ANGLETERRE ET ALLEMAGNE
Dans ce passé d'hier, que nous venons d'exposer, dans la catastrophe de la Pologne et, par suite, du Danemark, la grande responsabilité, nous l'avons vu, est à l'Angleterre.
Quelle a été la conduite de l'Allemagne à Tégard de la Pologne, en laissant de côté provisoiremeut cette phase danoise de la question européenne, qui a succédé si vite à la phase polonaise et qui a eu le même résultat, le triomphe de la fraude et de la force?
Quelles ont été l'attitude des populations et les actes des gouvernements? Là, comme ailleurs et encore plus qu'ailleurs, il faut distinguer entre peuples et princes, distinction à laquelle il faut ajouter ce qu'il y a d'inévitable complication dans tout ce qui est de l'Allemagne.
Pour apprécier les dispositions des populations allemandes envers la Pologne, il est nécessaire, chez un peuple bien plus traditionnel que spontané, de remonter aux origines.
Une hostilité réciproque, résultat des différences fortement accusées et de l'énergique individualité des diverses branches de la famille aryenne, a divisé séculairement le Teiitsch (l'Allemand) et le Slave, comme le Teutsch et le Welche (gallo-italien), comme le Wekhe de France et le dcmi-Teutsch, àemi-Welche d'Angleterre.
On connaît les anciennes luttes des Germains et des Slaves, ce flux et reflux de deux races avançant, reculant, se foulant, se repoussant, se mêlant durant des siècles. La Bohême a été le théâtre le plus nettement dessiné de ce long drame historique: pays d'abord celtique, puis envahi par les Germains, puis colonisé par les Slaves, à une époque où les Germains débordent sur l'Ouest ; enfin^ quoique slave, engagé, par sa position géographique,'dans l'empire
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allemand, entamé de nouveau par la race comme par l'influence allemande et présentant aujourd'hui une majorité slave ayant devant elle une forte minorité allemande, qui l'a dominé jusqu'ici par l'appui du gouvernement autrichien. C'est là, certainement, que la solution du vieux différend germano-slave présente le plus de difficultés.
Dans d'autres contrées, en Saxe, moins un coin de la Lusace, en Brandebourg, en Poméranie, le Slave a été peu à peu absorbé par la langue et les mœurs allemandes; il l'est moins complètement en Silésie; dans les provinces de l'ancien cercle d'Autriche, dans la région montueuse entre le Danube et l'Adriatique, le Slave subsiste, avec ses traits distinctifs, à côté de l'Allemand. Enfin, les deux races sont juxtaposées et entre-croisées, sans être mélangées, dans la vieille Prusse et la Posnanie. Les Slaves occidentaux étant donc dominés et en grande partie germanisés par une longue réaction , l'Allemand s'est trouvé en face du Slave indépendant et belliqueux du centre, en face du Polonais, du Lekh. La lutte entre eux a cessé de bonne heure: c'est pacifiquement que l'influence allemande a pénétré, dans une certaine mesure, en Pologne. Pressés par le péril commun, les deux peuples s'allient contre le Mongol et le Turc : on sait ce que le Polonais a fait pour l'Allemagne, qu'il a couverte de son corps dans les occasions les plus décisives de l'histoire. Les causes d'hostilité générale avaient disparu depuis bien des générations ; toutes les régions allemandes qui sont géographiquement éloignées des Polonais n'ont jamais eu de griefs ni d'animosité contre eux; dans les régions frontières seules, subsistaient ces froissements qui résultent de la différence des goûts et des habitudes; ce n'est que depuis bien peu de temps que, parmi les hommes, ce qui diffère commence à ne plus s'entre-haïr, c'est-à-dire commence à se comprendre.