‹ La Russie et l'EuropeChapitre 55 sur 119 · LE DUALISME EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LE DUALISME EN ALLEMAGNE

pensée, lanl soit peu hasardée, de se débarrasser de l'instrument quand l'œuvre serait accomplie; — et, en attendant, afin qu'il pût l'accomplir, ne résistant de fait à aucune de ses entreprises, protestant éloquemment en paroles, mais souffrant tout en actes, et laissant le gouvernement prussien, hors de chez lui, traiter les confédérés allemands comme pays conquis et la confédération comme n'existant plus; à l'intérieur, marcher sur les lois, se jouer de la représentation nationale, percevoir le budget non voté sans que personne exprime même l'idée élémentaire du refus de l'impôt.

L'excuse, nous la savons : l'État prussien, dit-on, est la seule force sérieuse et active, le seul grand agent qui puisse faire V Allemagne.

Soit : il pourrait être cet agent; mais jusqu'à présent il ne l'est pas. Votre drapeau tricolore, partout il l'abat devant son aigle noire, et, cette substitution de signe, c'est une substitution d'idée. Il suit sa pensée, et non la vôtre.

Pour vous emparer de cet agent, il aurait fallu refaire un 4848 de Berlin, mieux soutenu, ou un 1850 de Paris. Vous ne l'avez pas fait, et ce sont les complices du tsar qui commandent toujours à Berlin.

Et comment le despotisme prussien ferait-il l'unité allemande? Laissons de côté la France, pour le moment : est ce que le tsar le souffrirait? — Il faut au tsar le maintien de la division, de l'anarchie actuelle en Allemagne : c'est bien lui , plutôt que la France, qui ne peut vouloir d'une Allemagne forte. Il lui faut, ou la division actuelle, ou, tout au moins, si les circonstances lui rendaient jamais cette concession nécessaire, les deux grandes puissances germaniques, continuant à se faire équili!)re en se partageant ce qui apparte nait aux petites. Deux Allemagnes, soit, à la rigueur; mais jamais une. — Voyez déjà ce qui vient de se passer : la balance penche ; l'Autriche est humiliée ; la Prusse tranche de la

dictature et annonce hardiment ses projets; aussitôt la Russie gronde et fait mine d'arrêter ce vassal outrecuidant, qui veut sortir de dessous « l'aile protectrice de l'aigle russe, » comme disent les journaux moscovites. La Russie avait poussé la Prusse et l'Autriche sur le Danemark; aujourd'hui, elle semble médiocrement satisfaite de voir la Prusse recueillir trop complètement et exploiter trop vivement les fruits d'une victoire très-peu glorieuse, mais trèsproductive. Kiel, port militaire, lui plaît peu, et le canal de la mer du Nord à la Baltique parait lui déplaire si fort, que nous commençons à douter qu'il doive nous déplaire. Deux Sund au lieu d'un, en effet, ce n'est pas trop, peutêtre!

La Russie menace, diront ceux qui veulent marier Bismark avec la liberté : la Russie menace! eii bien, si la Prusse se retournait contre la Russie? si elle rompait avec un siècle de complicité?

C'est-à-dire, si elle faisait peau neuve; quelque chose de plus, si elle cessait d'être ce qu'elle est pour devenir ce que vous êtes ; si elle gardait sa politique d'action au dehors en prenant une politique de liberté au dedans?

C'est bien beau, c'est trop beau! — Nous y reviendrons dans notre dernier chapitre ; mais, jusqu'à présent, il n'y a point de ceci la moindre apparence. — Contentons-nous, pour le moment, de planter notre jalon dans la direction que suivent jusqu'ici les choses, et dont elles n'ont pas encore l'air de vouloir s'écarter du fait de la Prusse.

Donc, « il n'y a point de peuple allemand; » il n'y a point une Allemagne; il y aurait peut-être deux Allemagnes, si la Russie le permettait.

Deux AUemagnes plus ou moins despotiques et oligarchiques.

C'est un peu loin des hymnes de vos historiens -poètes et de vos professeurs de philosophie « à la grande et pure

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