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LE DUALISME EN ALLEMAGNE

race germanique, seule destinée à régénérer le monde ! »

La Russie ne permettrait l'absorption des petits États allemands par les deux grands et le partage définitif de l'Allemagne que le jour où elle serait décidée à la grande guerre contre la France. Aujourd'hui, le parti qui mène Tempire, le parti de Moscou, qui est, à vrai dire, la Moscovie ellemême, parait, sauf dans le cas d'une rupture entre la frange ET LES états-unis, désireF quelques années de paix active,^our achever de dévorer à loisir la Pologne, fonder, comme il dit, la nationalité russe dans les Provinces occidentales, et préparer la chute de Constantinople par des crises qu'il va faire naître et par des empiétements qu'il compte faire subir à la France et à l'Angleterre. S'il en est ainsi, il imposera une trêve, ou, au moins, des tempéraments à l'ambition prussienne, jusqu'à ce qu'il se croie prêt.

En attendant, jalousies réciproques et impuissantes entretenues entre le Français, l'Anglais, l'Allemand et l'Italien; stérilité et décomposition générale, voilà le spectacle que nous offririons si la politique du laissez-faire prenait possession de l'Europe.

Et pour aboutir, malgré tout, aux suprêmes dangers et aux luttes suprêmes qui, dans aucun cas, ne seront évités.

Nous avons entrevu les conséquences de ce que produirait le système du statu quo et de la paix sans la justice chez les principales nations européennes. Suivons maintenant ces conséquences chez I'ennemi de l'Europe.

Pendant que l'Europe s'agite stérilement ou s'endort, la Russie , à qui nul ne fait obstacle, avance invariablement vers son but, et développe ses plans des bords de la Vistule et du Danube jusqu'aux pieds de l'Himalaya et à la mer du Japon.

Jetons un coup d'œil sur ses accroissements depuis le fondateur de l'empire de toutes les Russies. Parlons de l'avènement de Pierre F'. La Moscovie a remis le pied sur le haut Dnieper à Smolensk ; elle a franchi le bas Dnieper par Kief usurpé, mais elle ne touche pas encore aux mers d'Europe ; elle est encore, du côté de l'occident, enfermée dans sa nature de masse continentale, de masse médit erranée, uniforme et compacte; elle ne débouche au nord que sur la mer Blanche, porte qui n'ouvre que les solitudes de l'Océan polaire, et, au sud, sur la Caspienne, centre antique du commerce des peuples touraniens ou scythiques avec les races aryennes et débouché naturel des riverains du Volga.

Cependant, à l'extrémité de notre hémisphère, à travers toute la largeur de l'Asie boréale, la Moscovie, dotée par d'audacieux Cosaques des immensités désertes de la Sibérie, atteint d'autres mers qui donnent ouverture sur un autre monde ; elle a fait un premier effort pour descendre des stériles régions d'Okhotskh sur les bords féconds du fleuve Amour, et pour s'établir aux portes de la Chine et en face du Japon. Le fleuve Amour, c'était la domination sur les Tatars orientaux, et, avec le temps, sur toutes les races tatares et turques de l'Asie centrale ; c'était l'influence sur la Chine, c'était l'ouverture des mers du Japon et de l'océan Pacifique.

Le temps n'était pas venu : la Chine, puissante encore, réagit contre ce dangereux voisinage ; la Moscovie recula : elle lâcha cette lointaine conquête du haut Orient et rendit aux Chinois la région de l'Amour par le traité de Nertschinsk (1689). Pierre P' laissa à ses successeurs le soin de la reprendre : il avait d'autres vues ; il se jeta sur l'Europe.

A sa mort (1725), la Suède avait perdu et l'empire de Russie avait acquis sur la Baltique des provinces presque

égales en étendue à la moitié de la France, et qui mettaient à la disposition do la Moscovie les ressources intellectuelles et matérielles de populations Scandinaves, allemandes, lithuaniennes, et aussi de Finnois Irés-modifiés par leur mélange séculaire avec la race germanique. En écrasant Kief, la métropole slave des Rurikovitches, pour transférer la suprématie au pays finnois de Souzdalie, André de Bogolioub avait jadis fondé l'Etat moscovite hors de l'Europe ; en transférant la capitale des Romanof de Moscou sur la Baltique, dans l'hybride Pétersbourg, Pierre P' jetait la Moscovie hors d'elle-même sur l'Europe.

Moins heureux du côté de la Turquie, Pierre avait touché la mer d'Azof et la mer Noire sans pouvoir s'y maintenir; mais il s'était largement dédommagé aux dépens de la Perse. 11 avait enlevé h celle-ci Derbcnt, Bakou, le Ghilan, le Mazanderan, Asterabad, 250 lieues de côtes sur la Caspienne ; par Asterabad, il tenait la gronde route de l'Asie centrale, la roule de la Caspienne à ITndus (1723). On voit que, s'il avait momentanément ajourné les conquêtes sur les frontières de la Chine, il n'avait pourtant pas négligé l'Asie.

