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Les Pctits-Russiens considèrent encore Moscou

comme une ville étrangère et lui préférèrent Kief, leur ancienne • capitale (T. I, p. 57.)

12. — Les Malo-Russiens (Petits-Russiens) aiment médiocrement les Grands-Russiens. (II, 426.)

13. — Le Grand-Russe est vif, pétulant, amoureux de plaisir. Le Petit-Russe est laborieux, sobre, économe, persévérant, se rapprochant du caractère allemand. (T. III, p. 22.) — Le Petit- Russe a l'esprit poétique et contemplatif : le Grand-Russe a l'esprit pénétrant et le jugement sûr. {Ibicl. 219.)

14. — Le Petit-Piussien a l'amour de la propriété (T. II, p. 151, 152.)

15. — En Podolie, la commune russe n'existe pas. {Ibid. p. 416.) Le pays est divisé en petites fermes (p. 426). La terre est à la famille, non à la commune. A la mort du paysan, la terre reste indivise à la famille dont le fils aîné est le chef. C'est la constitution des paysans slaves de l'Ouest ^ qui ne diffère pas essentiellement de celle de l'Allemagne orientale (p. 418).

Nota. — Cette constitution est aussi celle des Slaves méridionaux, Serbes et Croates, chez lesquels M. de Haxthausen veut à tort retrouver la comnmne moscovite ; mais les Serbes renoncent à l'indivision depuis leur affranchissement. Voici, comme point de comparaison, un passage de l'introduction de rauteur(p. 8) sur les usages moscovites.

« La commune est la famille en grand : elle possède le sol ; chaque individu n'a que l'usufruit de sa part, et la part de chacun est égale : le lot du père ne passe point par héritage à ses fils ; mais chacun d'eux en réclame une part en vertu de son * L'auteur veut dire sans doute la constitution ancienne.

droit individuel, comme- membre de la commune dont le chef absolu ou le père fictif se nomme l'ancien [starosta).

16. — Le genre humain se partage, dès le principe, en peuples d'agriculteurs et peuples de pasteurs. Il est probable que la race slave se divise également en deux catégories pareilles : il paraît que la partie des agriculteurs est formée par les Vendes (Slaves de la Baltique et de l'Elbe), lesPolaks (paysans polonais) et les Slaves du Sud (les Bulgares, les Serbes et les Yindes).

Les habitants de la Grande-Bussie étaient primitivement un peuple de pâtres. (T. III, p. 137.)

Nota. — Ainsi, M. de Ilaxthausen met d'un côté tous les vrais Slaves, et, de l'autre, les Grands-Russes seuls. 11 les appelle Slaves, en donnant la preuve qu'ils ne le sont pas.

17. — L'histoire et les tendances actuelles de Novgorod présentent des particularités étrangères au caractère national russe.... Ces particularités proviennent de l'attachement au pays natal c'est-à-dire, d'un sentiment étranger au caractère du peuple russe. C'est là précisément que se manifestent les traditions de l'ancienne vie nomade du peuple. [Ibid. p. 148.)

Nota. — Cette remarque de Haxthausen sur la différence de sentiments entre les Novgorodiens et les Moscovites est très-importante et prouve la différence de race.

18. — Les Russes, dans leuis villages manufacturiers, ignorent la corporation et ne pratiquent que l'association libre et ouverte. (T. I, p. 156.)

C'est là un des bons côtés du peuple russe ; mais ces associations industrielles sont routinières et fabriquent très-médiocrement.

19. — La mobilité des Russes, non-seulement leur rend l'agriculture désagréable, mais, dans l'industrie, les fait changer sans cesse de métier. {Ibid. p. 178.)

Si le Russe préfère l'industrie à l'agriculture, il préfère le commerce ambulant à l'industrie. 11 embrasse rarement, de son plein gré, une profession d'artisan quelconque; il aime mieux mener une vie nomade, comme petit marchand, colporteur, voi^ turier, etc. {Ibid., t. IL P- 448.]

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21. Le peuple russe ne sait pas se promener, marcher pour marcher. (T. I, p. 267.)

Nota. — C'est là un Irait tout oriental.

22. — Le costume et la langue sont également uniformes chez les Grands-Russes. {Ibid., p. 270.)

Nota. — La monotonie, dit M. Schnitzler, est un caractère distinctif de la Russie. 11 faut dire : la monotonie dans la mobilité. C'est un océan humain dont tous les Ilots se ressemblent. Chez les vrais Slaves, il y a, au contraire, une grande variété de costumes et d'habitudes comme de dialectes.

