‹ La Russie et la civilisation européenneChapitre 13 sur 18 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

TESTAMENT DE PIERRE LE GRANIt

Au nom de la très-sainte et indivisible Trinité, nous, Pierre P^ etc., à tous nos descendants et successeurs au trône et gouvernement de la nation russe,

Le grand Dieu, de qui nous tenons notre existence et notre couronne, nous ayant constamment éclairé de ses lumières et soutenu de son divin appui, me permet de regarder le peuple russe appelé, dans Tavenir, à la domination générale de l'Europe. Je fonde cette pensée sur ce que les nations européennes sont arrivées, pour la plupart, à un état de vieillesse voisin de kl caducité, ou qu'elles y marchent à grands pas; il s'ensuit donc qu'elles doivent être facilement et indubitablement conquises par un peuple jeune et neuf, quand ce dernier aura atteint toute sa force et toute sa croissance. Je regarde l'invasion future des pays de l'Occident et de l'Orient par le Nord comme un mouvement périodique arrêté dans les desseins de la Providence, qui a ainsi régénéré le peuple romain par l'invasion des barbares. Ces émigrations des

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hommes polaires sont comme le flux du Nil, qui, à certaines époques, vient engraisser de son limon les terres amaigries de TÉgypte.. J'ai trouvé la Russie rivière, je la laisse fkuve ; mes successeurs en feront une grande mer destinée à fertiliser l'Europe appauvrie, et ses flots déborderont malgré toutes les digues que des mains affaiblies pourront leur opposer, si mes descendants savent en diriger le cours. C'est pourquoi je leur laisse les enseignements suivants ; je les recommande à leur attention et à leur observation constante.

I. Entretenir la nation russe dans un état de guerre continuelle, pour tenir le soldat aguerri et toujours en haleine ; ne le laisser reposer que pour améliorer les fi* nances de l'État, refaire les armées, choisir les moments opportuns pour l'attaque. Faire ainsi servir la paix à la guerre, et la guerre à la paix, dans l'intérêt de l'agrandissement et de la prospérité croissante de la Russie.

II. Appeler par tous les moyens possibles, de chez les peuples instruits de l'Europe, des capitaines pendant la guerre et des savants pendant la paix pour faire profiter la nation russe des avantages des autres pays, sans lui faire rien perdre des siens propres.

m. Prendre part en toute occasion aux affaires et démêlés quelconques de l'Europe, et surtout à ceux de TAU lemagne, qui, plus rapprochée, intéresse plus directement.

IV. Diviser ta Pologne en y entretenant le trouble et des jalousies continuelles; gagner les puissants à prix d'or ; influencgr les diètes, les corrompre, afin d'avoir ac* tion sur les élections des rois; y faire nommer ses partisans, les protéger, y faire entrer les troupes moscovites, et y séjourner jusqu'à Toccasion d'y demeurer tout à fait.

Si les puissances voisines opposent des difficultés, les apaiser momentanément en morcelant le pays, jusqu'à ce qu'on puisse reprendre ce qui aura été donné.

V. Prendre le plus qu'on pourra de la Suède, et savoir se faire attaquer par elle pour avoir prétexte de la subjuguer. Pour cela, Tisoler du Danemairk, et le Danemarck de la Suède, et entretenir avec soin leurs rivalités.

VI. Prendre toujours les épouses des princes russes parmi les princesses d'Allemagne, pour multiplier les alliances de famille, rapprocher les intérêts, et unir d'ellemême l'Allemagne à notre cause en y multipliant notre influence.

VII. Rechercherde préférence l'alliance de l'Angleterre pour le commerce comme étant la puissance qui a le plus besoin de nous pour sa marine, et qui peut être le plus utile au développement de la nôtre. Échanger nos bois et autres productions contre son or, et établir entre ses marchands, ses matelots et les nôtres des rapports continuels, qui formeront ceux de ce pays à la navigation et au commerce.

