AUTRICHE ET HONGRIE
Et cependant y a-t-il moyen de concevoir, à la longue crise autrichienne, une autre issue que la fédération, avec ou sans la maison de Habsbourg, et n'y a-t-il pas urgence à ce que cette crise se décide?
Urgence pour l'Europe autant que pour l'Autriche ellemême.
La question prussienne, qui semblait, il y a peu de semaines, se précipiter vers le dénoùment, est arrêtée court et peut longtemps tourner sur elle-même : la question autrichienne, au contraire, appelle une solution bien plus instamment que ne le voit en général le public européen .
Nous disions que l'avenir dépendait du rapprochement de la France et de l'Allemagne, et nous calculions les chances des crises que susciterait la Russie pour empêcher ce rapprochement.
Une autre crise, sur un autre théâtre, est bien plus proche et peut tout engager en bien ou en mal, sans que la masse de l'Allemagne y soit directement impliquée.
La question de l'Autriche, dans ses rapports avec l'Europe, peut trouver sa solution hors de l'Autriche, et, avec la face de l'Autriche, changer la face de l'Europe.
Le nœud de ce problème est aujourd'hui aux bouches du Danube.
On peut être, demain, aujourd'hui même, appelé à le dénouer ou à le trancher.
La Russie se livre en Orient à un travail incessant pour profiter de sa victoire de Pologne et pour réparer sa défaite de Crimée. Pacifique et doucereuse dans ses journaux, qui ne parlent que d'ordre et de paix européenne, elle excite, par ses agents secrets, les populations chrétiennes contre les Turcs : elle cherche à regagner l'influence qu'elle a perdue sur la Serbie, en flattant ses sentiments nationaux et en la poussant à compromettre son avenir par des entre-
prises prématurées \ dans l'espoir de faire perdre à la France son influence sur les Slaves, si elle ne soutenait pas la Serbie, ou d'amener une rupture entre la France et l'Angleterre, si la France soutenait les Serbes.
Ceci toutefois, n'est qu'une diversion. Le grand jeu se joue en Roumanie, position plus décisive que la Serbie pour les affaires générales. La Russie exploite, avec une grande habileté, Félat déplorable de ce pays, où un prince, qui n'a su ni supporter la liberté, ni organiser la dictature, se débat, à la suite d'un coup d'Etat stérile, sous l'anarchie dont il est le principal auteur : écartant violemment les amis de la France, entouré d'hommes notoirement rattachés au parti russe, ne pouvant vivre avec les assemblées mêmes qu'il a façonnées de sa main, il ne saurait échapper au bras qui, de l'autre rive du Pruth, s'étend déjà sur sa tète. La Russie lui imposera, quand elle voudra, l'abdication, et lui tient déjà un successeur tout prêt. Le nom de ce candidat n'est plus un mystère pour personne, nom qui fut cher à la France, mais qui ne couvre plus aujourd'hui que le petit-fils de Nicolas et le représentant de la politique russe.
Cette révolution, soufferte par la France et par l'Angleterre, nous arracherait le seul fruit effectif de la guerre de Crimée : ce seraient les bouches du Danube dans la main de la Russie, la route de Constantinople rouverte, le complément delà chute de la Circassie et la subordination définitive de l'Autriche à l'empire russe. Cette révolution doit donc être empêchée à tout prix.
Mais par quel moyen? — L'état actuel de la Roumanie ne peut se prolonger : elle marche à une révolution, russe ou antirusse.
* Le but de la Serbie, qu'elle àUeindrà, noUs en avtJns la feriile espérartctij est de se réunir en corps de peuple avec ses frères les Serbes de Bosnie, de HcrzégQ-vine, du Monlchéfrro et des cantons serbes restés à la Turquie.