M. DE BISMARK
avant (le celles de la plupart des États allemands; mais, dans la politique intérieure comme extérieure, le gouvernement prussien n'a-t-il pas jusqu'ici constamment tiré le char en arrière? Où sont, chez lui, les symptômes d'un tel changement? Il montre une certaine disposition à se rapprocher et à rapprocher l'Allemagne de l'Italie pour inquiéter l'Autriche et paralyser ses velléités de résistance : c'est quelque chose , mais ce n'est pas assez . M. d'Eulenbourg, le pourvoyeur des bourreaux de Berg et de Mouravief, n'est-il pas toujours le collègue de M. de Bismark? L'arrogance léodale se modère -t-elle? Les provocations à la France ont-elles cessé? Les insultes à la démocratie allemande et aux libertés des petits États ne redoublent-elles point en ce moment? Les progressistes prussiens sont-ils assez forts ou assez résolus pour refouler la réaction et forcer la main au pouvoir?
Soutiendrons-nous pourtant que le ministre hardi qui gouverne la Prusse ne serait pas capable de renverser, du jour au lendemain, tout le système des alliances et toute la politique de la Prusse, s'il jugeait que l'intérêt bien entendu le lui prescrivît et que, dans un remaniement de l'Europe, l'alliance française fût plus profitable que la protection russe? — Nous ne nions point absolument qu'il en soit capable : nous ne croyons pas à M. de Bismark plus de préjugés que de scrupules, et nous pensons qu'il traiterait au besoin le parti de la Croix comme il a traité le Danemark, et la Russie comme l'Angleterre.
Mais M. de Bismark n'est pas roi de Prusse, et, si l'esprit de Frédéric II hante le cabinet du ministre, il n'est jamais, croyons-nous, entré chez son maître. Cet esprit n'a plus reparu, depuis 1786, chez aucun monarque prussien. Il est plus que probable que, si M. de Bismark donnait au roi, par des motifs différents, le môme conseil que donna M. de Bunsen, il y a douze ans, à son prédécesseur, le conseil de
l'alliance anlirusse, l'audacieux ne serait pas mieux reçu que ne le fut le sage.
Y a-t-il apparence de vaincre sur ce point fondamental l'obstination des opiniâtres Hohenzollern autrement que par une grande crise intérieure, et peut-on penser que cette crise soit en voie de se préparer à l'heure qu'il est?
Les choses en sont là : nous n'y voyons point du tout les éléments d'une solution immédiate de la question allemande. Devant cette incertitude et ces ténèbres, le rôle de la France ne peut être que l'expectative, mais l'expectative armée '. Que l'opinion se garde d'accepter comme inévitable ce débordement prussien, qui, dans la forme où il se présente, doit être et peut être arrêté; que l'opinion, en se réservant sur les faits, s'affermisse sur les principes.
Il faut que la France et l'Allemagne se réconcilient à tout prix.
Il faut que la France reconnaisse au peuple allemand le droit de s'organiser comme il voudra ; en même temps, qu'elle se tienne prête à faire barre à toute nouvelle conquête de la Prusse réactionnaire et russophile.
La Prusse ne peut devenir l'alliée de la France sans un changement radical de système en Prusse. Nous n'avons qu'un moyen de pousser la Prusse dans cette voie : c'est de lui donner l'exemple des institutions libres. Montrons chez nous beaucoup de liberté : la Prusse et l'Allemagne suivront le mouvement de la France. Nous disions plus haut que, pour être forts contre la Russie, il fallait être libres. Pour avoir l'alliance allemande, il faut aussi être libres; l'absence de la liberté en France a, au moins autant que la peur de la reprise du Rhin, éloigné de nous l'Allemagne.
* La question du Slesvig-Holstein n'est Cjue la préface de la grande affaire allemande, et il est clair que, dans cetle première question, la France ne saurait sanctionner aucun arrangement qui laisserait les Danois du Slesvig entre les mains de la Prusse ni de l'Allemagne.