VIII. S'étendre sans relâche vers le Nord, le long de la Baltique, ainsi que vers le Sud, le long de la mer Noire.

IX. Approcher le plus possible de Constantinople et des Indes. Celui qui y régnera sera le vrai souverain du monde. En conséquence, susciter des guerres continuelles, tantôt au Turc, tantôt à la Perse, établir des chantiers sur la mer Noire, s'emparer peu à peu de cette mer, ainsi que de la Baltique, ce qui est un double point nécessaire à la réussite du projet : hâter la décadence de la Perse ; pénétrer jusqu'au golfe Persique ; rétablir, si c'est possible, par la Syrie, l'ancien commerce du Levant, et avancer jusqu'aux Indes, qui sont l'entrepôt du monde.

Une fois là, on pourra se passer de l'or de l'Angleterre.

X. Rechercher et entretenir avec soin Talliance de rAutriche; appuyer en apparence ses idées de royauté future sur rAIIemagne, et exciter contre elle, par-dessous main, la jalousie des princes. Tâcher de faire réclamer des secpjiÂs^de la Russie par les uns ou par les autres, et exereellr tar.le pays une espèce de protection qui prépare la domination future.

XI. Intéresser la maison d'Autriche à chasser le Turc de TEurope, et neutraliser ses jalousies lors de la conquête de Gonstantinople, soit en lui suscitant une guerre avec les anciens États de TEurope, soit en lui donnant une portion de la conquête, qu'on lui reprendra plus tard.

XII. S'attacher à réunir autour de soi tous les Grecs désunis (schismatiques)*qui sont répandus, soit dan^ la Hongrie, soit dans la Turquie, soit dans le midi de la Pologne ; se faire leur centre, leur appui, et établir d'avance une prédominance universelle par une sorte d'autocratie ou de suprématie sacerdotale : ce seront autant d'amis qu'on aura chez chacun de ses ennemis.

XIII. La Suède démembrée, la Perse vaincue, la Pologne subjugué , la Turquie conquise, nos armées réunies, la mer Noire et la mer Baltique gardées par nos vaisseaux, il faut d'abord proposer séparément et très-secrètement, d'abord à la cour de Versailles, puis à celle de Vienne, de partager avec elles Tempire de l'univers. Si l'une des deux accepte, ce qui est immanquable, en flattant leur ambition et leur amour-propre, se servir d'elle pour écraser l'autre ; puis écraser à son tour celle qui demeurera, en engageant avec elle une lutte qui ne saurait être douteuse, la Russie possédant déjà en propre tout l'Orient et une grahde partie de l'EuJropei

XIV. Si, ce qui n'est point probable, chacune d'elles refusait l'offre de la Russie, il faudrait savoir leur susciter des querelles et les faire s'épuiser Tune par Tautre. Alors, profitant d'un moment décisif, la Russie ferait fondre ses troupes rassemblées d'avance sur l'Allemagne, en môme temps que deux flottes considérables partiraioBt^ Tune de la mer d'Âzof, et l'autre du port d*Arkhaii§0)|L chargées débordes asiatiques, sous le convoi des fl(siies armées de la mer Noire et de la mer Baltique. S'avançànt par la Méditerranée et par l'Océan, elles inonderaient la France d'un côté, tandis que l'Allemagne le serait de Tautre, et, ces dept]contrées vaincues, le reste de l'Europe passerait facilement et sans coup férir sous le joug.

Ainsi peut et doit être subjuguée l'Europe !

(Ce testament politique fut esquissé par Pierre I", en 1710, après la bataille dePultava, retoucbé par lui en 1 722 , après la paixdeNystad, et formulé définitivement en 17 30, parle cbancelier Ostermann. Il fut connu de Louis XV et de ses ministres, dès l'année 1757.)

EXTRAITS DES REUTIONS

!>.,.. éBRESSÉES A l'eMPEREUII NICOLAS PAR LE GÉNÉRAL PR0TA8S0FF| ' ■ ^ . PROCDRBOR DU SAlIfT-STNODE,

'Aû sujet de rincorporation des ruthéniens ouis à TÉglise rosse en 1856, 1837, 1858 et 1859*.

