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Une autre commission ég^alement digne de lui Tattendait au retour. Il y avait un certain nombre de Chartreux tellement aveug^lés par les idées gallicanes qu'ils préféraient Texil à la soumission au Saint-Siège. L'honneur équivoque d'être leur guide et de les conduire en Hollande échut à Jubé. Dès lors, il se fixa dans ce pays, où les autorités françaises, hostiles aux jansénistes, ne pouvaient l'atteindre, et où il voisinaitavecses bons amis Barchman, archevéqued'Utrecht, et Varlet, plus connu sous le nom d'évéque de Babylone.
C'est là que vint le surprendre, en octobre 1726, la première communication de la Sorbonne au sujet de la Russie *. Quoiqu'elle ouvrit à son humeur remuante une belle et vaste sphère d'action, il hésita d'abord et se laissa adresser des lettres pressantes par les « voyants de Paris " et parles deux princesses d'Auvergne et Dolgorouki. Enfin, une épltre patriarcale de Barchman, du 28 février 1727, vint mettre un terme à ses tergiversations. L'archevêque janséniste l'exhortait à quitter sa patrie d'adoption pour aller, nouvel Abraham, chercher ailleurs l'héritage précieux des âmes. Jubé reçut cette lettre au moment où il achevait la messe ; il consulta le divin Maître et sa résolution fut prise : il acceptait la mission de Russie. Après en avoir informé ses amis, il s'y prépara par la lecture de saint Augustin contre les Donatistes, et en général par l'étude des matières qui se rattachent à l'unité de l'Église. Sur ces entrefaites une lettre très obligeante du prince Serge, instruit par Irina Pétrovna de l'issue des négociations, vint à point nommé le confirmer dans ses desseins.
Il ne restait plus qu'à documenter le missionnaire. Les
* Les sources principales pour la mission de Jubé en Russie sont : Projet de réunion^ et les deux dossiers de Jubé, celui de Paris et celui de Troyea.
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docteurs de Sorbonne le munirent d'instructions, où ils s'efforcent de prouver qu'une discussion en règle s*inipose aux deux parties avec une nécessité inéluctable. La raison qu'ils en donnent est vulgaire, si 1 on veut, mais ingénieuse. De deux choses Tune, disent-ils : TÉglise romaine est la vraie Église ou elle ne Test pas. Si elle Test, FÉglise russe doit sans tarder discuter les conditions de la réunion, qui dès lors est Tunique moyen de salut. Si, au contraire, elle ne Test pas, TÉglise russe doit Téclairer au plus tôt et lui faire abjurer ses erreurs. Ainsi, en toute hypothèse, la polémique apparait comme un devoir qu'on ne saurait éluder. Jubé est chargé de propager ces idées et d'agir dans ce sens, et Ton se promet les meilleurs résultats de son zèle.
Moins judicieux que les docteurs, Barchman investit le missionnaire de vrais pouvoirs de juridiction et lui délivra une patente d'une singulière hardiesse. En vertu de la solidarité épiscopale, et supposant la Russie privée d'ordinaires, il veut que le « très vénérable Prêtre Messire Jacques Jubé de la Cour » puisse non seulement H exercer les fonctions sacerdotales et pastorales à l'égard . de tout catholique qui se trouvera n'avoir point de pasteur et de toutes les autres âmes qu'il pourra gagner à Dieu et a notre sainte religion » , mais aussi » qu'il ait la liberté d'absoudre, dé dispenser, de bénir, de consacrer selon le rite de l'Église catholique romaine, d'approuver les
prêtres, de les 'envoyer, de les révoquer; d'établir des pasteurs partout «où il ^era nécessaire, et enfin de faire toutes autres fonctions ecclésiastiques n . On voit que Barchman prenait au sérieux sa dignité usurpée d'archevêque : un, pape n'aurait guère 'pu se montrer plus généreux. 11 oubliait seulement que la Russie dépendait canoniqjuement de la Propagande, et que, pour y exercer les
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ministères, il fallait être nanti de pouvoirs soit par le / nonce de Vienne, soit par celui de Varsovie. J
Boursier, sur un autre terrain, rivalise de zèle avec Barchman. Il apprend ^ Jubé qu'il Ta recommandé, non sans succès, à ce même Boris Kourakine que nous avons vu s'outiller à Rome contre les prétentions papales. Il conseille de cultiver Tamitié douteuse de Vasili Dolgorouki. Renchérissant ensuite sur les instructions de la Sorbonne, il affirme avoir entendu de la bouche de Tabbé Dubois que le tsar Pierre était favorable à la réunion des Égalises dans le dessein surtout de rapprocher son empire de l'Europe, d'où il conclut que les évéques de Russie ont probablement cherché à éluder la question en proposant le procédé conciliaire. Traiter d'Égalisé à Église, c'est, d'après Boursier, très difficile et presque impossible. Il propose modestement que les délégués russes s'en rapportent aux décisions de la Sorbonne. Un rayon d'espoir brille dans le désir plus ou moins général du patriarcat : pourvu que Ton choisisse un patriarche d'une haute et ferme raison, et l'affaire marchera toute seule.
Muni de ces conseils et de ces pouvoirs. Jubé se mit en route avec la princesse Dolgorouki et ses enfants, le 20 octobre 1728, et l'occasion d'exçrcer l'apostolat se présenta immédiatement. Les voyageurs affrontaient l'inconnu. De sombres pressentiments obsédaient la néophyte, elle succombait sous le poi9s de la responsabilité, l'arbitraire qui régnait en Russie lui paraissait menaçant. Il fallait soutenir son courage et dissiper ses appréhensions. L^abbé savait s'y prendre adroitement, remettait les choses au point et réveillait la confiance en Dieu, u II faut craindre sa faiblesse, disait-il magistralement; au surplus, ne craindre que<celui qui rend invincibles ceux qui le craignent. » Lelongetpénible voyage se fit d'abord
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en voitures et puis en traîneaux, avec les péripéties inséparables de cette locomotion primitive. Les points d'arrêt principaux furent Berlin, Kœnigsberg et Mittau. Dans celte dernière ville, Irina Pétrovna crut devoir présenter ses hommag^es à la nièce de Pierre le Grand, Anna Ivanovna, duchesse douairière de Gourlande. La princesse convertie ne se doutait guère qu'elle saluait sa future et implacable persécutrice.