C'était prématuré. La Perse démembrée se reforma sous un grand homme de guerre, Nadir-Schah, et recouvra sur les successeurs de Pierre P' tout le rivage de la Caspienne jusqu'au delta du Térek.

Le mouvement d'expansion de l'empire russe ne fut pas arrêté dans le Levant par ce revers. Sur ces entrefaites, la Sibérie se rapprochait, au sud-ouest, de l'Asie centrale par l'occupation de la région d'Omsk, en grande partie cultivable ; la Moscovie se rapprochait de la mer Noire en se faisant céder par la Turquie une partie de steppes tartares qui forment maintenant les gouvernements d'iékaterinoslaf et deKherson (1751-1741.)

236 LE PRÉSE^iT ET LAVENIR.

Au nord, un nouveau morceau de la Finlande était arraché à la Suède.

La machine d'envahissement montée par Pierre le Grand ne s'arrête donc pas, même entre les mains médiocres ou extravagantes qui laissent vaciller le sceptre du tsarisme entre la mort de Pierre ¥" et l'avènement de Catherine H.

Arrive enfin cet autre grand règne^ cette autre grande puissance pour le mal, et l'œuvre est reprise dans de gigantesques proportions. Pierre le Grand avait mutilé la Suède ; la grande Catherine mutile, puis détruit la Pologne ; elle prend toute la Lithuanie, les trois quarts de la Rufhénie et la Courlande; la Russie est sur le Bug.

La barrière de l'Europe est renversée par la complicité active de deux puissances européennes, par la complicité indirecte d'une autre, l'Angleterre, et par l'inertie du reste; l'empire de toutes les Russies est installé en plein sur notre continent, et la domination moscovite confine aux États germaniques. Les Slaves indépendants ont disparu. Eux qui avaient défendu l'Europe, durant des siècles, contre les Mongols et les Turcs, ils sont détruits par la ligue de cette Allemagne qu'ils couvraient, avec les successeurs des Mongols, bien plus dangereux que les Mongols.

Pierre F' s'était ouvert le nord de l'Europe ; Catherine, à la fois, perce le centre, où elle a pris sur la Pologne presque l'étendue de la Suède, et s'ouvre la mer au sud.

Pierre n'avait que touché à la mer Noire : Catherine l'envahit. Elle enlève à la suzeraineté ottomane tout le steppe, toute la petite Tartarie, de l'embouchure du Dniester à celle duKouban, c'est-à-dire toute la côte septentrionale de la mer Noire, avec la mer d'Azof et la presqu'île de Crimée. Elle tient la mer Noire pour le commerce et pour la guerre, et le Bosphore au moins pour le commerce, en attendant mieux, le libre passage étant accordé aux vaisseaux marchands de la Russie.

Après Catherine, l'œuvre se continue puissamment sur la Baltique, en Pologne, sur la mer Noire, et se reprend sur la Caspienne.

Les tsars chrétiens de la Géorgie, au sud du Caucase, entre la Turquie d'Asie et la Perse, ont été amenés à se reconnaître vassaux de la Russie, puis à léguer leur petit royaume à l'empire. Ce sera le coin enfoncé pour faire éclater l'Asie.

La Russie n'a encore ni la côte occidentale de l'isthme caucasien sur la mer Noire, côte indépendante de fait, sauf quelques forteresses occupées par les Turcs, ni la côte orientale sur la Caspienne, qu'elle a dû rendre à la suzeraineté persane, ni le massif central, plein de tribus indépendantes; à l'avènement d'Alexandre F"" (1801), elle n'a qu'une route à travers le massif central, celledu Dariel, un étroit ruban sans cesse coupé par les montagnards.

En 1815, elle a repris sur la Perse plus de la moitié des conquêtes de Pierre F", le long de la Caspienne, depuis le Térek jusqu'à Lenkhoran, au midi de l'Araxe, et soumis les petits princes chrétiens voisins de la Géorgie, avec une partie de la côte occidentale du Caucase (Abasie méridionale, ancienne Colchide); le Caucase et ses héroïques peuplades sont déjà serrés presque de toutes parts entre les possessions russes ; un siège de soixante ans estcommencé contre cette citadelle de l'Asie, cette Circassie que nul ne saura secourir.

De l'autre côté de la mer Noire, par le traité de mai 1812 avec la Turquie, la Russie a reculé sa frontière du Dniester au Pruth et au bas Danube ; elle atteint et va désormais s'efforcer d'accaparer les embouchures du Danube, du grand fleuve central européen qui coule des frontières de France à la mer Noire.

Ainsi, ni la grande crise de la révolution française, ni les guerres même de l'empire, pas même celle qui porta Napo-

léon jusque dans Moscou, n'ont arrêté les progrès de la Russie en Orient I

A plus forte raison, l'alliance momentanée de Napoléon avec Alexandre, les illusions napoléoniennes de Tilsitt et d'Erfurt, avaient-elles servi la Russie. Napoléon lui avait ■laissé enlever tout ce qui restait de la Finlande au roi de Suède Gustave IV, imprudent allié des Anglais, qui ne peuvent le défendre (1808-1809).

