‹ La Russie et l'EuropeChapitre 47 sur 119 · L'ANGLETERRE EN · texte numérisé non relu

L'ANGLETERRE EN

laquelle il n'y a point d'aclion? — Tout le monde sait leur secret. Ils n'arrêteraient dorénavant ni la France, ni la Russie ou SCS deux complices, pas plus qu'ils ne détacheront de nous, comme ils y avaient compté, l'Italie, fine politique (jui sait distinguer entre les actes et les paroles*.

De tout ceci semble résulter l'imminence d'un changement qui, chez un peuple positif et sensé comme le peuple anglais, doit remettre l'apparence d'accord avec la réalité et supprimer les frais inutiles.

L'ancienne direction vvhig ou tory n'a plus de raison d'être: elle donnait la grandeur en compensation de l'égalité qu'elle refuse; elle ne la donne pIus^ Ce gouvernement, à grandes prétentions compromettantes, à grands mouvements stériles, a plié en Europe devant des puissances de second ordre qu'il était habitué autrefois à tenir à ses gages; il a compromis plus dangereusement l'Angleterre en Amérique par son mauvais vouloir impuissant contre les Etats-Unis; lui, le représentant des traditions, il a délaissé la noble tradition abolitioniste et s'est vu enveloppé dans la défaite de l'esclavagisme. Bienheureux a-t-il été de s'être trouvé obligé, par l'admirable attitude des masses ouvrières anglaises, à rentrer, vis-à-vis des États- Unis, dans une neutralité un peu tardivement sincère; — bienheureux est-il, aujourd'hui, que la politique modérée

gleterre! Eh bien! la correspondance diplomatique de lord Derby montre fort clairement que, tout en s'efforçant de faire reculer la France devant la perspective de la grande coalition, de la- coalition à quatre, lord Derby ne pensa pas un instant t[ue la réalisation de celle menace lût possible.

1 L'Ilalie n'ignore pas que, si Venise est encore esclave, une des causes a été la diversion que l'Angleterre préparait du côté de l'Egypte et qui contribua à précipiter Villafranca. Depuis, on sait les paroles de lord Russellen faveur de Vuli possidetis de l'Autriche en Vénétic.

^ Pour ètrejuslc, il faut reconnaître que, dans l'appréhension que le gouvernement anglais a de la guerre, entre pour beaucoup le sentiment que la force relative de l'Angleterre a diminué par le changement des conditions do la guerre maritime, la supérioriié du personnel naval et même de la science navale n'étant plus si décisive qu'autrefois.

(le Lincoln à rextérieur ait été maintenue par le successeur de ce grand martyr de la démocratie : — Dieu sait ce qui se passerait, à l'heure qu'il est, non point au Canada, c'est bien la moindre chose! mais en Irlande, si le gouvernement américain eût pris la passion et non la raison pour guide !

L'avènement de l'esprit bourgeois, du système de Manchester, appliqué par l'aristocratie elle-même, ralliée bon gré malgré aux amis du regrettable Cobden, parait donc proche, — avec la réforme plus ou moins démocratique des élections anglaises; — avec la réconcilialion, ou, du moins, les relations pacifiques entre les deux sœurs ennemies, l'Angleterre et l'Amérique; — avec la non-intervention avouée , proclamée en Europe ; — avec le bon voisinage et les bonnes relations d'affaires, sans arrièrepensées, entre l'Angleterre et la France. On ne promettrait rien à personne et l'on ne tromperait personne. On ne ferait rien, et l'on n'empêcherait rien. — Est-ce là vraiment tout l'avenir du grand peuple anglais? Et qu'y aurait-il au bout d'une telle politique? Ce n'est pas le moment de le discuter : nous y reviendrons. Nous constatons, avons-nous dit, les faits actuels, en tâchant de prévoir les faits prochains '■.

Il nous importe seulement qu'on ne se méprenne pas sur l'esprit de ce qu'on vient de lire. Notre but n'est pas de récriminer stérilement contre l'Angleterre; il y a longtemps que nous avons dit adieu à nos préjugés de jeunesse contre le peuple britannique. Si nous tâchons de contribuer à dissiper des illusions nuisibles sur l'alliance anglaise, telle qu'elle a été, nous n'en sommes pas moins partisan convaincu de l'alliance anglaise telle qu'elle devrait être et telle, nous l'espérons, qu'elle pourra être. En montrant

* Ceci était écrit avant la mort de lord Palmerston. Ce sont donc lu les faits d'hier et non les laits d'aujourd'hui.

