‹ La Russie et l'EuropeChapitre 73 sur 119 · UNITÉ ALLEMANDE · texte numérisé non relu

UNITÉ ALLEMANDE

point à rAllcmagne le droit qu'elle acclame chez l'Italie ; elle accepte l'unité allemande, pourvu que celte unité se fonde sur la base du droit et de la liberté, reconnaisse la souveraineté du peuple dans les territoires contestés entre l'Allemagne et ses voisins, et se fonde pour l'Europe et contre la Russie.

Le point essentiel est donc que, si l'unité allemande peut se faire, ce ne soit pas la France qui y mette obstacle, et que la France soit juste envers l'Allemagne, pourvu que l'Allemagne soit juste envers ses voisins.

Si l'Italie était complétée, la Scandinavie unifiée, la Pologne reconstituée, une grande et puissante Allemagne, sous une forme quelconque, pourvu que ce soit une-forme libre, serait une force de premier ordre pour l'Europe et non un danger pour la France : — personne, dans l'Europe confédérée et parmi les nations définitivement constituées, ne serait plus un danger pour personne.

La question de principe est claire; les faits sont pleins d'une étrange obscurité.

L'unité de l'Allemagne est juste, si l'Allemagne veut être une et sait le vouloir.

Mais est-il probable qu'elle sache le vouloir? Et que faut-il entendre par unité?

Est-ce l'unité centralisée à la française? Nous ne le croyons point et ne le souhaitons point pour l'Allemagne : on voit bien ce qu'elle y perdrait, mais beaucoup moins ce qu'elle y gagnerait; ne se donne pas un Paris qui veut.

Est-ce l'unité fédérative à l'américaine?

Les difficultés sont énormes, peut-être insurmontables, avec des princes, énormes encore, même la question des princes à part, avec l'extrême inégalité des Etats allemands. Il faudrait commencer par défaire et refaire les éléments de la fédération.

L'unité est impossible par PAutriche, dans tous les cas;

elle est impossible par la Prusse réactionnaire et alliée de

L'unité véritable ne serait possible que par la démocratie devenue dominante dans les Etals allemands. La révolution l'a tentée en 1848, avec toutes les chances apparentes de succès et dans des conditions grandioses. Elle a essayé de fonder une direction nationale de l'Allemagne, ni autrichienne, ni prussienne, purement allemande, et qui eût subordonné au pouvoir national tous les gouvernements grands et petits. On sait comment a fini l'assemblée de Francfort.

Ce grand revers n'a point éteint ces sentiments ni ces idées ; nous en voyons encore de temps à autre les manifestations, parfois très-vives, mais non pas très-heureuses, celle, par exemple, qui a provoqué la guerre du Slesvig- Holstein, et qui est venue aboutira une déception aussi éclatante que le désastre de 1849. La récente réunion de Francfort n'a été qu'une protestation impuissante contre cette déception, elle parti de l'unité par la démocratie allemande a été abandonné des progressistes prussiens, qu'on a pu croire un moment en train de cesser leur passive résistance parlementaire pour se mettre, par ambition prussienne ou patriotisme prussien, derrière les féodaux, à la suite du pouvoir arbitraire K

On est donc obligé de reconnaiire que, si les idées d'unité démocratique persistent plus ou moins dans les esprits, elles ne sont pas en progrès au point de vue de la réalité ; que les faits actuels leur tournent le dos, et que rien ne présage que la force d'action soit près de passer de leur côté.

Les faits tendent en apparence, non pas à l'unité par la démocratie, non pas à l'unité par la Prusse, mais à une

' Ils renouvellent aujourd'hui leur résistance; mais sera-t-elle plus efficace que par le passé?

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