SYMPTOMES RASSURANTS. S
une généreuse prévoyance, à la prévenir et à marcher audevant d'elle.
Ne méconnaissons point la portée de ce grand mouvement des classes ouvrières qui se prononce sous nos yeux ; il a ses inconvénients, ses abus et ses périls, comme toules les transformations des sociétés; mais on peut espérer qu'il ne se perdra pas, comme en 1848, dans les rêves. Le principe de l'association volontaire et libre sortira victorieux de ces crises. Le mouvement est purement économique dans sa forme actuelle; soit ! mais tout ce qui élève et organise les classes ouvrières est une force politique pour l'avenir.
Qui a pu voir, sans émotion, se manifester la pensée hardie d'un concert entre les ouvriers des diverses nations pour prévenir les conflits industriels et les crises internationales du commerce ! — Le jour où les ouvriers français, anglais, allemands, italiens, auraient souscrit un pacte économique, ce jour avancerait de bien des années le pacte politique de la Fédération européenne ' I
* L'Association internationale des Travailleurs, dans ses Conférences tenues n Londres les 26, 27 et 28 septembre 1865, a arrêté la convocation d'un congrès ouvrier européen à Genève pour le printemps de 1866, et le programme des questions qui seront débattues dans cette assemblée.
La dixième question est :
« De la nécessité d'anéantir l'influence busse en Europe par l'application du principe du droit des peuples de disposer d'eux-mêmes et par la reconstitution d'une Pologne sur des bases démocratiques et sociales. »
Ainsi, le mouvement n'est déjà plus purement économique, et la pensée des ouvriers français a été acceptée de leurs frères anglais , allemands , italiens, belges et suisses.
C'est la réponse du vrai socialisme , du progrès social selon la liberté et la justice, aux avances du despotisme communiste de Moscou. I-c terme de bases démocratiques et sociales peut se justifier relativement à la Pologne, puis qu'il s'agit, pour cet infortuné pays, d'une rénovation du corps social aussi bien que du corps politique. Ces bases ont été posées par le gouvernement anonyme en 1865 et acceptées de toules les classes de la nation. Les auteurs du programme ont évidemment entendu protester contre ceux qui qualifient la cause polonaise à' aristocratique et de jésuitique.
« Que ceux qui ont la foi marchent, et bientôt ceux qui doutent seront avec eux. » Nous faisons écho, du plus profond du cœur, à ces paroles des délégués parisiens.
Dans un autre ordre de choses où le mal est très-grand, dans l'ordre religieux et moral, la porte n'est nullement l'ermée à l'espérance.
Si nous nous comparons, sous ce rapport , aux Moscovites, nous voyons que, parmi eux la religion, pure superstition cliez les masses orthodoxes et superstition rétrograde chez les sectaires, qui marchent en arrière et non en avant de l'orthodoxie, est, dans les hautes classes, bien autrement extérieure encore que dans la portion même la moins sérieuse de nos croyants; ces Russes, doués d'une faculté imitative si remarquable dans les choses de la matière, ont aussi une faculté d'analyse fine et subtile dans les choses de l'esprit, mais une faculté inféconde; ils n'ont ni grands théologiens, ni philosophes, ni grands artistes; ils ne produisent que des diplomates, des dilettantes et des érudits ; leur infériorité est bien plus décidée encore dans les choses morales; leur société, prise en corps, semble n'en avoir pas même le sens, quand on la voit saluer dans Michel Mouravief son archange Michel et se mettre tout entière, le métropolitain de la ville Sainte en tête, aux pieds du gazetier de Moscou !
Notre supériorité morale et intellectuelle reste donc intinic, même dans notre décomposition, dans notre état de transition si confus et si triste. La conscience publique subsiste, et, tant qu'elle parle, rien n'est perdu. Les éclairs féconds de l'idée ne cessent de rayonner dans notre crépuscule; les erreurs mêmes atf,estent encore la vie; le sérieux cl la profondeur avec lesquels sont engagés et débattus, chez nous, au moins dans les minorités, toutes les questions fondamentales de l'âme humaine, attestent que la marche de l'esprit français vers les destinées du genre liumain n'est point interrompue. Nous pouvons, nous devons rede- Ncnir libres d'esprit et de fait : — être libres pour être forts.