Toutes les vastes possessions de la Suède, à l'est de la Raltique, sont devenues russes. Désormais, toute cette Baltique orientale, où le mélange des Finnois avec les peuples germano-scandinaves s'était opéré sous la prépondérance de l'esprit européen, est livrée au génie despotique de l'Asie, et lui fournit des éléments européens à employer contre l'Europe.

La Suède proprement dite, elle-même, est tenue sous le canon russe par les lies d'Aland, qui sont comme un pont menaçant jeté entre la Finlande et Stockholm.

Enfin, au centre de notre continent, les traités de 1815, constituant, sous la prépondérance de la Russie, l'Europe de la Sainte-Alliance, font avancer la frontière russe du Bug bien au delà de la Vistule, au delà même delà Varta, et lui donnent la majeure partie de la Pologne proprement dite.

La figure que nous employions tout à l'heure à propos delà Géorgie est ici d'une exactitude bien autrement manifeste. Qu'on jette les yeux sur la carte : le royaume russe de Pologne se projette loin en avant du corps de l'empire des tsars, en forme de hache enfoncée au cœur du continent, entre les possessions prussiennes et les possessions autrichiennes ^ Le tsar s'est construit là une vaste citadelle avancée, d'où il surveille ses deux grands vassaux, et peut étendre sur eux l'une et l'autre main.

' V. aux ÉcLAiRcissEMEXTs, la Prusse et la Russie; extrait des Éludes sur la Russie, par le baron de Ilaxthausen.

L'héritier et le continuateur des envahisseurs asiatiques

a établi son avant-garde sur cette môme terre polonaise

dont les enfants avaient tant de fois arrêté les invasions de

l'Asie.

L'ombre de Pierre le Grand doit être contente ; l'œuvre

avance.

L'œuvre se poursuit sous Nicolas. Les Polonais ne se résignant pas, comme les Allemands de la Baltique, qui commencent d'avoir lieu de s'en repentir, au rôle d'instruments de la Russie, la grande insurrection polonaise est étouffée sans secours (1851). L'Arménie persane (province d'Érivan), où réside le patriarche d'Arménie et où s'élève le mont Ararath delà tradition biblique, est conquise, en majeure partie, sur la Perse ; l'active et adroite race arménienne, commerçante et voyageuse par excellence, passe de plus en plus au service de la Russie ; le cours de l'Araxe est dépassé, et les conquêtes de Pierre P' sur la Perse à peu près recouvrées ; le traité de 1846 livre à la marine russe le seul port militaire de la Caspienne, Asterabad, avec les mines de ces contrées et la tête de la route de l'Inde.

Nicolas se croit destiné à détruire la Turquie, ainsi que son aïeule Catherine a détruit la Pologne. Pour affaiblir l'empire ottoman à ses deux extrémités, il force la Turquie, d'un côté, à partager avec la Russie la suzeraineté sur les Principautés Danubiennes et sur la Serbie; de l'autre côté, il favorise la formation d'un petit État grec, qu'il saura bien empêcher de prospérer et de grandir ^ Il arrache ensuite à la Turquie, par le traité d'Andrinople

1 Sa conversation à ce sujet avec l'ambassadeur d'Angleterre, sir Hamilton Seymour, est devenue célèbre. Une heureuse indiscrétion diplomatique a révélé aux Grecs ce qu'ils pouvaient attendre de la Russie.

(1829), le delta du Danube, un nouveau lambeau d'Arménie et la cession de cette suzeraineté nominale qu'exerçait le sultan sur le littoral caucasique de la mer Noire, du Kouban à Tchefkédil (fort Saint-Nicolas). Le blocus du massif caucasique est désormais complet.

Quelques années plus tard, l'humiliation infligée à la Porte-Ottomane par la protection dont le tsar la couvre contre un vassal révolté, le pacha d'Egypte, semble avancer la ruine de la Turquie plus que toutes ses défaites.

En 1853, Nicolas croit l'heure venue d'en finir avec elle : sur le prétexte d'un refus opposé à de nouvelles exigences, ill'altaque de nouveau. L'Occident la défend.

Notre seconde guerre de Russie arrête le tsar par l'alliance, malheureusement passagère, de la France et de l'Angleterre. Nos efforts gigantesques et nos énormes sacrifices font faire pour la première fois un pas rétrograde à l'empire de Russie, mais ne l'entament pas sérieusement par la faute de la direction restreinte et négative imprimée à la guerre, qui ne touche pas à la Pologne et n'assure pas l'indépendance de l'isthme caucasique, de la Circassie. La Russie, par le traité de Paris (1856), perd seulement les bouches du Danube et le cours inférieur du Pruth, avec interdiction d'entretenir une marine militaire sur la mer Noire neutralisée et de relever dans la Baltique les fortifications des îles d'Aland, détruites par les alliés, qui ont pris ce Bomarsund que la Russie destinait à devenir un nouveau Cronstadt.

