SUR LES COSAQUES, LES PETITS-RUSSES ET LES RUTHÈNES
Les équivoques et les obscurités que la politique russe s'est appliquée à jeter sur tout ce qui regarde ces populations, et les notions vagues et confuses qu'on a trop communément sur elles, nous obligent à ajouter quelques éclaircissements à ce que nous en avons dit dans notre livre.
S'il n'y a aucune différence d'origine entre les Russiens ou Ruthènes de la rive gauche du Dnieper et les Petits-Russes de la rive droite, les Cosaques, au contraire, diffèrent tout à fait originairement des uns et des autres. On peut, à la rigueur, faire remonter les Cosaques jusqu'aux Scythes nomades d'Hérodote comme les Slaves du Dnieper aux Scythes agriculteurs ; car le nom de Scythes, chez Hérodote, enveloppe des races diverses, et il y a toujours eu, sur le Don et entre ce fleuve et le Dnieper, des Touraniens nomades, en rapports, le plus souvent de guerre et de conquête, mais parfois aussi d'alliance, avec les Slaves du Dnieper. Après que les Khozars eurent été chassés par les Varègues-Russes, arrivèrent les Polovtzi ou Cunians (Komans), qui jouent un grand rôle dans l'histoire desRurikovitches,et ces
cosAouts. TcnERKi;ssi:s. 357
bandes deTorki (Turcs) et de Bérendécns, qui poussèrent en partie jusqu'au Dnieper et s'y établirent en se mettant au service des grands-princes de Kief. Ce sont là les ancêtres des Cosaques, en leur associant les bandes de Tcherkesses (Circassiens), qui étaient de même race, suivant Karamsine, et qui, venus à la suite des Mongols, se fixèrent dans les mêmes contrées ^ La ville de Tcherkask rappelle encore leur nom. Ce nom de Tcherkesse est identifié par les anciens auteurs à celui de Kosak ou Kasak, qui, dans les langues turques , désigne un partisan , un nomade guerrier, et qui est en usage dans ce sens jusqu'au centre de l'Asie, ainsi que l'atteste le nom des Kirghiz-Kaissaks ou Kasaks. Une assez grande confusion ethnographique résulte de ce que ce double nom de Tcherkesses et de Kosaks a été appliqué par extension à des populations aryennes, qui ont la même manière de faire la guerre que ces Touraniens, comme autrefois il y avait, à côté des Scythes touraniens, des Scythes aryens, c'està-dire des Aryens qui avaient pris plus ou moins les mœurs des Scythes. Tels sont les Circassiens actuels, ces Adigues qui viennent d'être si barbarément déportés, et leurs voisins les Ossôtes, Yasses, etc., populations aryennes par excellence, qui paraissent avoir été appelées Kasaks avant qu'on les appelât Tcherkesses. On appelle aussi Kasaks, au sud du Caucase, les Mingréliens, qui sont également aryens.
Le principal noyau des Kosaks, ou Cosaques, aujourd'hui si fameux sous ce nom, a été celui du Don. Lors du démembrement de l'Empire mongol, il se forma là une société guerrière qui cherchait à se maintenir indépendante à la fois du tsarat de Moscovie et du khanat de Tauride, vendait tour à tour ses services à l'un et à l'autre, et pillait aux dépens de l'un et de l'autre, jusqu'à ce qu'elle eût été gagnée définitivement à la langue slave et à la religion grecque par le mélange de fugitifs et d'aventuriers moscovites qui la transforma. 11 paraîtrait
* M. l'ogodine lui-même, luut en maintenant, bien entendu, les Moscovites pour Slaves, reconnaît que les Cosaques ne le sont pas. Les Cosaques du seizième siècle ne sont p lur lui que les descendants des Pielchinglii (Petclicnègues), des Polovtzi, des Komans. et d'autres peuplades connues, dans les annales des Rurikovitclus, avjut l'inva.'-ion mongole, sous le nom de Klobouks-Noirs ou Karakalpaks.
r)5S ÉCLAIRCISSEMENTS,
que, d'après les annales russes, dans la seconde moitié du seizième siècle, Ivan IV écrivait encore aux Cosaques en langue tartare, c'est-à-dire turque.
Les Cosaques ou Tcherkesses du Dnieper, moins nombreux, moins puissants et enveloppés par les vrais Slaves, étaient alors christianisés et slavisés de langue depuis longtemps, si bien que Mathias de Miéchow, l'historien polonais du seizième siècle, les croit frères desRuthènespar l'origine comme par la langue. Le roi de Pologne Etienne Batori les organisa militairement et en tira de bons services.