En 1856, deux couvents de ruthéniens unis ont été incorporés à l'église russe dans les éparchies de Volhynie et dePolosk.

Dans trois éparchies, cinq églises romaines et quarantehuit grecques-unies furent converties en églises orthodoxes : c'est-à-dire treize dans l'éparchie de Polosk, sept dans celle de Minsk, et enfin vingt-huit dans celle de Mohilew.

Pour empêcher l'aposlasîe à d'autres communions, spécialement parmi les personnes du commun, le gouvernement a cru devoir renouveler h défense à tous les couvents catholiques romains de tenir à leur service des gens appartenant à FEglise orthodoxe. Cette disposition s* étend à tout le clergé catholique.

Pour remédier au défaut d'ecclésiastiques dans quelques éparchies, on envoya de celles de Tschernigow,

* Voir rouvrage du père Theiner sur VÈglise schismatique russe; PariSi Gaume frères, 1846.

Orel et Knrsk, à l'éparchie de Polosk, dix prêtres avec un traitement annuel de 900 roubles. On envoya dans la même éparchie vingt séminaristes qui avaient fini leurs cours de théologie, et qui avaient été conséquemment ordonnés prêtres. On y envoya égalejnent, pour le service de l'église, quarante étudiants en théologie avec l'assurance qu'au bout de quatre ans il leur serait permis de demander à retourner dans leur propre éparchie. Par ordre souverain du 12 novembre 1834, les ecclésiastiques ainsi envoyés reçurent : le prêtre, 4f00 roubles; le diacre, 200, et le clerc 100 par année. Outre cel§, ils auront chacun, une fois payé, le premier, 240 roubles; le second, 120; le troisième, 60. (Le rouble, en papier monnaie, vaut un franc quinze centimes.)

D'un autre côté, TÈglise russe a la consolation de voir l'orthodoxie faire les plus signalés progrès dans les provinces, occidentales, là où le peuple et le clergé russes d'origine avaient été conduits à l'apostasie par l'influence de la domination étrangère.

Ainsi sont rentrés dans le sein de l'orthodoxie , en 1836, dans les éparchies de Mohilew, Polosk et de Volhynie, en tout 46,777 unis; par conséquent, 2,500 de plus que Tannée dernière, où il y en avait eu 44,808.

Parmi les catholiques romains, 1,961 individus se sont unis à notre communion, savoir : dans l'éparchie de Volhynie, 476; de Podolie, 432 ; de Minsk, 352; de Polosk, 215; et enfin de Mohilew, 138; en conl^quence, 860 personnes de plus que dans l'année 1835.

L'ancien collège des jésuites de Witepsk a été incorporé

à TEglise orthodoxe pour être changé en un monastèfe de religieuses. Ont été également évacués les* deux couvents unis de Mariakil et Malouschkaw : on doit encore éva'cuer, en Podolie, le couvent uni: de Bar, et, dans la province de Kiew, le couvent des franciscains de Schornky. Dans la Lavre de Potschajew, considérée comme monument vénérable de Torthodoxie russe, on a faitl)eaucoup de réparations, et Téglise a été pourvue de riches ornements et meubles précieux; de telle sorte que ce t^oiple se trouve en très-bon état et mérite d'être conservé. . Vingt-six églises unies ont été incorporées à Téglise orthodoxe, savoir : dans l'éparchie de Polosk, 2; de Mohilew, 5; de Minsk, 16; et de Volhynie, 3. A Polosk, on a converti également Téglise des franciscains en église

orthodoxe.

Dans les provinces occidentales/ on a détaché dix-sept églises paroissiales de Tunion. «.

