I. Phrantzès, loc. cit,, col
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tain, c'est qu'à partir de 1469, soit par suite de la mort de son premier époux, soit par la rupture des engagements déjà pris, Zoé était libre d'en contracter de nouveaux.
Jacques II cependant, dont il a été déjà question, se ravisa trop tard. Vers la fin de l'année 1472, il envoya à Rome l'archevêque de Nicosie, Fabrice, demander la confirmation du titre royal et la main de Zoé. Cette mission aboutit à un double échec.
Sixte IV ne voulut pas désavouer la reine légitime, Charlotte de Lusignan, et refusa son concours à l'usurpateur.
Quant au mariage byzantin, if ne fallait plus y penser : Venise insistait sur l'union de Jacques II avec Catherine Cornaro, déclarée fille de la République, en attendant que sa nouvelle patrie lui décernât le titre plus flatteur de Vénus chypriote. D ailleurs les négociations matrimoniales avec le
ffrand-kniaz de Moscou avaient réussi, 'héritière des césars n'était plus en Italie. Ceci nous amène au cœur même de la question : l'alliance de Zoé avec Ivan III.
VOLPE ET GISLARDI EN ITALIE (Voir TAppcndice n- II, III).
A chronique russe raconte ainsi les préliminaires de cet événement : le 1 1 février 1469, un Grec, appelé louri, se présenta à Moscou avec un message de Bessarion. Le cardinal byzantin écrivait au grand-kniaz Ivan III qu'il y avait à Rome une chrétienne orthodoxe (pravoslavnaïa kristianka) du nom de So-
&hie, fille de l'ancien despote de la [orée, Thomas Paléologue; qu'elle avait déjà refusé, par aversion du latinisme, deux princes d'Occident, le roi de France et le duc de Milan; mais que le grand-kniaz n'avait rien de sem-
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blable à redouter : s'il voulait épouser la princesse, on s'empresserait de l'envoyer à Moscou. En même temps, ajoute le chroniqueur, arrivèrent deux Italiens ou, selon l'idiotisme moscovite, deux Friazi : Carlo et Antoine.
L'un était le frère aîné d'Ivan Friazine, monnayeur italien établi à Moscou ; l'autre son neveu, fils du plus âgé des frères.
Ces deux renseignements, nous le verrons tout à l'heure, se tiennent et se complètent mutuellement. Disons d'abord que les détails du chroniqueur ne supportent pas la critique.
Non seulement Zoé n'avait pas encore adopté le nom de Sophie, mais jamais Louis XI, marié en secondes noces depuis 1452 avec Charlotte de Savoie, jamais l'indomptable Galeazzo Sforza, n'ont recherché les honneurs de l'hyménée avec l'orpheline de Byzance.
Les fiançailles avec Caracciolo et les conseils de Venise au roi de Chypre ont peut-être donné lieu à cette équivoque. Il est également inadmissible que l'intègre et loyal Bessarion, dévoué aux Latins en Occident, ait à Moscou dénigré le latinisme qu'il avait tant recommandé à Zoé. Par
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contre, le fond du récit paraît incontestable.
En effet, dans une lettre aux Siennois, du 10 mai 1472, dont il sera encore question, le cardinal de Nicée, patriarche de Constantinople à partir de 1463, affirme expressément que ce mariage a été rob)et de ses sollicitudes paternelles. Dans sa retraite laborieuse et animée de Grotta Ferrata, en disgrâce éphémère à la cour de Paul II, Bessarion s'entourait de savants, cultivait la philosophie et les lettres, prenait une part active au mouvement de la Renaissance, sans toutefois que la croisade littéraire lui fît oublier ses projets favoris de croisade religieuse et de restauration byzantine. Lorsqu'il eut repris sa position à Rome et regagné son ancienne influence, les moyens d'action se multiplièrent entre ses mains. Lié naguère d amitié avec Isidore de Kiev, celui-ci avait pu le renseigner sur les forces militaires des Russes, sur leur haine des infidèles, sur la manière d'en tirer parti. D'ailleurs, au point de vue politique, les avantages de cette union matrimoniale étaient trop évidents par eux-mêmes pour échapper au patriote
éclairé, à Tadversaire implacable du croissant : nouvel allié contre les Turcs, répoux de Zoé serait devenu un puissant protecteur de Byzance.
Une question importante surgit ici d'elle-même : en écrivant au grandkniaz, Bessarion agissait-il de son chef et en son propre nom, ou bien d'accord avec le pape et de son consentement? Le rayon de lumière, pour y répondre, jaillit d'un vieux manuscrit du Vatican. Le lo juin 1468, le trésorier pontifical inscrivait dans son livre de comptes que le pape a fait payer quarante-huit ducats à Nicolas Gislardi, originaire de Vicence, et au Grec George, envoyés tous les deux auprès de Volpe qui habitait la Russie. Or, le Grec George est le Grec louri de la chronique russe, car louri n'est que la forme slave du nom de George ; Nicolas Gislardi sera plus difficile à identifier, à moins d'admettre une erreur dans le nom de baptême ; quant à Volpe, il va devenir le héros d'un petit drame. Réservons pour un autre endroit des explications plus approfondies, et concluons immédiatement à la participation de Paul II dans l'entreprise, puisqu'il en avait
connaissance et qu'il payait les agents '•
La démarche de Bessarion avait des chances sérieuses d'être bien accueillie au Kremlin. Sur le déclin du XV* siècle, Moscou traversait une de ces époques mémorables qui décident de l'avenir d'une nation. Asservis au xni* siècle par les Mongols, languissant sous le joug, épuisés par de lourdes contributions, lés Russes entrevoyaient enfin une éclaircie sur leur ciel toujours sombre. Ils en étaient redevables au génie d'Ivan Kalita et de ses successeurs. Au milieu de la prostration générale des esprits, les grands-kniaz de Moscou avaient inauguré une politique savante qui devait à la longue leur assurer le succès plutôt par le calcul et l'astuce que par les armes. Prévenants et serviles visà-vis des khans tatars, ils s'étaient constitués comme les fermiers généraux du tribu annuel exigé à Saraï.
Le maniement de ces fonds augmentait leurs ressources, les discordes intestines offraient des occasions, et ils ne se lassaient pas d'arrondir leurs