L'erreur de Mathias de Miéchow sur leur origine, constatée de nos jours par Karamsiiie, a été difficile à démêler, parce qu'il s'était formé, à côté de ces Cosaques touraniens et en rapport avec eux, un groupe de Cosaques réellement slaves en majorité. C'étaient les célèbres Zaporogues, bannis, réfugiés, serfs révoltés, qui formèrent, dans les îles du Dnieper, cette singulière république de guerriers célibataires sur laquelle subsistent tant de traditions d'une sauvage poésie ; Slaves, ils s'étaient constitués dans un cadre tartare, et ils dominèrent à la fois les anciens Cosaques tartares du Dnieper, associés à eux, et les paysans ruthènes, qu'ils excitaient contre la noblesse.
Les Cosaques du Don n'ont pas changé de résidence. Les Cosaques primitifs (Tcherkesses , Tartares) du Dnieper, ont émigré en majorité sur la rive droite, après leur rupture avec la Pologne sous Bogdan Chmielnicki : écrasés par Pierre le Grand à la suite do leur révolte sous Mazeppa, ils se sont fondus dans la nombreuse population slave de la Petite-Russie. La plupart ne conservent plus d'organisation cosaque. La minorité a émigré en Turquie. Quant aux Zaporogues ou Cosaques vraiment Slaves, ils ont été, sous Catherine II, déportés sur la côte nordest de la mer Noire, où ils sont encore et dont ils portent aujourd'hui le nom [Tcherno-Morskué-Kawki; Cosaques de la Mer Noire.)
Nous n'avons pas à revenir sur l'origine des Ruthènes et dos Petits-Russes, mais seulement à rappeler qu'on ne faisait au-
COSAQUKS. PETITS-RUSSES. 559
trefois entre eux aucune distinction; aujourd'hui, la différence (îonsiste en ceci: que le dialecte des Ruthènes de la rive occidentale du Dnieper est plus mélangé de polonismes que le dialecte des Petits-Russes d'au delà du Dnieper, et que, dans la masse de ces derniers, s'est fondu un élément cosaque. Comparativement aux Russes-Blancs du haut Dnieper et de la Duna, Ruthènes du sud-ouest et Petits-Russes ne forment qu'un seul groupe. Les Russes-Blancs, très-mèlés de sang lithuanien, sont, de tous les Ruthènes, les plus prés des Polonais proprement dits, quanta la langue, aux idées et à la religion. Ils avaient été gagnés par le latinisme et n'ont été ramenés que par la force à la religion grecque. Tout ce qui regarde ces populations est peu connu en Occident, et il serait cependant essentiel de les connaître, car elles auront un rôle important dans les événements futurs ; si l'Europe s'organise et réagit contre la Russie, le bassin du Dnieper sera le théâtre d'une lutte décisive. Les Petits-Russes et les Ruthènes proprement dits forment, dans l'empire russe, une masse de douze millions d'hommes, sans compter 3 millions en Autriche; les Russes-Rlancs comptent pour 5 millions.
Du quinzième au dix-septième siècle, les actes officiels ont été rédigés en langue ruthène dans tout le grand-duché de Lithuanie. Ce fut en langue ruthène qu'au commencement du seizième siècle, le prince rurikovitche Ostrogski harangua son armée avant la fameuse bataille d'Orcha contre les Moscovites, et qu'après la victoire, il félicita le roi de Pologne.
La noblesse de Podolie parlait encore le ruthène sous Sigismond 111. Sous ce même roi, les Lithuaniens refusèrent d'accepter un évéque, parce qu'il était polonais du royaume et non lithuano-ruthène du grand duché, ce qui prouve bien que les nobles lithuano-ruthènes n'étaient pas des Polonais proprement dits et ne se sont polonisés peu à peu que volontairement, contrairement au grand mensonge officiel qui sert aujourd'hui de prétexte à la spoliation de la propriété dans toutes ces provinces.
Du reste, le polonais littéraire n'est pas le pur mazovien ou dialecte du pays de Varsovie; c'est du mazovien modifié par le ruthène. Quand les Moscovites, habitués à leur unité sj massive et si tranchée, veulent découper fks vrais Slaves en
500 KCLAIIICISSF.MKNTS.
petites unités également absolues, ils s'y perdent : entre les Polonais proprement dits ou Mazoviens et les Rutliènes, ils trouvent les Mazoures; entre ces mêmes Mazoviens et les Russes- Blancs, ils trouvent lesKourpiki; tout cela n'est que nuances; il n'y a de vraies frontières qu'entre les Slaves et la Moscovie
« La langue moscovite, » dit Mickiewicz, est slave dans les formes, mais laponne (finnoise) dans l'esprit et dans les traditions. »
Comme langue écrite avec les caractères cyrilliens, le ruthène ressemble plus au grand-russe qu'au polonais ; comme langue parlée, c'est le contraire, ce qui tient aux éléments finnois conservés par la prononciation moscovite.
Les classes lettrées, dans la Petite-Russie, ne savent plus le polonais : c'est la grande différence entre la Petite-Russie et la Ruthénie. La langue polonaise ayant disparu de la Petite- Russie, le tsarisme vise à y établir la langue moscovite à la place du petit-russe, qu'il qualifie de patois, d'où la résistance tour à tour sourde ou manifeste du pays.
