranger, aucun succès n'était possible sans un enthousiasme héroïque et des efforts surhumains de la part de tous.
Les paysans, étourdis et saisis de la grande nouvelle proclamée dans tous les villages et confirmée par les propriétaires, acceptèrent, avec une joie facile à comprendre, la réforme sociale; mais, quand on les appela aux armes, ne voyant l'insurrection nationale soutenue que par de petits corps tenant la campagne au nom d'un pouvoir occulte, et non par un gouvernement maître de la capitale et par une imposante armée, comme en 1850, la plupart hésitèrent, attendirent, craignant les retours offensifs des Russes, l'incendie de leurs villages, la destruction de leurs fa-
milles; ils favorisèrent, entretinrent, renseignèrent, guidèrent les insurgés ; mais ils ne surent pas être eux-mêmes à temps celte armée qu'ils attendaient, et donner la levée en masse à la patrie; dernier et le plus cruel châtiment de l'ancienne Pologne, au moment où elle abdiquait enfin devant une Pologne nouvelle !
Que, dans ces jours de suprême angoisse, le gouvernement anonyme, abandonné du dehors, ne trouvant pas dans les campagnes l'unanime élan qu'il s'était cru le droit d'attendre, et voyant croître de jour en jour l'atrocité de cette répression moscovite qui aboutit en juin à l'épouvantable régime de Mouravief ; que, cédant alors à ces sombres inspirations trop bien connues de notre Révolution française, ces dictateurs du désespoir aient recouru, à leur tour, à des armes fatales, à ces moyens de terreur qui dégénèrent inévitablement en fureurs aveugles chez les agents subalternes, cela a pu entacher partiellement dans les faits un mouvement si pur dans son origine ; mais cela n'a rien pu changer à la justice de la cause, ni faire que le droit cessât d'être le droit.
Si la terreur élevée contre la terreur a opposé parfois des crimes à des crimes', ils sont tous également les iils du vieux crime, de votre crime à vous, conquérants démembreurs de nations par la trahison et par la force !
Le décret du 22 janvier 1865 n'en est pas moins aujourd'hui le droit légal de la Pologne.
' Est-il besoin de dire avec quelle absolue défiance il convient d'accueillir à cet égard les relations moscovites, officielles ou autres, telles qu'on les rencontre, par exemple, dans le livre de M. de MoUcr [Situation de la Polojne an \" janvier 1865), œuvre d'une haine délirante contre tout ce qui est polonais? Quelle autorité peuvent avoir pour nous les enquêtes russes, et qui fera l'enquête sur les enquêteurs?