‹ La Russie et le Saint-Siège: études diplomatiquesChapitre 35 sur 72 · LES DOLGOROUKI ET JUBÉ · texte numérisé non relu

LES DOLGOROUKI ET JUBÉ

opinions de Théophane Prokopovitch. Or, Tarchevéque de Novgorod défendait des thèses si hardies et contractait des relations si équivoques qu'il passait, à juste titre, parmi ses collègues, pour demi-protestant. Professeur de théologie à Kiev, il avait rompu complètement avec les traditions de l'ancienne école, et rédigé ses cahiers d'après des auteurs hétérodoxes. Appelé à Pétersbourg, il devint le correspondant de Buddée et Tami dévoué des luthériens et des calvinistes qui entouraient le Tsar. Lorsque Menchikov s'empara du pouvoir au nom de la faible Catherine, l'étoile de Théophane commença soudainement à pâlir. Ce fut bien pis encore à l'avènement de Pierre II, fils de ce tsarévitch Alexis, dont Théophane avait officieusement battu en brèche les droits à la succession au trône. De même qu'en politique, une évolution s'annonçait dans les sphères religieuses. Personne n'en putdouter lorsqu'on vit avec quel empressement le conseil çepret ordonnait d'imprimer un livre devenu depuis céjèbre et î fttitulé la Pierre. de. la foi *•

Stéphane lavors ki^ rival de Théophane et son accu sateur auprès du Tsar défunt, pétait l'auteur ^e cet ouvrage. Un grand scandale donné en 1713. à Mo&cou par les h ^j^é rodoxes lui en ayait fourni l'occasion. S'armant de zèle, après avoir puni les coupables, dont le principal fut livré au bras séculier et brûlé vif, il prit la plume pour réfuter leurs doctrines. L'entreprise n'était pas au-dessus de ses forces. Versé dès sa jeunesse dans l'étude de la dialectique, il maniait habilement la controverse. Les théologiens de l'Église latine lui étaient familiers, et, pour composer l^s douze dissertations de son livre, il puisa largement dans les œuvres de Bellarmim) et Becaoo^ deux Jésuites très

' MoRBT, passtm.

connu s dans les écoles. Il s'arrête avec une complaisance marquée sur la doctrine de la grâce et s'élève contre ceux qui, au préjudice des bonnes œuvres, insistent outre mesure sur Tefficacité de la foi. Pour peu qu'on se rappelle les controverses de l'époque , le b ut qu'il p oursuit se dé ^a^e avec une parfaite évidence : par-dessus les protestants et les obscurs sectaires de Moscou, il veut atteindre Prokopovitch, accusé de partialité pour la théorie protestante de la justification. Aussi, malgré ses instances réitérées, lavorski ne put-il jamais obtenir de Pierre J" Pautorisation de. pjublier son livre : le Tsar tenait trop à ménager non pas précisément Théophane, mais ses serviteurs hétérodoxes pour permettre que l'on attaquât ouvertement leurs doctrines.

Mêmes difficultés et mêmes tergiversation» «ous Catherine Pj, mais à peine Pierre U est-il monté sur le troue (jue tous les obstacles disparaissent comme par. enchantement : dès le 25 octobre 1727, le conseil secret ordonne. jd'inoprimer, en observant les formalités d'usage, la Pierre de la fo i. Chargé d'examiner le livre, Parcbevéque de Tver, Théophjlacte Lopatinski, s'empresse de lui donner une approbation flatteuse qu'il termine par ces mata.: «Je crois que ce livre est non seulement utile, mais aussi très nécessaire aux orthopistes pour leur affermissement dans les dogmes orthodoxes de l'Église chrétienne, et pour la réfutation des bavardages blasphématoires des hérétiques» .Ceuxqui jusque-là avaient empêché la publication de l'ouvrage ne pouvaient donc plus se le dissimuler : son apparition, pour ainsi dire officielle, était un signe de revirement {j^ouvernemcntal coutre les principes pxiotestants qui menaçaient d'envahir la société russe. Toute la fraction du clergé hostile à Théophane reprit coura^ et sentit le sol se raffermir sous ses pieds. Une éclaircie