Les Mémoires sur la Petite-Russie, publiés par M. Koulisch à Saint-Pétersbourg (1861-1862), attestent que les Petits-Russes revendiquent contre les Moscovites le vieux poëme sur les exploits d'Igor. Les autres productions slavo-russes du neuvième au treizième siècle, telles que le testament de Vladimir Monomaque, le code de lois appelé la Pravda roiiska (la Vérité russe), et la chronique de Nestor et de ses premiers continuateurs, ne sont pas plus moscovites, au point de vue national, que le poëme d'Igor. Tout cela n'appartient qu'aux Slaves du Dnieper et non aux Souzdaliens; Jiiais, au point de vue linguistique, ces monuments appartiennent à la langue liturgique ou cyrillienne, etnon aux dialectes populaires ruthènes, qui, alors, ne s'écrivaient pas. Les Moscovites, dont la langue dérive de la cyrillienne, font naturellement valoir les arguments linguistiques pour se rattacher à cette vieille littérature.
Sous Catherine II, un commissaire moscovite, envoyé en Petite- Russie, constate que les Petits-Russes sont extrêmement attachés au Statut lithuanien, et s'en offusque, parce qu'il voit dans le Statut l'influence de l'élément polonais. M. Koulisch fait, avec
i'ETlTr-RLSSI'S. nu TU KM:; S. 5C1
raison, du Statut un produit national des Slaves russes (Rutlîènes et Petits-Russes) ; mais ce produit vient des Slaves russes unis à la Pologne, et c'est pour cela que Nicolas en a dépouillé la Lithuanie et la Ruthénie, les pays conquis, tandis qu'il n'a pas osé l'arracher entièrement à la Petite-Russie, au pays uni volontairemezit à la Moscovie. Les procès civils entre paysans, au rapport de M. Koulisch, sont encore soumis au jugement des anciens, élus par la commune.
Ceci ne se rapporte qu'aux deux gouvernejnents les plus foncièrement slaves de la Petite-Fiussie, ceux de Poltava et de Tchernigof.
Il importe d'observer que le Statut lithuanien n'admettait pas le vrai servage de glèbe, car il autorisait les paysans à changer de domicile à de certaines conditions: ce ne fut qu'un oukase de Catherine H, de 1785, qui leur enleva cette faculté et les attacha entièrement à la glèbe et les fit esclaves. M. Koulisch démontre que les Sévériens (portion des Petits-Russes) ont appelé Polanes les habitants du gouvernement actuel de Kief jusqu'au dix-huitième siècle. (Mémoires, page 28.)
Les mémoires de M. Koulisch donnent la meilleure preuve de l'indigénat de la noblesse lithuanienne et rulhène, parla citation des articles du Statut lithuanien de 1529, qui interdisent de donner des emplois aux personnes étrangères au pays, c'est-àdire au grand-duché de Lithuanie, sans exception pour les Polonais du royaume, loi confirmée par le Statut lithuanien de 1566.
Nicolas, après 1851, réveilla lui-môme l'esprit public chez les Petits-Russes comme instrument contre la Pologne : il encouragea la publication des documents et dçs chants populaires relatifs à l'époque de Chmielnicki ; mais il s'aperçut bientôt que cela tournait contre l'unité russe. Il réagit; il refusa de recevoir la députation qui venait demander le maintien du Statut lithuanien; bref, il étouffa le mouvement, qui se ranima de nouveau spontanément, à l'incitation des èrudits et des littérateurs, à partir de la guerre de Crimée. Un comité petit-russien fut fondé à Saint-Pétersbourg même : d'abord occulte, il se montra au grand jour en 1863, au moment où apparaissaient les fameuses adresses moscovites au tsar. M. Kostomarof, l'histo-
562 ECLAIRCISSKMKNTS.
rien de Bogdan (Ihmielnicki et l'iiomme le plus notable, du co-
niilé, déclara que le vœu des Petits-Russes était l'association
fraternelle de leur nationalité avec celle de la Grande-Russie,
association qui devrait servir d'exemple à celle de tous les
Slaves.
En même temps, il revendiqua l'enseignement de la langue petite-russienne.
MM. Koulisch, l'écrivain que nous citions tout à l'heure, et Bielozerski soutinrent M. Kostomarof.
Cette manifestation d'un panslavisme fédératif n'était pas pour plaire aux unitaires de Moscou. Une revue, fondée par les savants petits-russes, ne tarda pas à être supprimée. Les trois écrivains petits-russes furent exilés, au moins temporairement. La traduction des Écritures dans leur langue, autorisée, à leur sollicitation, par l'académie impériale de Saint-Pétersbourg, dont ils étaient membres, fut arrêtée au saint-synode par ordre du gouvernement, et la publication fut interdite. Sous Nicolas, on avait permis de publier des sermons en petit-russe. Ainsi, le gouvernement d'Alexandre II est moins libéral envers la Petite-Russie que celui de Nicolas !
