‹ La Russie et l'EuropeChapitre 76 sur 119 · PRUSSE ET FRANCE · texte numérisé non relu

PRUSSE ET FRANCE

Tout nous ramène ù ce point central de toutes choses. Les féodaux prussiens rêvent assurément quand ils comptent que la neutralité de la France se maintiendrait en présence de l'expansion conquérante de la Prusse; ils se raillaient naguère quand ils laissaient entrevoir l'offre de la Belgique pour prix de notre connivence : la France ne tient pas marché de peuples et ne fait pas de conventions de Gastein !

La France ne saurait consentir à l'expansion ambitionnée par la Prusse qu'à deux conditions : 1" le consentement formel des populations intéressées, c'est-à-dire l'association et non la conquête ; 2" l'alliance contre la Russie pour le rétablissement de la Pologne, alliance cautionnée par des gages positifs et solides.

La Pologne rétablie, la France pourrait bien renoncer au Rhin et laisser la Belgique garder son indépendance, s'il convient à la petite Gaule de rester séparée de la grande. On n'aurait plus que faire, à l'intérieur de PEurope, de lignes de défense ni de lignes stratégiques, et il y aurait tout avantage à l'existence de petits Étals libres entre les grandes nations à frontières contestables ; la rive gauche du Rhin indépendante entre la Prusse et la France, ne seraitce pas la meilleure solution de l'éternelle question du Rhin? La question de Prusse résolue entraînerait tout le reste. Mais, à notre avis, elle n'est pas encore près de l'être.

La question de l'Autriche est, comme toujours, bien plus compliquée encore. Les passions des hommes, en Prusse, jouent le premier rôle : en Autriche, ce sont les difficultés infinies des choses, dans cet étrange corps politique, toujours en œuvre de s'affaisser et de se relever, sans jamais crouler entièrement ni se raffermir tout à fait.

Quel est le sens de ce qui se passe maintenant en Autriche?

La monarchie despotique de Metternich, renversée en 1 848 par la révolution, restaurée imparfaitement par Schwartzemberg, s'étant effondrée de nouveau, et, cette fois, sans insurrection intérieure, par le fait de la guerre étrangère, en 1859, T Autriche a tenté, plus ou -moins sincèrement, l'expérience de la monarchie constitutionnelle unitaire; les diverses nationalités de l'Empire ont été conviées à abdiquer leur autonomie, c'est-à-dire leur existence nationale, par la fusion en un seul corps politique, le Reichsrath de Vienne, sous la direction et au profit de l'élément autrichien-allemand ; c'était une sorte de joséphisme parlementaire.

La monarchie constitutionnelle a échoué à son tour devant la résistance des Hongrois et des Croates, qui veulent s'appartenir à eux-mêmes, et des Vénitiens, qui veulent appartenir à l'Italie, sans parler du profond mécontentement des Tchekhes de Bohême et des Polonais de Gallicie.

u Si les Hongrois eussent consenti à tenter l'expérience, il est fort probable que l'Autriche n'y eût rien gagné, et qu'on eût vu se réaliser la prévision de M. de Cavour. — Lorsqu'après la guerre de 1859, la Hongrie repoussait avec tant d'énergie l'invitation d'envoyer ses députés au Reichsrath, ce grand homme d'État, sans méconnaître le respect dû à cette résistance au point de vue du droit, regrettait que les Hongrois n'allassent point siéger à Vienne avec les Galliciens, les Bohèmes et le reste. Ce n'était pas chez lui, on peut le croire, sollicitude des intérêts de l'Autriche; mais il était persuadé, ainsi que Manin, que, si l!Autriche pouvait vivre comme monarchie despotique, elle en était incapable comme monarchie constitutionnelle unitaire, et que, du choc de tant d'éléments incompatibles

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