MOSCOVITES PRIMITIFS
avant la venue des premiers Russes (Scandinaves) , se désignaient donc eux-mêmes par deux dénominations différentes.
La première, Méra ou Merd, Mord, signifiait homme, vir.
La seconde, Mokscha ou Moska (Maska, Maski), désignait, à ce qu'il paraît, le campement central de la horde dominante. Ce qui est certain, c'est que le nom de la ville de Moskva ou Moscou n'est qu'une application particulière de cette dénomination générale, bien loin d'en être la source, et que Moscou n'a point du tout donné son nom à la Moscovie ni aux Moscovites. Le nom de Moskva, avec diverses variantes, se retrouve sur un bon nombre de points, fait constaté par M. Makarof, dans plusieurs articles de la Revue de la Société de l'histoire et des antiquités russes (1847-1848.)
Les Moscovites proprement dits, quant à la langue, se divisent en trois groupes :
1° Ceux qui ont gardé la langue primitive; on les désigne sous les deuxnoms génériques de Mokscha (variante : Moskva, Moska) et de Mordva, les deux noms primitifs que nous citions tout à l'heure ;
2° Ceux qui ont gardé en partie la langue, les petits commerçants grands-russes, sur la Kliazma, à Vladimir et sur d'autres points; on les appelle Maski ou Massyki ;
3° Ceux qui ne parlent plus que slave, mais un dialecte slave, le grand-russe, marqué d'influences finnoises dans sa prononciation, dans ses traditions historiques et dans les caractères de civilisation du peuple qui l'emploie ; ceux-ci sont aujourd'hui en grande majorité.
Ajoutons, à ces observations, qu'il y a encore aujourd'hui, d'après M. Viquesnel, de 12 à 15 millions de sujets russes qui parlent à la fois le slave -moscovite ou grand-russe et leurs anciens dialectes touraniens (finnois ou turco-falars). lis sont les intermédiaires entre les Moscovites de langue slave et les tribus de l'Asie centrale.
On trouve des renseignements intéressants sur le commerce des anciens peuples finnois de Moscovie dans un article du jour-
nal du ministère de l'instruction publique de Saint-Pétersbourg, rendant compte de l'ouvrage de M. Paul Savelief sur les monnaies et les divers produits de l'industrie orientale du septième au onzième siècle, découverts dans l'intérieur de la Russie et sur les côtes de la Baltique ; ouvrage publié à Saint-Pétersbourg en 1 846 * .
Ce compte rendu constate que l'auteur a établi l'existence de villes en Moscovie avant l'arrivée des Normands (Varègues-Russes) . De nombreuses monnaies koufiques (arabes) et d'autres produits de l'industrie orientale, découverts sur la Baltique, attestent l'ancienneté des rapports entre le nord de l'Europe et l'Asie par l'intérieur de la Moscovie.
« Il (M. Savelief) a complété Nestor par des faits très-curieux sur l'état social de nos ancêtres, avant qu'ils eussent appelé les trois frères normands (Rurik et ses deux frères)... Le grand commerce des musulmans avec les Scandinaves, par l'intermédiaire de la Russie, oblige à conclure que les peuples de ce dernier pays, dès le huitième siècle, n'étaient plus sauvages... et qu'il y avait en Russie des villes, non-seulement comme lieux fortifiés, mais comme lieux de marchés et de foires. »
A l'est de la Russie habitaient les Bulgares^, ayant aussi des villes et servant d'intermédiaires entre la Russie et les peuples de l'autre côté de la Caspienne.
Les plus anciennes monnaies musulmanes trouvées en Russie sont de la fin du septième siècle, ce qui correspond à l'extension de la conquête arabe, qui, de la Perse soumise, déborde sur l'Oxus, d'un côte, puis sur la gauche de la Caspienne, de l'autre, et, dans la seconde moitié du huitième siècle, refoule les Khozars de la Caspienne sur la mer Noire. Les Kkozars, peuple de race turque, se jettent, par contre-coup, sur le Don, sur la Tauride et le Dnieper, et assujettissent au tribut les Slaves méridionaux de Kief et du bassin du Dnieper. Les Varègues-Russes (Normands ou Scandinaves) chassent du Dnieper les Khozars dans la seconde moitié du neuvième siècle et le commencement du dixième et se substituent à leur suprématie.
• Moiihamedanskaïa noumizmatiska , etc. (Numismatique musulmane)) par P. Savelief; Saint-Pétersbourg, 1846. ^ Dans le pays qui fut plus tard le tsarat de Kazan.