Pendant ce temps, les journaux moscovites entraient en campagne contre ce qu'ils nommaient les Hohlomans ou les Ukrainophiles. Hohloman est un surnom que donnent les Moscovites aux paysans de l'Ukraine et de la Petite-Russie, parce qu'ils se rasent la tête et ne gardent qu'une touffe de cheveux [liohol], mode d'origine tartare, empruntée aux anciens Cosaques. Les journaux moscovites combattaient les projets de ceux « qui tendent à séparer les Petits-Russes des Grands-Russes par la création d'une langue littéraire petit-russe et par son introduction dans l'enseignement. » Ils les accusaient de polonisme.
Un de ces journaux distinguait les Ukrai7iophiles en catégories : les uns seraient assez ignorants pour croire possible et pour appeler la séparation de la Petite-Russie d'avec la Grande; d'autres n'en demanderaient pas tant pour le moment, et ne viseraient à la séparation que par des moyens indirects et pacifiques, en cultivant leur idiome et en l'introduisant dans l'instruction publique. Un troisième groupe voudrait rester confédéré
FETITS-RUSSKS. RUTIIÈNKS. 7,0.'
aveclos Grands-Russes ; un quatrième, enfin, le plus faible suivant le journal moscovite, voudrait l'union avec la Pologne. L'esprit ukrainophile domine dans la jeunesse des universités de Kief et de Kharkof.
Le gouvernement russe a étouffé toute discussion sur ces matières, et la Petite-Russie est aujourd'hui réduite au silence; on a pu étouffer la parole, mais non pas certainement la pensée. La question s'agite maintenant au-delà des frontières russes, parmi les Slaves de l'Autriche. La jeune noblesse des provinces ruthènes s'est récemment jetée dans le ruthénisme : des provinces polonaises de Russie , le mouvement qu'on peut appeler fédéraliste a gagné la Gallicie, où il y a maintenant deux espèces de ruthénisme : l'un , fomenté d'abord par le gouvernement autrichien comme un instrument contre le parti national polonais, puis par la Russie comme machine panslaviste : une partie du clergé grec-uni de la Gallicie orientale semble, à cet égard, servir la Russie; l'autre, dans un sens tout opposé, est représenté par un journal fondé à Lemberg pour lutter contre l'influence moscovite et prêcher la fusion générale des Ruthènes et des Petits-Russes, puis leur fédération avec la Pologne.
La politique du gouvernement autrichien l'a porté à publier à Vienne un journal officiel en langue ruthène, et, dans la Gallicie orientale, à introduire le ruthène dans les écoles et dans la diète. C'est h tort que les Polonais s'en affligent : fout ce qui peut réveiller ou développer les variétés du monde slave est contraire au panslavisme et tournera contre la Russie.
Dans le sens opposé au journal polono-rufhène de Lemberg a été créé à Kief, au commencement de 186i, un journal en faveur de l'union à la Russie. Tout en protestant passionnément de la nationalité rus5e des provmces ruthènes, ce journal a avoué que la Lithuanie était aussi étrangère aux Russes que le royaume de Pologne : le sens ethnographique de cette distinction entre la Lithuanie et la Ruthénie est que, en laissant de côté les Lithuaniens qui ont conservé leur langue, les Slaves de langue, dans la Lithuanie proprement dite et dans une partie de la Russie- Blanche, sont des Lithuaniens slavisés et non des Ruthènes par l'origine.
5r4 r:CL.\I[\ClSSKMENTS.
Ce rnômo journal a eu la franchise d'avouer et de désapprouver la violence des moyens employés par Nicolas pour détruire l'élément/joionwis dans la Ruthénie jusqu'en 1852, époque à laquelle le tsar s'adoucit en vue de la guerre d'Orient imminentt'.
Les menées moscovites de la Gallicie s'étendent en Hongrie parmi les 500,000 [{uthénes (Russines) de rite grec-uni, descendants d'une émigration gallicienne qui, aux temps de la domination mongole, s'établit dans le nord-est de la Hongrie. Là aussi, les Moscovites s'efforcent de gagner le clergé grec, et il importe que les Slaves indépendants réagissent.
Tout ce qui regarde le ruthénisme, c'est-à-dire les tendances propres des Russiens-Slaves, est éminemment digne de l'attention des hommes politiques ; si la Pologne renaît, on ne saurait trop le répéter, elle ne peut renaître que fédérative.
