‹ La Russie et l'EuropeChapitre 72 sur 119 · L'AVENIR ALLEMAND · texte numérisé non relu

L'AVENIR ALLEMAND

l'Allemagne I Quel réveil de ces exaltations universitaires qui l'enivraient d'elle-même et faisaient luire à ses yeux la gloire de régénérer le monde! C'était bien la peine de se proclamer, par la voix de ses historiens et de ses professeurs, la seule race pure entre les races humaines, pour devenir la subordonnée de la Moscovie, l'instrument du despotisme asiatique, pour devenir, sur une grande échelle, ce que sont les Allemands de Courlande ou de Livoniel

Fière Teutonidy tu prétends résumer en toi tout l'honneur de notre mère commune, la race aryenne, et c'est toi qui te livrerais et qui nous livrerais au Touranien, à celui qui fut, dès le commencement, l'ennemi de l'Arya et le lléau de notre société naissante!

Nous te parlons la langue de la tradition, à toi qui te vantes si haut de posséder la tradition. Sera-ce là ta façon de lui rester fidèle?

Laissons là tous, France, Allemagne, Angleterre et le resle, nos vanités, comme nos étroits intérêts, comme nos rancunes. Il n'y a pas longtemps que nous, France, nous nous appelions la Grande Nation, ce qui faisait une place un peu trop modeste aux autres ! — Que chaque peuple tâche d'être, s'il peut, la Grande Nation, en laissant à l'histoire le soin de le dire et en travaillant mieux qu'aucun autre à constituer la Grande Famille des nations, la famille européenne! — Vous, Allemands, à votre tour, vous vous dites la race pure, la race primitive; vous, encore plus mêlés de Celtes au sud, de Slaves au nord, que nous ne sommes mêlés de Latins et de Germains. La vérité est que nous sommes tous, et vous, et nous, et nos voisins, de la même famille aryenne, de cette race de Japhet destinée à guider l'humanité vers le mystérieux avenir, et qui accomplira sa destinée quand nous l'abdiquerions lâchement; car les Américains, nos frères puînés, ne l'abdiqueraient pas!

C'est à VOUS, Allemagne, de voir si vous voulez livrer à l'étranger l'héritage de famille que vous revendiquez si haut.

Les calamités pour tous, que nous signalions tout à l'heure, seraient pour toujours écartées par l'accord entre la France et F Allemagne.

Que faut-il pour que cet accord soit possible? — Deux choses.

Que l'Allemagne renonce à ses envahissements sur l'Italie et la Scandinavie, et qu'elle se tienne prête à restituer ce qu'elle délient de la Pologne K

Que la France reconnaisse pleinement au peuple allemand le droit de se constituer comme unité, comme dualité, ou sous toute autre forme qui lui conviendra.

L'abandon des conquêtes! — Ce n'est pas demander un vrai sacrifice à l'Allemagne. Ses intérêts véritables ne sont pas d'avoir un lambeau d'Italie, un lambeau de Scandinavie, un lambeau de Pologne : ils sont d'avoir l'Allemagne ! — L'Allemagne ne s'appartient pas : il n'y aura pas d'Allemagne tant qu'il y aura une Prusse et une Autriche telles qu'elles sont. Cela est aujourd'hui de la plus entière évidence.

L'unité de l'Allemagne 1 — Que les Allemands se gardent de voir la pensée de la démocratie française dans l'opinion de tel de nos hommes d'État qui ne voulait la guerre ni pour l'Italie, ni pour la Pologne, et qui la voudrait pour empêcher l'Allemagne de s'unifier. La démocratie française n'a pas deux poids ni deux mesures; elle ne dénie

' Est-il besoin d'expliquer que nous ne parlons que de ce qui est vraim'^nt polonais, et non d'anciennes dépendances de la couronne de Pologne qui sent aujourd'hui allemandes et non slaves?

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