Cette double interdiction, dépourvue de sanction dès que la France et l'Angleterre ne sont plus associées pour contraindre la Russie à l'observer, est déjà éludée et illusoire aujourd'hui. La Russie a refait à Nicolaïef, sur le Rug, les chantiers et Farsenal détruits à Sèbastopol, reconstruit une fiotte entière de navires armés et de canonnières, sous prétexte d'une compagnie de navigation à vapeur sur la

mer Noire, établi une marine militaire en sûreté dans la petite mer fermée d'Azof, et, dans la Baltique, elle rebâtit aux îlesd'Aland, sous le litres decasernes, les forts qui sont une perpétuelle menace contre la Suède. La côte de Suède n'est qu'à une vingtaine de kilomètres de ces îles suédoises devenues aujourd'hui russes.

La Russie est plus assurée de la Crimée qu'avant la guerre, grâce à l'émigration des Tatars qu'elle a déportés en Turquie pour les punir de leurs sympathies envers les alliés, et qu'elle a remplacés par des colons moscovites et par des Cosaques. La Russie a repris, immédiatement après la guerre, l'entreprise poursuivie dans le Caucase depuis tant d'années, au prix de sacrifices incalculables, c'est-àdire l'assujettissement ou la destruction des races guerrières qui occupent le double versant caucasique de la Caspienne et de la mer Noire.

Cette entreprise, elle l'aciiève aujourd'hui sans aucun obstacle.

Il y avait, entre l'Asie méridionale et la Russie, une frontière naturelle admirable, ces puissantes Alpes caucasiennes qui couvraient la Turquie et la Perse, et, par conséquent, les roules de l'Inde. Il y avait un intérêt général, pour l'équilibre du monde, à maintenir cette limite : il y avait là surtout un intérêt de premier ordre pour la puissance qui possède dans le sud de l'Asie un commerce plus vaste que celui de toutes les autres nations réunies et un empire de 180 millions de sujets. L'Angleterre, à ce qu'il semble, aurait dû faire, pour défendre la barrière du Caucase, autant d'efforts que la Russie pour l'abattre.

Le seul moyen était de soutenir la résistance des belliqueux montagnards qui n'avaient jamais subi le joug de personne et qui se défendaient à outrance. Ces tribus, auxquelles on donne improprement le nom de Circassiens,

'242 LE PRÉSEî^T ET L'AVE.MR.

altération du nom tatar ou plutôt turc de Tcherkesses S appartiennent, sur la côte caucasienne de la mer Noire et dans le massif central, à la plus pure race aryenne ou indoeuropéenne; ce sont des fils de Mèdes,d'Alains et de Sarmates, et un indomptable instinct leur fait repousser toute assimilation avec les masses moscovites.

Aussitôt après que, par le traité d'Andrinople (1829), la Russie se fut fait céder par la Porte Ottomane ce qui n'appartenait ni à l'une ni à l'autre, la prétendue souveraineté sur les tribus du Caucase occidental % les représentants de l'Angleterre en Turquie et en Perse jetèrent incessamment le cri d'alarme, « Constantinople , » écrivait, en 1835, l'ambassadeur anglais en Turquie, lord Ponsonby, « Constantinople ne respire qu'à l'ombre du Caucase. »

« Les vues de la Russie, » écrivait, en 1838, l'ambassadeur anglais en Perse, sir John Mac Neill, « ont quelque « objet ultérieur bien autrement important que la posses- « sion de ces provinces du Caucase, qui n'ont été jusqu'ici « que de coûteux appendices. Ces acquisitions ne peuvent « avoir de valeur qu'autant qu'elles offrent des facilités « pour arriver à quelque autre fin qui récompenserait « la Russie de tout ce qu'elle aurait dépensé pour l'ob- « tenir. »

Lord Ponsonby désignait Constantinople ; sir J. Mac Neill l'Inde, et tous deux avaient raison.

Lord Palmerston, cependant, se refusa obstinément à rien faire pour la Circassie.

Se réservait-il pour une action commune avec la France? Il est certain qu'en 1838, il tâcha d'obtenir l'alliance de la

> V. aux ÉcLAiBcissEMENTs ; Cosaques, Ruthènes et Petits-Russes.

"- Les écrivains moscovites équivoquent aujourd'hui sur ce que les montagnards auraient tour à tour, à des époques divei'ses, accepté ou invoqué le protectorat des tsars ou celui des sultans, comme s'ils eussent jamais, par là, entendu se faire sujets russes ou sujets turcs 1

France contre la Russie, et que Louis-Philippe refusa, ce qui amena la déplorable crise de 1840^

Celle alliance française alors refusée, elle s'offril, elle s'imposa, pour ainsi dire, à lord Palmerston plus tard. En I85i, la résistance de la Circassie était plus vive cl beaucoup mieux organisée que jamais. Tout était réparajjle. Pour la première fois, sous l'influence d'un homme supérieur, Schamyl, les tribus de la Caspienne, de race turcotalare et sémitique, concertaient leur action avec les tribus aryennes de la mer Noire. Un lieutenant de Schamyl, Mohammed-Emyn, s'était fait accepter comme chef par les trois peuplades réunies de la Grande-Abasie, élite héroïque du Caucase occidental; les chefs circassiens envoyèrent à Varna offrir aux généraux français et anglais 40,000 mongnards pour couper la retraite aux Russes, si les Anglo- Français voulaient descendre sur la côte d'Abasie.

