CRISE AUTRICHIENNE
au sein d'une assemblée, ne pouvait résulter que la rupture (le ce tout hétérogène.
Le vieux despotisme est mort; le constitutionnalisme unitaire n'a pas même vécu. Que reste-t-il à essayer, si ce n'est le fédéralisme?
Le gouvernement autrichien a paru s'y résigner; il a opéré un complet changement de front. Les Hongrois n'ont pas voulu venir à Vienne. L'empereur d'Autriche est allé à Bude-Pesth négocier sa capitulation avec la Hongrie.
Cette laborieuse négociation n'est pas terminée : quelle en sera l'issue? Est-ce vraiment la constitution de 1848, le rétablissement du royaume de Hongrie avec son administration, ses finances et son armée nationale? — Mais, alors, c'est le commencement de la fédération et la fin de l'ancien Empire! — L'Autriche accepte le dualisme austro-hongrois; mais les deux corps associés, Autriche et Hongrie, se dédoubleront à leur tour : dans le royaume de saint Etienne, sans parler des concessions à faire aux Roumains de Transylvanie, les Croates revendiquent énergiquement leur autonomie intérieure ; de l'autre côté, dans le groupe autrichien, la Bohême réclame aussi les droits comme elle a le litre de royaume; déjà l'on parle d'un couronnement à Prague comme à Pesth ; et il faudra bien que la Gallicie redevienne une petite Pologne à demi-ruthène, en attendant mieux, et que l'Autriche allemande soit dédommagée, par une autonomie véritable, de la perte de sa suprématie ; et il est impossible, dans de telles conditions, de garder Venise, tandis qu'il est possible d'entrevoir, sous une forme quelconque, une extension fédérative dans un autre sens. — C'est, alors, un ordre nouveau qui commence!
Mais peut-on croire que le gouvernement autrichien accepte une transformation semblable? — Et, s'il paraît s'y résigner, peut-on croire à la sincérité de l'Autriche? — La
sincérité et l'Autriche, ce sont là deux mots mal accoutumés à se trouver ensemble !
Pourtant, si ce n'est pas cela, ce n'est rien ; s'il ne s'agit que du rétablissement de quelques privilèges, de quelques libertés secondaires, d'une suprématie rendue aux Madjars sur les aufres races, en échange de leur propre indépendance, que de la réannexion de la Transylvanie et de la Croatie à une Hongrie instrument du cabinet impérial, on ne saurait trop blâmer les hommes politiques hongrois qui se laisseraient surprendre à un pareil leurre et qui feraient de leur patrie l'appui de la réaction aristocratique en Autriche et de la tyrannie impériale en Vénétie. Dans ce cas, on peut le prédire, la nouvelle expérience échouera comme la précédente, et l'Autriche, en trompant de nouveau les peuples, tombera dans son propre piège et ne recueillera, de ce qu'elle aura semé, que l'abaissement et le chaos.
Rien jusqu'ici n'autorise à croire que les Hongrois transigent sur leurs droits ni sur leurs devoirs, ni qu'ils accordent plus que ce qui est indispensable à ce qu'il faut d'action commune dans un État fédératif.
La fédération, remplaçant l'Empire unitaire, est-elle irréalisable sans révolution? peut -on concevoir les deux grands corps constitués chacun fédérativement, puis associés entre eux seulement par le lien de Vunion personnelle avec un même prince? La Hongrie consentira-t-elle à un pas de plus? à quelque chose même de plus qu'une commission fédérale; à une diète générale pour les intérêts généraux, avec des pouvoirs limités?
Ceci est l'inconnu : est-ce l'impossible? — L'empereur absolu d'hier devenir président d'une confédération d'États libres? — 11 le pourrait peut-être ; il ne le voudra pas ! ceci semble du même ordre que la conversion de la dynastie prussienne à la liberté et à l'alliance françaises !