25 — M. deHaxlhausen peint Odessa comme une ville sans nationalité, habitée par une population de toute race. (T. II, p. 268.) H en est de même des autres villes maritimes russes de la mer Noire. Du tableau qu'il en fait, il semble résulter que les Russes ne sont que campés là.

24. — L'école théologique de Kief est restée, jusqu'au dixhuitième siècle, c'est-à-dire jusqu'au partage de la Pologne, en relations intimes avec la littérature polonaise ; elle puisait à cette source les sciences de l'Occident, tandis que l'école de Moscou s'adressait principalement à l'Allemagne. (T. III, p. 107.)

Nota. — Le fait est bien simple, la civilisation moderne de la Ruthénie, ou Russie slave, étant polonaise.

25. — - L'usage de la prédication, inconnu de l'ancienne Église moscovite, y a été introduit de Kief, après la conquête de cette ville au dix-septième siècle, mais n'y est jamais devenu un élément essentiel du service divin, ni une coutume générale. Les sermons doivent être préalablement soumis aux évêques. Par conséquent, aucune improvisation, aucune spontanéité : aussi n'y a-t-il guère de talent oratoire que parmi les évêques ou tout au moins les dignitaires. (Ibid., p. 98 et 108.)

Nota. — 11 n'y a encore aujourd'hui d'exception que pour le clergé de Saint-Pétersbourg.

26. — Un calendrier héraldique de la noblesse russe (année 1787), sur une liste de 656 familles nobles, en. cite 140 d'origine tatare, 218 d'origine polonaise, lithuanienne ou ru-^ thène, sans compter 7 de Novgorod, 5 de Livonie et 1 de Courlande; 186 proviennent de divers pays étrangers; il n'en reste

comme on voit, qu'une centaine pour la Moscovie. (T. III, p. 73.) — L'auteur dit plus loin qu'il subsiste 38 familles ayant du sang des Rurikovitches et 8 du sang de Jagellon.

27. — Autrefois, il n'arrivait pas à destination le tiers des exilés envoyés en Sibérie. Aujourd'hui il en meurt encore de 15 à 25 pour 1 00 en route.

28. — On assure qu'autrefois la moitié des recrues mourait dans l'année: qu'actuellement (en l'année 1850), il en meurt encore le tiers. L'auteur croit ce chiffre exagéré. (T, III, p. 34'8.)

Nota. — Ces chiffres terribles, dans une bouche aussi peu suspecte, se passent de commentaire et sont parfaitement en rapport avec ce qu'on sait de la mortalité immense, inouïe, de l'armée russe durant la guerre de Crimée, qui a coûté à la Russie 650,000 hommes ^ ! A côté de ces citations vraiment tragiques on en peut choisir une d'un caractère bien différent : c'est l'apolo" gie consciencieuse des coups de bâton comme système pénitentiaire, apologie qui n'a plus qu^un intérêt rétrospectif. L'auteur s'efforce de démontrer que ce système est infiniment plus raisonnable et plus humain, quant à l'armée, que les lois françaises. Voici ses conclusions :

29. — On ne rencontre, dans le caractère russe, aucune trace de la fiction sentimentale en vertu de laquelle les hommes de l'Occident trouvent plus d'agrément à recevoir un coup d'épée ou une balle qu'un coup de bâton. — Le Russe du peuple ne voit dans des coups que des coups, rien de plus, rien de moins. Parmi les Grands-Russes, tout pouvoir social fait respecter son autorité par des coups, qui, du reste, n'altèrent en rien les affections ni l'amitié. Tout le monde donne des coups ; le père bat son fils ; le marié, sa femme ; le seigneur territorial ou son intendant, les paysans, sans qu'il en résulte de l'aigreur ou de la rancune. Le dos même des Russes est habitué aux coups, et pourtant le bâton est encore plus sensible aux nerfs de leurs dos qu'à leurs âmes.

* Par compensation, le ^ord, du 14 décembre 1865, nous assure, d'après le compte rendu du ministère de la guerre, qu'en 1805, durant l'insurrection de Pologne, l'armée russe n'a pas perdu 15 hommes sur 1,000, et que, durant la première conscription de 1865, sur 8,855 conscrits, il en est mort UiN seulement, ce qui fait 16 décès sur un total de 141,000 conscrits!