Dans le royaume de Pologne, le nombre des églises russes est très-restreint jusqu'à ce moment; mais la position de Torthodoxie s'y améliore d'année en année. Dans la métropole, on a converti l'église des piaristes en cathédrale orthodoxe, dans laquelle la majesté de notre culte, unie au chant du chœur, a causé l'admiration du public. Outre la cathédrale, on a érigé dans Varsovie trois autres églises, une dans le palais royal, une autre pour servir de paroisse, une troisième enfin pour l'hôpital. A Radom, on a érigé l'église pâi'oissiale de Saint- Nicolas, une autre paroisse à Lublin; dans la forteresse de Novageorgie, une église principale, et, enfin, dans la citadelle d'Alexandrew, une autre église pour l'usage de la garnison.

Avec non moins de résultat s'est manifestée la force

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irrésistible de l*orthodoxie, par rapport à ceux des chrétiens qui n'admettent pas les dogmes de notre Église universelle.

Dans les provinces occidentales, où Tesprit de sqhisme (le synode parle iciide l'union à TÉglise catholique) s'opposait à TorthodoKie, Fantique doctrine orientale s'est entièrement consolidée. (L'apostasie des ruthéniens n'avait ciipendant pas eu lieu à cette époque, mais on voit le progrès,)

L* orthodoxie s'accroît dans le royaume de Pologne. Le nombre des membres de notre Église est de 7,200 âmes, et mms avons V espérance certaine que ce nombre augmentera de jour en jour à raison des mariages mixtes qui se contractent journellement.

Parmi les unis, qui s'éloignent moins que'leç autres de l'antique doctrine, se sont réunis à l'orthodoxie : dans réparchie deMohilew, 9,225; de Minsk, ft,i27; deVolhynie, ^,487; de Polosk, 978; en tout, 29,817 âmes.

Parmi les chrétiens de la confession romaine, se sont réunis à l'Église orientale, dans le diocèse de Volhynîe, 482; de Mohilew, 364; de Podolie, 282; de Minsk, 220; et de Polosk, 118; dans toutes les éparchies, 1,466 personnes.

La commission des écoles, considérant le peu de ressources des écoles grecques unies, a pensé devoir donner au]L étudiants qui, après avoir terminé leurs cours académiques, veulent se consacrer à l'enseigpement dans les séminaires, un traitement sur Jes fonds généraux des écoles. Celte disposition, sanctionnée par ordre souverain, a été mise à exécution.

L'école paroissiale de^Boschinsky, qui dépend dugynvnase de Minsk, a été incorporée à l'Égliie orthodoxe; Dans

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cette école, les enCuits des pauvres prêtres unis devaient recevoir TinstructioD en vertu du testament d'un prêtre grec uni, lequel avait assigné, pour cet objet, le revenu d'un capital de 5,000 roubles d'argent.

On trouve actuellement dans Tâglise grecque unie deux séminaires, dix écoles de district et autant d'écoles paroissiales, avec 70 maîtres et i,446 élèves. Tous ces établissements ont été visita par Tévêque de Llthnanie, qui lésa trouvé dans le meilleur état, quant à la décence, à Tordre et à la soumission. Le progrès dans les sciences était proportionné à celui fait dans la langue russe. Par rapport aux séminaires, Févêque constate qu'on y écr^ des dissertations, où les élèves défendent publiquement les dogmes de l'Église orientale. Quelques-uns de ces travaux ont été présentés à Fautorité ecclésiastique suprême.

On a octroyé les fonds nécessaires pour convertir en église orthodoxe Téglise des Franciscains de Téparchie de Minsk.

On a assigné 28,811 roubles pour convertir la maison du couvent grec .uni de Bélostod en une école pour le clergé orthodoxe.

Pour le compte de la commission des écoles, on a converti l'église catholique de Rremez, adjointe au séminaire de ce nom, en une église paroissiale orthodoxe.

Afin de pourvoir des meubles sacrés nécessaires vingtsix églises grecques unies qui ont admis Torthodoxie, la commission des écoles a assigné 10,985 roubles, auxquels le trésor public en a joint 4,600. Neuf de ces églises ont reçu gratuitement de Timprimerie synodale des livres liturgiques nécessaires, pour une valeur de 1,682 roubles.

Outre cela, vingt ecclésiieticfues unis de Téparchie de

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