Toutes^ les conquêtes russes dans la région caucasique , depuis Catherine H, pouvaient être anéanties et l'Asie dégagée en une campagne. L'Angleterre aurait dû tout faire au monde pour obtenir que l'épée de la France s'employât à cette œuvre. Le général français y était très-disposé^.

* En rappelant les avertissements donnés en vain au gouvernement anglais sur les affaires de Circassie par ses agents diplomatiques, il ne serait pas juste d'oublier l'excellent travail écrit dans le même but, chez nous, par un publiciste que ses fondions ont mis à même d'étudier à fond les intérêts extétérieurs de la France, M. P. Faugère. (Y. son Étude sur la Circassie, publiée dans le Correspondant en 1845, et reproduite dans le t. II de ses Fragments de littérature morale et politique.) — Sans débattre en détail l'hisloii'e du Caucase contre les panégyristes de la Russie, on peut la résumer en quelques mots : quand les Moscovites étaient loin, et que c'étaient les Tatars ou les Turcs qui menaçaient ou opprimaient les ti'ibus de la mer Noire, elles penchaient vers la religion grecque et recherchaient l'alliance ou le protectorat éloigne des tsars; quand les Moscovites sont devenus à leur tour la puissance prépondérante et menaçante, les montagnards se sont retournés vers l'islamisme et le sultan, sans autre but, alors comme aupai'avant, que de maintenir leur liberté.

^ Lettre du maréchal Saint-Arnaud, de Varna , 27 juillet 185i ; dans l'Histoire de la Guerre d'Orient, car le baron de Razancourt , et dans

Il sentait fort bien la portée d'une descente en Circassie au point de vue militaire, et, quant au point de vue politique, c'eût été d'une conséquence autrement durable que les succès de Crimée; mais la passion de détruire Sébaslopol et la flotte russe, objet dont nous ne contestons pas d'ailleurs l'importance, l'emporta dans le cabinet anglais : on n'alla pas en Circassie; on alla descendre à l'Aima.

L'expédition de Circassie n'avait été cependant que différée dans la pensée anglaise: l'Angleterre essaya défaire, en 1855, ce qu'elle avait ajourné en 1854, alors que le général français désirait l'entreprendre et que notre gouvernement chargeait un officier de confiance de faire passer à Schamyl un convoi d'armes. L'Angleterre tenta d'organiser en grand le mouvement des tribus du Caucase et même des populations trans-caucasiennes contre la Russie; mais, alors, à son tour, le gouvernement français ne montra plus les mômes dispositions, n'entra point à fond dans les opérations et ne voulut point prendre d'engagements en faveur des populations du Caucase.

Ce qui s'était passé dans l'intervalle, nous l'avons dit^ : le gouvernement français avait fait, en mars 1855, une première ouverture relative à la Pologne ; le cabinet anglais l'avait repoussée ; cette ouverture fut renouvelée et de nouveau écartée en septembre. Dès lors, le gouvernement français, résolu à la paix, écarta tout ce qui eût agrandi et prolongé la lutte.

Lorsque la France imposa lapaix à l'Angleterre, le gouvernement anglais fut aussi étonné et aussi irrité que s'il n'en eût pas été le véritable auteur.

Les alliés pouvaient et devaient sauver et la Pologne et la Circassie : le résultat de leur déplorable mésintelligence

l'article de M. Elias Regnaull sur le Caucase et la Circassie; Revue nationale du 10 juillet 1864.

' V. ci-dessus, p. 19£).

a été qu'ils n'ont sauvé ni l'une ni l'autre: que la Pologne râle dans le sang et que la Circassie est morte.

L'Angleterre eût pu employer les armes de la France à sauvegarder un suprême intérêt anglais: le gouvernement anglais ne le voulut pas, puisqu'il n'en voulut point les conditions, et qu'il refusa de rien faire en échange pour les intérêts et les sentiments de la France.

La guerre de Crimée a eu pour conséquence directe de faire disparaître de la Crimée des milliers de Tatars, ennemis des Russes, qui nous avaient accueillis à bras ouverts, et que la Russie, vaincue-, mais demeurée en possession de nos champs de victoire, a envoyé mourir de misère en Turquie.

La guerre , portée exclusivement en Crimée et non au Caucase, a eu pour conséquence indirecte de faire disparaître du Caucase occidental 700,000 Abases ou plutôt Adigues, inébranlables défenseurs de cette barrière maintenant abattue; 400,000 ont émigré en Turquie; le reste a été déporté dans les plaines au nord du Kouban, parmi les Cosaques de la mer Noire et les colons moscovites, où ils se trouvent désormais réduits à l'impuissance.

L'émigration a ensuite gagné l'autre revers du Caucase ; les compagnons de Schamyl suivent l'exemple des Adigues; toute une peuplade du Daghestan a passé en Turquie.