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50 — Les Russes, si habiles dans le petit trafic, n'ont ni goût ni talent pour le commerce extérieur et maritime, (T.IH, p. 643). 5J — En général, on est d'avis que les ouvriers russes, après avoir acquis un certain degré d'aptitude, ne font plus de progrès. {Ibid, p. 156.)

Ajoutons à ces extraits de Haxthausen les observations suivantes :

i. — La terre, dans la Grande-Russie ou Moscovie, est cultivée par les femmes plus que les hommes, qui, autant que cela leur est possible, quittent le village natal et l'agriculture, en payant un droit au seigneur.

2. — Le sentiment poétique et arliste appartient bien plutôt aux Petits-Russes qu'aux Grands-Russes : en général, tout ce qui a une individualité musicale, tout ce qui s'exprime par une mélodie personnelle est Petit-Russe (nous prenons le mot dans son acception la plus étendue, les Ruthènes compris). Aux Grands-Russes appartient cette musique d'ensemble qui n'est qu'un grand instrument où chaque exécutant n'a que la valeur d'une touche; ensemble, d'ailleurs, d'une précision accomplie.

3. — Nous avons parlé plus d'une fois de la Terre-Noire {Tchernaïa-Zernlia): il y en a deux, celle de Moscovie et celle de Pologne. La première commence à l'est de la Desna, etoccupe la Petite Russie orientale et le nord de la Nouvelle Russie, dont le sud appartient à la région des steppes. Au contraire, à l'ouest de la Desna et du haut Dnieper, la Lithuanie et la Russie-Dlanche sont peu fertiles, et plus marécageuses et forestières qu'agricoles.

La seconde Terre-Noire couvre la Ruthénie (Volhynie, Podolie et Kiovie ou Ukraine), qui produit le meilleur blé de l'Empire russe. C'est la meilleure des deux Terres-Noires. Cependant, si la Pologne se reconstituait, la Moscovie, en perdant la Ruthénie, garderait la région fertile de l'est, avec les houillères du Don et celles de Toula^ par conséquent des éléments agricoles et industriels pour le commerce de la mer Noire.

M. de Haxlhauson a consacré un long chapitre (T. I, ch. 11), à un sujet très-intéressant et qui demanderait des développements dans lesquels nous regrettons de ne pouvoir entrer ici. Ce sont les sectes religieuses de Russie. Nous en dirons seulement quelques mots. Le résultat des recherches de l'écrivain allemand est que ces sectes se divisent en deux catégories : l'une, et la plus nombreuse, ne s'est primitivement séparée de l'Église orthodoxe que sur des questions de pur formalisme. En 1059, le patriarche Nikon ayant fait revoir et corriger les textes des Écritures dont se servait le clergé moscovite et qu'avait grossièrement altérés l'ignorance des temps, la routine se souleva contre le prétendu sacrilège de cette innovation et enfanta une secte qui rejeta toute révision des textes sacrés, toute modification de la liturgie, et prit le nom de vieux-croyants {slarowertzi); elle s'accrut dans de vastes proportions sous Pierre le Grand, par réaction contre les riouveautés de ce tsar, bien autrement radicales que celles de Nikon.

Une partie des vieux-cioyanls ont des prêtres de leur secte remontant par une filiation sacerdotale non interrompue jusqu'à l'époque antérieure à la scission. D'autres se passent entièrement du ministère des prêtres. Depuis Pierre le Grand, la croyance que le tsar est l'Antéchrist s'est beaucoup répandue parmi eux; les plus exaltés et les plus ignoi^ants lui opposent un tsar imaginaire, le vrai tsar blanc, qui porte la barbe longue, la couronne en tête et le manteau impérial, et non l'habit et le chapeau des Niemtsi (Allemands). Ces idées ont beaucoup contribué à la grande extension prise par la révolte dePougatclief ; le malheureux mari de Catherine II, Pierre III, dont Pougatchef s'attribua le nom, ayant passé pour le vrai tsar blanc, par opposition à l'Allemande Catherine. Les opinions des vieuxcroyants étaient et sont encore très-accrédilées chez les Cosaques.

La masse des sectaires ne va pas toutefois jusqu'à cette hostilité radicale envers le tsar. Le gouvernement tour à tour les opprime ou les ménage, suivant les circonstances, et, au fond, se préoccupe beaucoup de leurs dispositions. Quand il les maltraite, il les- appelle raskolniks (schismatiques); quand il les ménage, il les qualifie de iedinoyiertù uni-croyants.

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