‹ La Russie et l'EuropeChapitre 80 sur 119 · QUESTION DU DA.NUBE · texte numérisé non relu

QUESTION DU DA.NUBE

autre unité encore plus étouffante et bien plus redoutable que n'était l'ancienne Autriche. Pourquoi le chef de l'État confédéré danubien, dans le cas où le gouvernement autrichien accepterait le principe fédératif (et, s'il ne l'accepte pas, que devient-il?) ne serait-il pas prince de Roumanie, aussi bien que roi de Hongrie et roi de Bohême?

La Roumanie y gagnerait de rester roumaine et de rester européenne, et que perdrait, en réalité, l'élément autrichienallemand à l'échange de la stérile et odieuse domination sur la Yénétie contre la féconde association avec la région du bas Danube? L'aristocratie allemande pourrait perdre, en étant obligée de faire leur large part d'influence aux Hongrois et aux Slaves, mais il n'en serait pas de même des classes bourgeoises et populaires. La supériorité agricole et industrielle des Allemands leur ouvrirait au contraire un vaste champ de travail et de légitime influence dans toute la vallée du grand fleuve jusqu'à la mer Noire. Là serait la solution des questions d'Orient et d'Italie, et la préparation au retour, dans des conditions toutes nouvelles, des questions de Pologne et de Scandinavie.

Ainsi se réparerait la malheureuse issue de la crise européenne de 1863.

Le Danube barré à la Russie ; Constanlinople préservée ; la Yénétie rendue à lltalie; l'Italie complétée, enfin assise, délivrée de périls dont tant d'intérêts français et européens sont solidaires; la vieille ennemie qui fut l'Autriche transformée en alliée, affranchie de la suprématie moscovite, établie dans une forte assiette géographique, et, ce qui eût pu sembler hier encore la plus étrange des chimères, la quadruple aUiancede la France, de l'Angleterre, de la nouvelle Autriche fédérative et de l'Italie !...

En provoquant cette solution, la Franco, ferait pour ellemême, comme pour l'Europe, la chose la plus utile et la plus grande, dans des conditions telles que l'Angleterre devrait,

non-seulement les accepter, mais en solliciter elle-même l'acceptation de la France, si celle-ci ne prenait l'initiative ; ce serait la réalisation d'un mot de M. Gladstone :

« 11 y aurait un immense avantage à la confiance mutuelle et à la coopération entre la France et l'Angleterre dans la conduite des affaires d'Orient '■. »

La question du Danube, résolue, rouvrirait celle de la Vistule et du Dnieper el aussi celle du Nord Scandinave.

A l'orient, il-est juste que l'Allemagne ait le Danube ouvert, et les grands fleuves, d'ailleurs, dans l'Europe confédérée, ne seraient-ils pas tout à tous?

Au nord, l'Allemagne, dans son ardeur à réparer la parcimonie que la nature lui a témoignée du côté de la mer, aspire à s'annexer le Danemark pour en faire son état-amiral. Par la conquête, ce n'est pas seulement inique, c'est insensé ; car l'Allemagne ne pourrait usurper le Danemark, si la Russie n'usurpaiila Suède du même coup, et la Russie n'y consentirait pas, même à ce prix.

Y dût-elle consentir, l'assassinat, par le Teuton, de son frère le Scandinave, avec la complicité du Moscovite^ serait le commencement du suicide de l'Allemagne.

Par l'association , au contraire , par la fédération européenne,l'Allemagne aurait le Danemark, avec la Suède ellemême, comme nous les aurions aussi ; mais, elle , un peu plus que nous, par le droit du voisinage et de la parenté. Les Scandinaves unis en Etat fédératif, ce qui est un des plus capitaux intérêts de l'Europe, seraient les gardiens

1 Débats onTurkey; maij 20; 1863. —Depuis que nous écrivions ces pages, la Roumanie a fait acte de vitalité nationale en l'cnvcrsant le prince Couza et en prévenant, par ce coup de vigueur, l'effet de l'intrigue russe. Si, comme nous le croyons, la nécessité du salut commun l'amène à se confédérer avec la Hongrie, soit associée elle-même à l'Autriche, soit séparée de l'Autriche, elle entrera dans cette association à des conditions d'autant plus dignes et plus libres, qu'elle aura plus nettement affirmé et prouve son autonomie. Aujourd'hui, c'est à l'Occident delà défendre.

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