Ceux qui restent, les Russes l'espèrent, se laisseront avec le temps englober dans l'organisation cosaque, ainsi que tous les nomades de l'Asie.

C'est une armée de 100,000 hommes, pour le moins, dont la disposition est rendue à la Russie ; c'est une plaie toujours saignante fermée, une source de dépense incalculable tarie. Ce sont les clefs de l'Asie occidentale dans la main de la Russie, et la libre entrée de la Turquie d'Asie et de la Perse ; la tête de route de l'Inde par la Perse, déjà occupée, mais jusque-là précaire et toujours susceptible

d'être coupée derrière une armée russe, est désormais assurée.

C'est la Russie, campée sur le Caucase entre la Turquie et la Perse, comme dans le royaume de Pologne entre la Prusse et l'Autriche, mais avec une force relative bien plus grande encore, et dans une position matériellement bien supérieure. Elle ne possédait guère jusque-là que des plaines, des forêts et des marais; elle a maintenant pour citadelle une chaîne d'Alpes énormes plantées entre deux mers et entre deux mondes.

Vextirpalion des Abases a coïncidé avec l'écrasement de l'insurrection polonaise (1864). L'ambassadeur d'Angleterre en Russie a trouvé des euphémismes pour l'une comme pour l'autre extermination. Celle des Abases est à peu près achevée ; le procédé était simple : refouler successivement les montagnards de leurs rochers et de leurs vallées jusqu'à la mer, et là les réduire à capituler et à s'expatrier en masse.

En Pologne, le système de destruction nationale et sociale, qui a succédé à la conquête politique, est plus savant, plus complexe qu'au Caucase et demandera bien plus de temps et de peine ; les moyens différent , le but est le même : détruire les races indomptables au tsarisme, soit par la suppression pure et simple, soit en les décimant et en les dissolvant.

Voici notre tableau déroulé jusqu'à 1865. Sommes-nous au bout de cette longue revue des envahissements de la Russie? Non, la gigantesque toile d'araignée qui enveloppe notre hémisphère s'étend, s'étend toujours. A l'heure qu'il est, aujourd'hui, demain, se poursuivent et se poursuivront d'autres conquêtes aussi vastes que peu connues

LA RUSSIE DEPUIS PIERRE I-. 2i7

de rKurope, mais fécondes en conséquences redoutables. L'extrême Orient, le nord-est de l'Asie, est sous la main de la Russie , et toute l'Asie centrale achève de devenir russe.

Depuis 1848, les Russes avaient commencé de s'asseoir, sans combat et sans bruit, à l'embouchure de ce grand fleuve Amour (ou Saghalien), qui porte dans ses flots tout l'avenir des régions situées entre la Sibérie orientale et la Chine. De 1852 à 1854, ils y établirent une station navale qui commande l'entrée septentrionale de la mer du Japon et y fondèrent la ville de Nicolaïefsk. Lorsqu'on 1857, après la paix de Paris, nous commençâmes notre fatale série d'expéditions lointaines et que nous nous associâmes aux Anglais pour attaquer la Chine, l'ambassadeur russe se présenta comme médiateur entre les puissances d'Occident et le Céleste empire ; mais, en même temps, le général russe qui organisait alors, le long de l'Amour, les nouvelles colonies de Cosaques, obtint de la Chine un traité qui cédait à la Russie toute la rive gauche du fleuve et la rive droite entre rOussouri et la mer. (Traité d'Aïgoun, 16 mai 1858.) Le traité complémentaire de Pékin (14 novembre 1860) fixa la limite, sur la rive droite de l'Amour, au 42° degré de latitude nord.

La Russie domine donc aujourd'hui cette Mandchourie, d'où sont sortis les dominateurs tatars de la Chine ; elle touche presque à la Chine proprement dite et à la frontière chinoise la plus rapprochée de Pékin ; elle est enfin solidement et largement assise, par la possession de 1,100 kilomètres de côtes, en face du Japon, déjà entamé par le partage de l'île Saghalien. On dit que les Russes, à l'heure qu'il est, pénètrent en Corée.

Ajoutons que la Russie, se faisant, sans avoir tiré un coup de canon, une position supérieure à celle des vainqueurs de la Chine, a obtenu l'ouverture exclusive de deux

ports chinois en sus des cinq ports ouverts à elle comme à la France et à l'Angleterre. Le traité complémentaire du 14 novembre 1860 a cédé de plus à la Russie la suzeraineté chinoise surlesKirghiz del'Asie centrale. Les Kirghiz-Kaïssaks, frères d'origine et de nom des Cosaques, errent dans le steppe sans fm qui s'étend des bouches du Volga jusqu'aux déserts et aux montagnes des Mongols, et qui sépare la Sibérie méridionale des régions cultivées et civilisées du Turkestan. Ces régions ne sont séparées de l'Afghanistan et de l'Inde que par la chaîne de l'Ilindou-Kousch.

