LIVRE DU MILLENIUM
méridionale du gouvernement polonais de Lublin ; ils qualifient ces populations de Ruihènes et deRusniaques'. (p. 79.)
Page 80. — « Les Ilutliènes parlent en général le petit-russien, mais fortement mélangé de tours de phrase et d'expressions polonaises. »
Les auteurs divisent les Russes-Blancs en deux groupes : l** ceux des gouvernements de Vitepsk, de Mohilef, de Smolensk, et leurs colons établis dans la Grande-Kussie ; 2° ceux des gouvernements de Minsk, de Grodno, de Yilno (Vilna) et de Kovno. 11 est probable que le prcmiei- groupe est seul slave d'origine, et que le second est formé de Lithuaniens qui ont adopté le dialecte des Russes-Blancs, tandis que le reste de leurs frères de race ont conservé la langue lithuanienne, ou parlent le polonais.
Page 77. — « Le vol est fort rare en Petite-Russie; la langue du pays n'a pas même de terme pour désigner le voleur ; on le qualifie seulement de malfaiteur {zlodii, en polonais %lod%iei). — Favorisé par la nature plus féconde, le Petit-Russe se nourrit généralement mieux que le Russe, et il a, chaque jour, besoin de faire au moins un repas chaud. »
Dans la langue slave-moscovite, volew se dit luor, dérivé du finnois wnras. L'intérêt de l'autre observation est dans ceci : que les Moscovites (paysans et petits bourgeois) ne font communément qu'un repas chaud par semaine, habitude très-singulière aux yeux des Occidentaux.
A propos de l'inauguration projetée d'un monument qui glorifie la prétendue fondation de l'Empire russe par Rurik, il n'est pas sans intérêt de rappeler qu'une autre commémoration a été célébrée à Novgorod depuis le douzième siècle jusqu'à la chute de cette république sous les armes d'Ivan 111; c'était la fête instituée en souvenir de la victoire remportée par les Novgorodiens sur André de Bogolioub, le vrai fondateur de l'Ktat moscovite, le 2S novembre 1170, un an après le sac de Kief par l'armée d'André. Un fait très-curieux, que nous signale M. Duchinski, c'est que les exilés novgorodiens, transférés en Moscovie par Ivan 111, parvinrent à glisser les hymnes ou antiennes relatives à cette
* Prononcer Routhénes et Rousniaques.
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commémoration dans la liturgie orthodoxe, sans que l'ignorance moscovite s'en rendît compte. Ces exilés, élite de la population novgorodienne, prirent, parla supériorité de leurs lumières, une très-grande influence sur leurs vainqueurs et jouèrent le principal rôle dans la lutte religieuse de ce temps entre le christianisme grec orthodoxe et les tendances jiulaïsantes qui avaient envahi le clergé moscovite, et que favorisait le métropolitain Zosyme. Si la Moscovie n'a point aloi's passé au judaïsme, comme avaient fait autrefois les Khozars, c'est peut-être aux transportés novogorodiens qu'elle le doit.