I. Pu II Commentariij pp. i3o, 192 à
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Bessarion, en 1465, et qui nous a été conservé par Phrantzès, fidèle serviteur des Paiéologues. L'âme du grand cardinal se révèle tout entière dans cette pièce : pauvre et d'obscure origine, parvenu par ses mérites et ses talents à une haute position sociale, obligé de séjourner en Occident, il avait appris par une rude expérience la manière de traiter avec les Latins, le prix de l'argent et celui de la valeur personnelle; les jeunes princes seront mis à même d'en profiter. Et d'abord ce n'est pas à eux directement, à cause de leur âge encore trop tendre, que Bessarion adresse sa lettre, mais à leur pédagogue, dont le nom est resté inconnu, et qui avait sous ses ordres le médecin Critopoule. En première ligne, il est question du train de maison, réglé de manière à entourer les princes d'une certaine splendeur sans obérer leur budget. Sur les trois cents écus mensuels qui leur seront servis par le Trésor, de même qu'autrefois à leur père, deux cents sont destinés aux prmces eux-mêmes pour leurs vêtements, leurs chevaux, leurs domestiques; de petites économies seront prélevées sur cette somme, afin de
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faire face aux cas imprévus; avec les cent écus restants il faudra défrayer la modeste cour des princes. Bessarion mentionne expressément un médecin, un professeur grec, un professeur latin, un interprète, un ou deux prêtres latins. En prmcipe, il conseille de modérer les traitements pour multiplier le personnel, mais ici encore il y a des limites : les Romains ne voyaient pas de bon œil les nombreux parasites qui se pressaient autour de Thomas, il ne faudra pas tomber dans le même excès. Ces détails matériels s'imposaient avec une force inéluctable, les princes étant réduits à la misère, mais il tarde à Bessarion de s'élever plus haut et de tracer les grandes lignes de l'éducation morale. Ici le langage du cardinal devient singulièrement incisif : la noblesse, dit-il aux Paléologues, n'a aucune valeur sans la vertu, d'autant plus que vous êtes des orphelins, des exilés, des mendiants; ne l'oubliez pas et soyez toujours modestes, affables, bienveillants; appliquez-vous sérieusement à l'étude pour occuper ensuite dans le monde la place qui voiis convient. Restait la question la plus délicate, celle de la religion
et des rapports avec Rome. Un fait regrettable, vaguement indiqué dans la lettre, s'était, paraît-il, passé en route : au moment de la prière pour le pape, les princes avaient quitté Téglise. Bessarion prend la chose de haut : que pareil scandale, leur dit-il, ne se répète plus ; et, s'appuyant sur le désir de leur père défunt , il leur pose ce dilemme : ou suivre ses conseils ou quitter l'Occident. S'ils veulent rester parmi les Latins, qu'ils vivent comme les Latins, qu'ils s'habillent comme les Latins, qu'ils fréquentent les églises latines, qu'ils fléchissent le genou devant les cardinaux et se montrent soumis et humbles visà-vis du pape, auquel ils adresseront un petit discours à leur première audience. Pour dissiper jusq^u'à l'ombre du doute, le cardmal revient encore sur la conformité avec les Latins, même dans la liturgie. Vous aurez tout, telle est sa dernière conclusion, si vous imitez les Latins ; dans le cas contraire, vous n'aurez rien ^
I. Le texte de la lettre dans Phrantzès, Migne, Patrologie, clvi, col. 991 à 998. Voir aussi Lascaris, ibid., cLxi, col. 963.
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Ce langage paraît à bon droit surprenant dans la bouche de celui qui avait travaillé à l'union des Eglises sur la double base de Tunité dans la foi et de la diversité des rites, car tel avait été le principe fécond adopté au concile de Florence. D'où vient maintenant cette singulière partialité en faveur du latinisme? On ne peut expliquer l'insistance de Bessarion que par les nécessités de la politique : pour sauver l'empire byzantin, il fallait se résigner à un sacrifice suprême.
Si la teneur du programme destiné aux enfants de Thomas nous est parvenue, la manière dont il a été appliqué reste dans les ténèbres, aucun détail n'a survécu à l'oubli. Dans le langage officiel de l'époque, la princesse Zoé est traitée de fille bien-aimée de l'Eglise romaine, élevée à ses frais et par ses soins, chère aux pontifes qui la comblent de bienfaits. L'ensemble des circonstances, l'amitié de Thomas pour Bessarion, quelques graves documents nous autorisent à croire que le cardinal de Nicée se considérait comme tuteur des jeunes princes. Dans tous les cas, c'est lui que les chroniques russes et byzantines font
intervenir chaque fois qu'il s'agit d'un projet de mariage pour Zoé.
Dès l'année 1466, la seigneurie de Venise, consultée par le roi de Chypre, Jacques II dit le Bâtard, sur la meilleure alliance à contracter, dirigeait son attention vers la fille de Thomas et relevait les avantages d'une union avec elle ; mais, comme ils se réduisaient à la splendeur de son nom et à la gloire de ses ancêtres, faible rempart contre la flotte ottomane qui croisait dans la Méditerranée, les sénateurs de Saint-Marc s'en remettaient, en hommes prudents, à la sagesse du roi et à son bon plaisir. Jacques de Lusignan ne donna pas pour lors de suite à ce projet, sauf à le reprendre plus tard, mais sans succès. D'autres prétendants furent plus favorisés par le sort.
• Nous sommes ici en présence d'un point assez obscur dans l'histoire des Paléologues,mais qui paraît incontestable, à moins de rejeter arbitrairement le témoignage de Phrantzès. Ce chroniqueur raconte que, vers l'année 1467, le pape Paul II engagea, par l'entremise de Bessarion, les deux princes byzantins, André, déjà décoré du titre de despote, et Manuel, à don-
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ner leur sœur en mariage au prince Paracciolo, aussi distingué par la noblesse de son origine que par son immense fortune. Les négociations s'ouvrirent aussitôt ; les conditions furent posées et acceptées de part et d'autre ; après quoi on procéda aux fiançailles.
Phrantzès se félicite d'y avoir assisté et remercie l'opulent fiancé de ses magnifiques présents. Tel est le récit d'un témom oculaire, très dévoué aux Paléologues, et qui n'avait aucun intérêt à forger des légendes '. Mais le Paracciolo de Phrantzès, comme l'ont soupçonné des érudits, ne serait-il pas plutôt un Caraccioloî La réponse est douteuse : si ce dernier nom est plus illustre, il n'en faut pas moins avouer
Ïue les généalogies des Caracciolo de Lomé et de Naples ne mentionnent aucune alliance avec les Paléologues.
Les fiançailles, attestées par Phrantzès, et qui se font chez les Grecs avec autant de pompe que le mariage luimême, ont-elles été réellement suivies du mariage, ou bien s'est-on vu obligé d'y renoncer î Là-dessus encore les documents sont muets. Ce qui est cer-