La Russie n'a pas attendu cette cession pour franchir le grand steppe : dès 1839, elle a commencé d'entamer le Turkestan; elle s'est portée successivement sur les deux grands fleuves de cette contrée, sur ces fleuves entre lesquels a été posé le berceau de notre race aryenne, TCxus etl'Yaxartes des Grecs, le Djihoun et le Sihoun de la Bible et des Arabes, l'Amou-Déria et le Sir-Déria des Turco-tatars. En 1839, elle attaque l'Amou-Déria par Khiva. Le désert dévore sa première armée ; elle attaque alors le Sir-Déria en fondant un fort à son embouchure dans le lac d'Aral, puis en remontant le fleuve pour envahir le Khokand, État indépendant qui occupe la partie orientale du Turkestan civilisé ou, du moins, en partie civiUsé, en partie nomade (1847- 1857). Le khan du Khokand achète la paix en se reconnaissant vassal de la Russie, mais il ne voulait point être sujet, et la guerre a recommencé l'année dernière. Les Russes sont au cœur de cette région, à Tachkend, qu'ils appellent eux-mêmes « le centre des routes commerciales de l'Asie centrale''; » ils en achèveront plus ou moins rapi-

1 Les champions de la Russie présentent l'invasion du Turkestan comme nécessitée par les provocations des Idians turco-tatars et par les incursions des nomades, et la prise de Tachkend comme le résultat imprévu d'un coup de main heureux: il est bien possible que les nomades aient pris plus d'une fois l'offensive , et il est tout à fait certain qu'il y a de l'imprévu dans les choses humaines ; la politique et l'histoire ne sont pas des sciences mathé-

LA RUSSIE DEPUIS PIERRE ï". 249

dément la conquête, mais on peut affirmer qu'ils n'en sortiront plus, et que la richeet commerçante Boukharie aura, un jour ou l'autre, le sort du Khokand. En possession du Khokand, de tout le cours du Sir-Déria et du plateau de Pâmer, si fameux dans les traditions du monde primitif, les Russes n'auront plus à envahir que le cours supérieur de l'autre fleuve, de l'Amou-Déria, les contrées du Badakchan, pour atteindre la chaîne de l'Hindou-Kousch. De l'autre côté, c'est Kaboul, c'est Kachmyr, c'est l'Inde.

Les voilà donc bientôt aux portes de l'Inde, disposant, comme force offensive, de tous les nomades qui ont autrefois conquis l'Inde et fondé l'empire des Grands-Mogols, et disposant, comme point de repère et de ravitaillement, des régions cultivées et des villes du Turkestan qui furent jadis le centre des grandes monarchies tatares. Ils disposeront, disons-nous, de tous les nomades : ils ont déjà le pied chez lesMongols-Khalkas, vassaux de la Chine, et intermédiaires entre les steppes desKirghiz et la Mandchourie ou région de l'Amour. Les Mongols, s'ils n'ont encore passé sous la suzeraineté russe, y passeront comme ont fait les Kirghiz*. Il n'y aura plus alors aucune interruption delà domination russe dans toute la largeur de l'Asie centrale depuis l'embouchure de l'Amour jusqu'au lac d'Aral et à la Caspienne. Les Mongols forment, assure-t-on, une masse de quatre millions d'hommes, sans les Mandchoux. Les Kirghiz en comptent plus de deux millions et demi; le reste des peu-

niatiques, et la Russie n'a point calculé d'avance tous les incidents de son agrandissement : elle veut s'agrandii" et s'agrandit : voilà tout ce qui nous importe.

* Suivant l'auteur du livre: Russland unter Alexander U, p. 389, les Mongols-Klialkas auraient reconnu, en mars 1859, la suzeraineté de la Russie. M.Schnitzler dit que le fait paraît mériter confirmation. [Empire des Tsars, t. II, p 279.) Le ISord prétend qu'il n'y a d'authentique qu'une convention postale obtenue de la Chine par la Russie pour les communications entre Kiakhta et Pékin à travers la Mongolie. Quoi qu'il en soit du fait de 1859, une fraction des Mongols figurent déjà comme sujets russes dans le dernier recensement.

plades turco-talares, Nogaïs et autres, à peu près autant. Cela fait neuf à dix millions de barbares, tous les mâles bien ou mal armés et à cheval, que la Russie pourra lancer où elle voudra. Nous ne comptons pas dans le nombre les Cosaques, type sur lequel la Russie tâchera peu à peu d'organiser tout le reste.

Il serait un peu long de faire venir les Mongols pour les guerres d'Europe, quoiqu'ils en aient autrefois trop bien su le chemin. Les nomades de l'extrême Asie resteront sans doute en disponibilité pour l'Inde ; les Cosaques serviront pour l'Europe.

En résumé, la Chine est ouverte, la Turquie d'Asie et la Perse sont ouvertes et fortement entamées ; la sape et la mine ouvrent les approches de l'Inde. Les immenses acquisitions, peu disputées, de l'Asie centrale et orientale, où elles ont eu quelque chose de fatal et d'irrésistible comme la marche des éléments, n'ont été, aussi bien que l'acquisition si chèrement achetée du Caucase, que la préparation « à une fin qui récompensera la Russie de ses peines, » comme le disait sirJ. Mac Neiil.