Depuis que nous avons écrit l'étude qui précède, il s'est passé en Hongrie et en Gallicie des incidents qu'il importe de noter pour la question des nationalités. Les élections pour la diète de Pesth ont été très-orageuses dans le nord-est de la Hongrie. 11 y a eu de graves conflits entre les Madjars et les Ruthènes ou Russines, et, sur divers points, les Slovaques, population slave d'une autre branche que les Ruthènes et qui est mêlée aux Madjars dans le nord du royaume hongrois, se sont partagés entre les Madjars et les Ruthènes. Nous n'avons que la relation des Annales Contemporaines hebdomadaires de Moscou, annexe de la Gazette de M. Katkof, qui, bien entendu, jettent de l'huile sur le feu, excitent les Slaves contre les Madjars, et intitulent leur récit : « Le massacre des Russes dans la Hongrie constitutionnelle. » Les Madjars auraient commis de grandes violences conti'e les Ruthènes et les auraient chargés au cri de : A bas les Moscovites ! L'irritation des .Madjars provient évidemment de ce qu'ils croient sentir la main de la Russie dans le mouvement ruthène, et il est difficile de ne pas attribuer aux intrigues moscovites ce qui s'est passé dans le comitat de Monkacz, où le clergé grec a détourné la population ruthène de participer aux élections pour la
RU THE Mi s. 5G5
diète (le Pesth, et l'a poussée à demander à rciiipereur d'Autriche l'autonomie de la Russie hongroise. Une pareille prétention n'a pu venir naturellement à la colonie ruthénienne, qui, par elle-même, ne revendiquerait sans doute que l'usage de sa langue dans ses affaires municipales. Les Slovaques, population bien autrement nombreuse en Hongrie que les Ruthènes, n'ont jamais songea une séparation impossible.
Depuis, des débals heureusement moins violents, mais fort dignes d'intérêt, ont eu lieu à la Diéle deGallicie, à Léopol (Lemberg). On sait que la partie occidentale de la Gallicie est purement polonaise et que la partie orientale est ruthéne ou russienne (russine); bien que les classes aisées et lettrées soient polonisées là, comme dans toutes les parties de l'ancienne république de Pologne, une portion de ces classes, par suite du réveil de toutes les variétés, de toutes les provincialités chez les Slaves, s'est remise à cultiver le ruthéne et à vouloir en faire une langue littéraire. Nous avons signalé plus haut les tendances très-diverses qui se mêlent dans ce mouvement. Le Nord du 2 février nous a fait connaître un discours remarquable d'un député ruthéne, le prêtre grec-imiPietruszevvski, qui réclame l'égalité entre la langue ruthénienne et la langue polonaise. Nous citons ce document d'après le Nord.
« Jusqu'au quatorzième siècle, la Rous^ n'a jamais fait usage « d'une autre langue que de la langue russe. Lorsque Casimir le « Grand conquit le pays de Halitch', il y introduisit la langue « latine', car alors la langue polonaise n'y était point parlée.
« Lajlangue russe toutefois ne disparut pas, conmie le prouvent « les documents de l'époque de Casimir et de Jagellon. Deux « coups principaux furent porlés à la nationalité russe pai' Casi- « mir et Jagellon. Le premier créa à Léopol un métropolitain du « rite grec et rompit ,Ies liens qui rattachaient la Rous galli- « cienne au métropolitain de Kief, et cela contrairement aux dé- « sirs du. patriarche de Constantinople. C'était l'application de la
• La Ruthcnie.
* La Gallicie orientale.
^ Dans l'usage officiel. Auparavant, la langue officielle était, non le ruthéne pOjiulaire, nriais le slavon liturgique ou cyrillien.
566 ÉCLAIRCISSKMENTS.
« maxime: Bivide et impera . Jagellon, qui reçut le baptême dans « le rite latin, porta le second coup à la Uons en la latinisant. 11 « supprima la dignité de métropolitain de Léopol et priva de son « pasteur la Gallicie, qui dut s'adresser à des évêques [arkhird) « voisins. Dans le même temps, les boyards et les gens de cour (( passèrent au rite latin. Mais la Providence veillait sur la Rous. li Lors de l'union deLublinS on lui reconnut des droits égaux à « ceux des Polonais, nommément dans les écoles, dans l'admi- « nistration et les tribunaux, et, à la chancellerie royale à Var- « sovie, il existait môme un registre russe où s'inscrivaient en « langue russe tous les décrets royaux, les décisions des Diètes « et autres documents, décrets, décisions, qui étaient également « publiés officiellement en langue russe dans tous les palatinats. « Le Statut lithuanien fut d'abord rédigé en langue russe, car, « en Lithuanie, du temps de Jagellon , la langue russe était la « langue du pays, et la traduction de ce statut ne fut faite qu'au « seizième siècle, lorsque l'usage de la langue russe eut été « aboli ^ en Lithuanie. La langue russe se trouva donc reléguée « dans la famille et dans la tserkiew'. La jRou.s se sauva alors par « la création'd'associations, de confréries sous le patronage de « l'Kglise; ces associations et ces confréries, répandues sur « toute la surface du pays, soutinrent l'esprit national, fondèrent « des imprimeries et préservèrent de la destruction ce que la « royauté avait proscrit... »
L'auteur cite les noms de plusieurs familles qui soutinrent de leurs dons les associations pour la défense de la nationalité ruthéne et nomme entre autres les Ostrogski, les Tyszkiewicz, les Pocieje, Bogdan, Sapieha, etc., et dit que la jeunesse, au lieu de lutter, préféra èndgrer et alla fonder sur le Dnieper l'association cosaque.
