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demanda une note pour l'envoyer à son maître. Plus réservé que Passionei, Spinola éluda pour le moment cette pétition. Il trouvait les Russes exclusivement utilitaires et savamment opportunistes. L'année suivante, changeant d'avis, il autorisa le P. Trombetti, supérieur du séminaire de Léopol, à présenter au Tsar, de passag^e en Galicie, un mémoire qui s'en référait au diplôme de Menchikov. Pas de réponse. Trombetti en conclut que le tsar Pierre ne mérite plus de créance, que ses promesses se réduisent à un leurre, et qu'il ne faut pas compter sur lui. En effet, le but était atteint : la Suède ag[onisait, Auguste II se maintenait sur le trône de Pologne, et, malgré le désastre sur le Pruth, on marchait vers la paix de Nystadt. Le concours du Pape n'était plus nécessaire. Pourquoi lui aurait-on fait des avances? Aussi bien, les envolées théologiques de Pierre disparaissent comme par enchantement. Ses ambassadeurs changent de langage. Un seul, celui de Gonstantinople, Pierre Tolstoï, est en retard. Bientôt il n'y aura plus que le prince Kourakine pour correspondre avec ses amis de Rome, et se laisser complaisamment traiter de a très affectionné à la religion catholique » .

Ces réponses décevantes éclairèrent le Vatican sur la journée de Poltava et ses conséquences pratiques. «Ébloui par le succès de ses armes, disent les instructions d'Odescalchi, nonce de Pologne, le Tsar ne s'est plus soucié de nous ^ » Mélancolique parole, qui trace la ligne de démarcation dans les rapports de Pierre V avec le Saint-Siège. Des signes de désenchantement paraissent aussi à la Propagande, témoin la séance du 12 juin 1714. Une en-

* ÂrchÎTei du Vatican, Miiceilanea^ Arm. I**, t. 85 : « Quel PrÏDoipe, iualiato dalla succeMÎva protperità del)e sue armi, non «i è più curato di noi ■ .

MISSIONS PARALLELES DE BROGGIO ET DE ROURAKINB 2t7

quête rétrospective remonte aux années 1703 et 1705, et Ton constate que tous les efforts pour organiser solidement TÉglise catholique en Russie ont échoué, que les mesures locales et temporaires sont seules applicables ^

Vers la fin de la même année, un Jésuite deltfoscou, le P. Milan, donne la note juste sur les dispositions personnelles du Tsar, de qui dépendait en grande partie le succès de l'entente avec Rome, u A moins d'un miracle de premier ordre, écritril à ses supérieurs, le 17 décembre 1714, il n'y a pas d'espoir que le tsar Pierre se transforme et s'entende avec le Vatican. De trop grands obstacles s'y opposent : il faudrait se soumettre à l'autorité du Pape et aux rigueurs de la morale, renoncer aux lubies et aux abus du pouvoir ^. » Un long chemin à faire !

Les optimistes jugeaient la situation autrement. En 1710, au cours d'un voyage en Italie, Alexandre Belleardi, Modenais, au service tour à tour de T Autriche et de la Russie, maniant le sabre et la plume, rédigea un mémoire sur la Russie qui pénétra jusque dans la secrétairerie d'État *. Les détails militaires y figurent au premier plan. Belleardi fait défiler les régiments de fantassins et de cavaliers, naviguer les trois flottes de Voronège, de la Baltique et de la mer Blanche, et pronostique une guerre contre la Turquie, peuplée de Slaves, qui lèvent vers le Tsar leurs mains suppliantes. Pierre luimême la prévoity et, pour s'assurer des alliances, il veut auparavant s'entendre avec TÉglise romaine, demander au Pape sa bénédiction, et lui promettre, en vue de

' Archives de la Propagande, Acta, 1714, f. 360.

* Notre Collection.

' Modène, Archives d'État, Canceileria Ducale, Documenti BelUatdi. — Thsihbk, Mon., p. UO, n* GCCXXVII. — Saint-Pëtenbourg« Académie des sciences, Varia, f. 499, n- CV, GVI.

SSS TEMPS NOUVEAUX

Tœuvre unitaire, son appui moral. Ceci n'est un mystère pour personne, le Tsar l'aurait proclamé plus d'une fois. Tout plein de ses anciens souvenirs, sincèrement épris du Tsar, Belleardi le supposait toujours fidèle aux idées conciliatrices. En gfénéral, les catholiques de Russie d'origine étrangère, n'étant pas initiés aux négociations avec Rome, n'apercevaient aucun changement et n'observaient pas de volte-face. Au point de vue confessionnel, ils avaient tout lieu d'être satisfaits de la liberté dont ils jouissaient. Le point noir à l'horizon étaient les Uniates ^ Sitôt que les armées russes pénétraient en Lithuanie et prenaient contact avec eux, ceux-ci n'avaient à souffrir que de terribles vexations. Des témoins dignes d'être crus en font foi. De leur nombre est le P. Conrad qui rêvait toujours la Moscovie et séjournait en Pologne. Ému et indigné à la vue de si déplorables abus, il se lamentait auprès d'Auguste. Le roi de Pologne transmettait consciencieusement ces plaintes au Tsar. On nommait sur-lechamp des commissions mixtes pour faire des enquêtes, et puis les affaires traînaient en longueur, les années s'écoulaient sans apporter de remède. Attentif à la voix des persécutés, le Vatican désirait aussi leur venir en aide, mais il ne savait comment atteindre le cabinet de Pétersbourg.

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