Cette fin, ils ne vont pas se précipiter en avant pour l'accomplir. Il ne se hâteront pas d'aller à Pékin, les armes à la main, sur nos traces. Après avoir enlevé à l'empire chinois toutes ses possessions extérieures, ils pèseront sur la Chine proprement dite ; ils la domineront, sans se presser de se donner l'embarras du gouvernement direct sur cette énorme fourmillière d'hommes. Ils travailleront, par les menées où ils excellent, à la dislocation de l'énergique Japon, seul capable, dans cet Orient déchu, d'une résistance sérieuse; ils tâcheront d'entraver le rapprochement qui commence à s'opérer entre ce peuple et nous, et de combattre la remarquable disposition des Japonais à venir chercher en Occident des lumières et des armes. Ils mettront la Perse entièrement sous leur main. Ils tâche-

ront de gagner le belliqueux Afghanistan, s'annonceront dans rinde par une immensité d'intrigues, et agiteront, troubleront profondément, désorganiseront de loin avant de frapper.

Si l'Inde obtient un répit de quelques années, la vraie raison en sera celle-ci : c'est que le parti de Moscou, le parti qui mène l'empire, sait bien que c'est en Europe que se décideront les destinées de notre hémisphère : il craint donc qu'en allant trop vile dans l'Asie centrale, on ne s'y crée un centre d'intérêts qui emporte la balance et qui détourne l'attention du gouvernement et la force active de la Russie des Provinces occidentales et de Constantinople. « Une domination ferme et incontestée sur nos confins occidentaux actuels et une position non moins forte dans la mer Noire, voilà les points auxquels nous devons tenir de toutes nos forces. » [Gazette de Moscou, citée par le Nord du 23 mars 1865.)

C'est-à-dire que, jusqu'à ce que la société européenne et l'esprit européen aient été entièrement extirpés de la Pologne et jusqu'à ce que la question du Levant ait été résolue à l'avantage de la Russie, tout le reste doit être considéré comme secondaire.

Depuis l'article de la Gazette de Moscou que nous venons de citer, le mot d'ordre a été donné à la presse moscovite de rassurer à tout prix l'Angleterre sur l'Inde; ce ne sont plus que railleries contre les desseins gigantesques imputés à la Russie, désaveu de tout esprit de conquête, protestations philanthropiques et humanitaires ; les journaux russes, relativement à la question d'Asie, semblent tous affiliés au congrès de la PaixK Et il faut bien avouer qu'il y

* « Les feuilles anglaises relèvent que, plus nous allons rapidement à la rencontre de l'influence anglaise en Asie, moins les chances nous seront favorables, et il est impossible de ne pas être d'accord avec elles sur ce chapitre. L'Angleterre ne craint nullement pour sa domination dans les Indes; nos succès en Asie centi'ale ne pourront jamais lui paraître redoutables. A ce

a en Angleterre des gens sérieux qui prennent tout cela au

sérieux.

On ne saurait lire sans étonnement les arguments présentés à la Société de géographie de Londres ^ par le savant sir Roderick Murcliison, afin d'établir que l'Inde n'a rien à craindre des nouvelles conquêtes russes dans l'Asie centrale, et que jamais les Russes ne franchiront les massifs de l'Himalaya.

Sir Roderick Murchison sait assurément beaucoup mieux que nous par où ont passé les conquérants qui, du nordouest, sont tant de fois descendus surl'Indus. S'il n'y avait aucune passe praticable pour les armées dans les montagnes qui séparent leTurkestan de l'Afghanistan et delTnde, les Mongols, prédécesseurs des Anglais dans la conquête de l'Hindoustan, ne les auraient pas franchies, et, là où ont passé les Mongols, les Russes sauront bien passer à leur tour.

Que l'invasion de l'Inde entre dans les plans de la Russie depuis Pierre le Grand, c'est ce dont il n'est pas permis de douter, à moins de s'aveugler à plaisir. Le sort de l'Inde, dans un avenir plus ou moins rapproché, dépendra de l'alliance des Afghans et de la fidélité des Sikhs.

En Europe, le double but de la Russie est assez connu: le Sund et le Bosphore, «les clefs de noire maison,» comme disait Alexandre V. Pour le Sund, tout s'achemine à souhait: le Danemark est démoli sans que l'union scan-

sujet, nous pouvons de part et d'autre être parfaitement tranquilles ; les armées des deux pays ne se rencontreront jamais ni au pied de l'Hindoukousch, ni dans les défilés de l'Himalaya, ni dans les plaines de l'Indus ou du Gange. Un réseau de chemins de fer y sera construit avant que nous ayons achevé notre ligne de Kief ou de la mer Noire ; les Anglais le savent fort bien. Loin d'y perdre, l'Angleterre ne ferait que gagner, si l'Asie centrale absorbait la plus grande partie de notre attention ainsi que des forces morales et matérielles dont la Russie n'est pas déjà très-riche. » [Gazette de Moscou , citée par le Nord du 25 mars 1865.) » Le 22 mai 1865.

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