« Ce fut en vain, ajoute le prétre-député Pietruszewicz , que « l'èvèque russe Krygory intercéda auprès du roi de Pologne « pour la Rous. La longue série des dénis de justice infligés à « notre nationalité ne trouva d'inlerruptioji que sous un des rois
« En 15G0.
* Dans l'usage officiel .
5 l'Éfrlise.
RUTllÈNES. 5G7
« saxons qui admit à Varsovie l'évèque de Khelm, Ferdinand « Kiechanowski, comme représentant de la Rous. Lorsque Marie- « Thérèse réunit notre pays à l'empire d'Autriche comme un apa- « nage de la couronne de Hongrie, en lui donnant le nom de « Gallicie et de Lodomerie, la langue russe fut mise en usage « seulement dans les classes de philosophie et de théologie, mais « plus tard, par les soins du cardinal Lewicki, elle fut admise « dans l'enseignement populaire; aujourd'hui elle a pénétré dans « les écoles supérieures, et ici, dans la Diète, le conmiissaire du « gouvernement s'adresse aux députés russiens en langue russe. « On voit par là que l'Autriche sait faire une différence entre les « Russiens et les Polonais. Enfin, en 1861, le comité permanent « de la Diète fut invité à préparer le remplacement de la lan- « gue allemande dans les écoles par la langue polonaise et la « langue russe. La langue russe est la langue du pays, et la Rous « ne s'est jamais désistée de son droit naturel à cet égard. Pour- « quoi, si le gouvernement autrichien a leconnu commelègitime c( l'nsage de la langue russe, cette langue ne pourrait-elle pas «être reconnue également comme langue officielle?
« La Rous, après son réveil de 1818, ne peut plus être rejetée « dans l'oubli ; elle est perdue à tout jamais pour le polonisme; « jamais le Russien ne sera Polonais. Dans le concile russe « de 18i8, les Russiens ont juré de défendre leur nationalité; « ils espèrent que les Polonais ne marcheront pas sur les traces (( de leurs ancêtres ; que, bien au contraire^ ils tendront la main (I aux Russiens dans un véritable esprit de concorde et qu'un « meilleur avenir brillera pour tous, car je suis convaincu que la « Pologne ne pourra pas être libre, tant que la Rous ne sera pas (( libre elle-même. L'histoire a déjà prononcé son jugement « sur la question russe: c'est une question résolue par elle. Que 'i la Diète se garde donc des jugements à venir de l'histoire. »
Ce discours donne lieu à diverses observations : il reproduit avec vivacité, avec âpreté même, quant au passé, les griefs du clergé grec, non pas orthodoxe ou schismatique, mais grec-uni, grec-catholique, contre le latinisme et le polonisme, et il exprime des sentiments qu'on ne rencontrerait pas là où latins et grecsunis subissent le même joug, celui de l'église moscovite, mais
308 ÉCLÂIRClSSEMtiNTS.
qui se sont réveillés avec le reste des traditions, là oii n'existe point de tyrannie religieuse écrasant les uns et les autres.
Quant au présent, il constate que lesRutliènes sont bien près d'atteindre leur but, puisque leur langue est admise à tous les degrés de l'enseignement public et dans la diète de Gallicie.
Il renouvelle une erreur bistorique sur la fondation de l'association cosaque, en l'attribuant à des réfugiés slaves, tandis que les réfugiés slaves ne firent que s'encadrer dans une vieille organisation tartare.
Le lecteur doit, en lisant ce discours, se garder de l'équivoque contenue dans le nom de langue russe, et ne pas confondre le russe de Ruthénie et le russe de Moscovie.
L'orateur conclut en disant que la Bons (Huthénie) est perdue pour le polonisme, et que le Russien ne sera jamais polonais. En même temps, il se dit convaincu qu'un meilleur avenir brillera pour tous, et que la Pologne ne pourra être libre tant que la Rous ne sera pas libre elle-même.