L'ANGLETERUl-; EN 1863. 209

que la diplomatie anglaise a été déplorable au point de vue des intérêts généraux de l'Europe, nous ne nions point du tout les torts qu'on a pu avoir, de ce côté du détroit, dans les relations particulières entre la France et l'Angleterre, torts de paroles plus que de fait, procédés inquiétants et irritants, imprudentes et \aines menaces, dans certains moments dont il faudrait effacer le souvenir. Nous reconnaîtrons même un tort plus sérieux du côté de la France, durant la guerre d'Orient et à l'occasion de cette Circassic qui semble avoir été vouée à une malheureuse fatalité. Dans la première campagne, le général français inclinait à porter au Caucase les armées alliées : le gouvernement anglais ne songea qu'à Sébastopol et à la flotte russe, objectif dont il ne faut point méconnaître l'importance. Dans la seconde campagne, l'Angleterre s'était enfin décidée à secourir la Circassie; le gouvernement français, à son tour, se montra plus que tiède et ne se prêta point à une action efficace.

Ce fut une grande erreur et un grand malheur, sans doute; mais n'oublions pas que, dès le mois de mars 1855, un premier refus avait été opposé par le cabinet anglais à une première proposition en faveur de la Pologne, ce qui avait déjà modifié les dispositions de la France; que la proposition fut renouvelée et le refus réitéré après la prise de Sébastopol, et que, dès lors, la paix fut décidée dans la pensée du gouvernement français. — Que celui-ci ait eu tort de voir dans la question de Circassie une affaire tout anglaise, c'est notre avis; mais, enfin, c'était une affaire principalement anglaise, et le gouvernement anglais eut un tort plus grave de ne pas nous concéder la Pologne pour qu'on lui concédât le Caucase, et de ne pas comprendre que si, pour la Pologne, l'occasion pouvait se retrouver, pour la Circassie elle ne se retrouverait jamais. Ni la paix imposée à l'Angleterre par la France eu 1856,

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ni les loris de procédés auxquels nous faisions allusion ne justifient la politique anglaise de \ 865. Ce système qui sacrifie tout à une prétendue nécessité de faire échec à la Frande ne s'excuserait que si la France menaçait l'Angleterre dans ses conditions d'existence. Or, l'Angleterre avait eu la preuve récente du contraire. La révolte de Flnde avait offert à la France l'occasion de porter, sans grand risque et sans grands efforts, un coup terrible à la puissance britannique; on ne peut admettre que le gouvernement français n'ait point pesé ce qu'il avait à faire en telle occurrence! — La conclusion fut l'abstention absolue de tout encouragement direct ou indirect à la révolte et la stricte observation des devoirs d'une puissance amie. Le gouvernement français, mis en demeure par les événements, avait dû se poser la question : « La France doit-elle, oui ou non, frapper l'Angleterre dans ses intérêts vitaux? » — et il s'était répondu : « Non !» — et il avait bien fait.

Après cette épreuve décisive, la tradition de M. Pitt n'avait plus de raison d'être : la politique anglaise eût dû être changée; elle ne l'a pas été; serait-elle près de l'être? Le membre du gouvernement qui possède aujourd'hui l'influence^prépondérante sur l'opinion, M. Gladstone, disait, en 1865, que « d'immenses avantages résulteraient d'une confiance mutuelle et d'une coopération de la France et de l'Angleterre dans la conduite des affaires d'Orient. » C'est là une pensée juste et féconde; mais les affaires d'Orient ne peuvent s'isoler de celles de l'Europe, et l'alliance active ne saurait être localisée. On ne peut appliquer l'intervention en Orient et la non-intervention partout ailleurs. L'Angleterre pourrait-elle passer par-dessus la phase d'inertie et de non-intervention systématique pour entrer dans une autre voie?

Contentons-nous de poser ici la question.

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