La question si capitale du ruthénisme est ici engagée à fond ; mais la pensée de l'orateur aurait besoin d'être expliquée. Il veut la liberté et l'égalité des divers groupes slaves qui composaient l'ancienne Pologne, au lieu de leur subordination à l'élément polonais proprement dit; mais veut-il leur association oip leur isolement? Dans le premier cas, il marche, par l'union libre, vers ce meilleur avenir qu'il invoque ; dans le second cas, qu'il le veuille ou non, il marche par le séparatisme à l'impuissance et finalement à l'unité despotique du tsarisme, qui dévorera la Rous comme la Lekhie. Cette question, ce n'est pas à un seul homme, c'est à la totalité des populations ruthénes qu'il faut la poser: association avec le Polonais, leur frère d'origine, dont elles ne sont séparées que par des nuances, ou engloutissement par le Moscovite M
' 11 est assez curieux d'observer que la partie de la population à laquelle appartient originnircmcnt le nom de Ruthénes ou plutôt Russiens, c'est-àdire la noblesse issue des Varègues-Russcs (Fcandinavcs) et des chefs slaves fondus avec les Varègiies dans la droujina (la truste, le compagnonnage militaire) des Rurikovitches, que cette classe, disons-nous, est précisément celle qu'on appelle aujourd'hui polonaise, parce qu'elle parle polonais : le nom de liasse ou Rutliène est un nom de pure convention pour le peuple, descendu
HUTIIÈ^'ES. 309
Terminons ce que nous avions à dire sur les Ruthènes par un passage de Ilaxthausen, où cet écrivain si favorable à la Russie reconnaît nettement que la Ruthénie, jusqu'au Dnieper, appartient à l'Occident par ses institutions sociales.
« Les nations germaniques et romanes ont eu, en général, une histoire et des destinées semblables. Leur manière d'envisager la vie sociale et politique a eu la même origine, leurs relations religieuses et sociales se sont développées d'une manière très analogue.... Une partie des Slaves, nommément les Bohémiens, les Polonais, les Vendes et autres, sont restés, sous le rapport de l'histoire, de la religion et de la culture générale, en communauté avec l'Rurope occidentale. Voilà pourquoi leurs institutions sociales et politiques peuvent être assez facilement comprises des autres peuples de l'Europe, surtout des Allemands. Leurs idiomes se sont développés d'une manière analogue à celle des autres nations européennes ; ce qui a exercé une très grande influence sur leur langue légale, de sorte que les locutions slaves y ont complètement la même valeur qu'en allemand; bien plus, les notions des droits romain et germain sont entrées si profondément dans la vie des nations slaves, que, par exemple, l'organisation rurale et municipale est identique depuis les bords de l'Etbe en Allemagne jusquaii Dnieper sur les frontières de la Pologne, rt [Études sur la Russie, vol. 111% l'^'partie, p. 124-126).
sur, LA PRUS'iE ET L\ RUSSIE, ET LEUR SITUATlOiN RESPECTIVE AU POIKT DE VUE MILITAIRE.
Extrait des Études sur la Russie, par le baron de Haxthausen, t. III, p. 490 et suiv.
Dans le cas d'une guerre de la Russie avec l'Occident, cette puissance agirait d'après les principes de cette grande et vigoureuse stratégie, qui, dans les pays ouverts et civilisés, rend la
de vieilles tribus slaves dont les noms ne sont plus connus que des ethnographes.
570 ÊCLAIRCISSEMF.NTS.
guerre plus menaçante pour l'existence des États, mais moins onéreuse pour les citoyens et paysans paisibles, qui, dans les pays cultivés, en dépit de toutes les déclamatmis, attachent ordinairement plus de prix au bonheur domestique, dont ils jouissent au sein de leur famille, qu'à la grandeur et même à l'indépendance de leur pays.
La stratégie russe a déjà prouvé, en Turquie et en Pologne, qu'elle sait frapper de grands coups...
Le point le plus important, dans une guerre de la Russie contre l'Europe, est la base formée par les anciennes et nouvelles fortifications du royaume de Pologne.
Nous ne sommes pas en mesure d'en pouvoir présenter une appréciation détaillée, mais il nous semble assez évident que, par les immenses constructions de fortifications, d'arsenaux, de magasins, etc., etc., exécutés dans la Pologne, depuis 1850 surtout, la Russie a réalisé une augmentation plus considérable, quoique moins bruyante, de ses moyens d'action militaire contre l'Occident, qu'elle ne l'aurait pu faire par l'augmentation et la dislocation de son armée d'opération. Les masses de. troupes toujours prêtes à entrer en campagne, surtout s'il s'agit d'une guerre dirigée contre la Prusse, donnent lieu de penser que la Prusse seule ne serait presque pas en état de soutenir une guerre contre son voisin de l'Est; cette même Prusse, dont le plus grand roi, il n'y a pas cent ans, considérait l'hostilité de la Russie comme chose de faible importance, au moment où, souverain d'un pays qui ne comptait que sept millions d'habitants, il entreprenait une guerre contre une moitié de l'Europe.
Au premier coup d'œil, on pourrait croire que la Prusse, par suite du partage de la Pologne, a beaucoup amélioré son théâtre de guerre. Cette opinion a pu être vraie, tant que la Prusse, et, apréç elle, la Saxe, posséda le pays de Varsovie, et môme tant que la Russie n'avait pas encore toute liberté d'action dans le royaume de Pologne, créé par le congrès do Vienne.
Qu'on se rappelle, pour s'en convaincre, que, durant la guerre de Sept ans, l'angle oriental de la Silésie était, du côté du nord, tout autrement entouré qu'aujourd'hui, où le grand-duché de Posen sert à relier la Silésie A la partie nord-est de la Prusse,
PnUSSE ET RUSSIE. 371
et que, pendant la guerre de Sept ans, la partie orientale de la Plusse était tout à fait séparée du centie de la monarchie par des possessions polonaises qui forment aujourd'hui la province de la Prusse occidentale. Mais, si l'enclave étrangère, qui, à l'époque de la guerre de Sept ans, entrait dans la partie oiientale de la Prusse, était plus grande que celle d'aujourd'hui, cette dernière est une force bien autrement importante. La Prusse pouvait voir avec assez d'indifférence qu'une paitie de la faible république polonaise eût vis-à-vis de l'État prussien une position géographique qui, dans certaines circonstances, devait offrir de grands dangers ; mais il n'y avait aucune probabilité que la Pologne voulût tirer parti de cette position, puisqu'elle resta neutre quand le pays héréditaire de son roi, la Saxe, fut envahi par les troupes prussiennes.
Quoique cette neutralité ne fût pas complète, et qu'elle permît à l'armée russe de s'établir, pendant la guerre de Sept ans, sur la Vistule et la Warta, ces faits n'avaient nullement l'importance qu'on pourrait leur attribuer de nos jours. D'abord une base d'opération, telle qu'elle est improvisée dans le courant d'une guerre, est nécessairement pins faible qu'une base systématiquement préparée en temps de paix, où l'on dispose librement du temps et des moyens nécessaires. Ensuite, l'établissement d'une pareille base coûte toujours un temps dont profite l'ennemi. En outre, il y avait jadis moins de danger qu'aujourd'hui pour la Prusse d'avoir la base d'opération de l'ennemi à quelque degré plus près de Berlin ; car, d'un côté, l'occupation momentanée des Marches et de la capitale n'était pas encore une question vitale pour la monarchie prussienne, et puis, grâce à la tactique de cette époque, il n'était pas à craindre qu'une armée ne franchit trop rapidement la distance qui sépare la Vistule de la Sprée. Pour réaliser une pareille entreprise, on aurait cru, autrefois, avoir besoin de deux campagnes entières, l'une pour asseoir une base d'opération sur l'Oder, et la seconde pour pousser plus avant ; enfin, et c'est là le point principal, les forces disponibles de la Russie pour une guerre extérieure n'avaient pas encore atteint leur développement actuel.
Par suite des dispositions fixes et sûres que la Russie a prises
en Pologne, la situation présente un tout autre aspect. Les avantages du terrain ne portent des fruits, que si on les met en rapport avec les forces vivantes des troupes, et les grands avantages que la Pologne offre à la Russie pour le cas d'une guerre contre la Prusse sont maintenant assurés par de grandes forces militaires complètement organisées. La Russie, jusqu'en 1812, n'a fait concourir son armée aux guerres d'Allemagne qu'en guise de troupes auxiliaires. L'année 1812 a prouvé bien clairement que la véritable force de la Russie consistait dans l'immense longueur de sa ligne de retraite. Cette année servit à démontrer encore que cette puissance n'a aucun besoin de forteresses pour une défense active contre toutes les forces réunies de l'Europe, mais qu'elle serait toujours en état de prolonger sa retraite jusqu'à ce que l'armée de son adversaire soit affaiblie par des détachements et des maladies ; tandis que la sienne se recruterait par l'adjonction des forces de l'intérieur, ce qui produirait un équilibre de forces et même une supériorité en faveur de la Russie.
On dit que déjà, à Mojaïsk, l'armée russe était aussi forte que celle que Napoléon avait réunie pour la bataille. Or, on n'ignore pas que l'Empereur des Français avait ouvert la campagne avec une armée quatre fois plus forte et que ce maître consommé dans l'art de la stratégie savait toujours concentrer, dans les moments et sur les points décisifs, des masses de troupes supérieures en nombre à celles de ses adversaires. En outre, les frontières russes manquaient alors d'une organisation qui aurait pu servir d'appui efficace à l'armée d'opération et la mettre en état de traverser énergiquement les combinaisons de l'ennemi.
Une juste appréciation des événements de 1 812 indique les vues qui, en Pologne, doivent présider à la construction de forteresses nouvelles et à l'agrandissement des anciennes; elles renferment une combinaison de préparatifs de défense avec des mesures tendantes à affermir le pouvoir répressif contre les éléments révolutionnaires de la Pologne; on y trouve naturellement aussi les moyens de faciliter la défense du pays ; mais, vis-à-vis d'une supériorité écrasante de troupes, il faudrait rechercher ces moyens de défense dans la profondeur de l'Empire, si toutefois la Russie