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s'annonçait à Thorizon : A lexis, disa i^^'^j flillfliit rPYi^"^ da ns son fil s couronné. Déjà les optimistes voyaient le synode supprimé, le patriarcat rétabli, les monastères remis sur l'ancien pied. Il y avait dans ce mouvement de» esprits une précieuse indication. Une Iog[ique indomptable' rapprochait de la vraie Égalise, à leur insu peut-être, ceux! qui s'éloig[naient des principes protestants. Ce phénomène n'échappait point aux observateurs attentifs, et le duc de. Liria, dont il sera question tout à Theure, allait jusqu'à dire qu'il y avait des évéques non seulement favorables aux Latins, mais soupçonnés même d'être secrètement' catholiques. D'après les aveux de Jubé, les membres dii(^ clergé qui se montrèrent plus accessibles à ses discours furent Lopatinski^ déjà nommé plus haut, Vonatovitch et's urto ut Coletti. Tous ces trois personnajQ[es ont joué un, certain rôle dans l'Église russe '.

""Théophylacte Lopatinski avait fait ses études d'abord, à l'étranger et puis à l'Académie de Kiev, où il embrassi^ la vie monastique. Dès lors, il se consacra tout entier aux devoirs de sa vocation et à l'enseignement. C'était un esprit de la même trempe que lavorski : attiré par ua' secret instinct vers la vérité, trop faible de caractère pour briser tous les obstacles. Lu Pierre de la foi trouva en lui un partisan et un défenseur. Lorsque le bruit se répandit que Prokopovitch serait promu à l'épiscopat, il le dénonça comme hérétique, mais intimidé par des contradicteursvéhéments, il retira son accusation et fit amende hono-« rable. I^'élevant par degrés, après avoir gouverné l'Académie de Moscou, il fut nommé membre du synode, sacjcé en 1723 jucctevéquedeTver, et devint, sous Catherine P*, deuxième vice-présidenLdu synode.

1 TcHiSTOViTCH, Téofane, p. 29, 29S, 376 et ailleun. /

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L 'archevêqu e de Kiev, Barlj^am^VonL &tovit cb. est beaueôup moins connu dans Thistoire que son collèg^ue de Tver. La haine dont le poursuivait Théophane et dont on verra plus tard les preuves permet de supposer qu'il partageait plus ou moins les opinions du parti réactionnaire. Jubé avait pour lui de Testime.

Quant à Eleuthère Coletti, sa vie présente les plus sing^uliers contrastes. D'origine grecque et simple professeur à Halle, il accepta, en 1710, le poste d'aumônier auprès du tsarévitch Alexis qui se trouvait à rélranger sans prêtre i^sse à sa disposition. Invité par son nouveau maître à venir en Russie, il s'y consacra à l'enseignement, d'abord à^Moscou et puis à. Bétersbourg. Avec la fuite du Tsarévitch commencent ses revers. A cette date, Coletti voyageait en pays étrangers, et, de retour en RussierîTsè ^^Xr avec effroi impliqué dans le procès. On l'accusa d'avoir Voufu se fixer auprès du Tsarévitch, d'avoir même, en Vue de cette mission, accepté deux cents louis d'or et concerté un alphabet chiffré avec un confident d]Alexis. G*eu était assez de ces indications pour faire citer le malheureux par-devant la terrible chancellerie secrète. Des réponses jugées insuffisantes lui valurent la dégradation et, à trois reprises, la torture. L e IGj iigjs fii^^l^mHttflfl «mi ^ortj^il fut camlaiimàA l'exil perpétuel dans le juona&lère de Solovetsk, sous le ciel neigeux du Nord. Renchérissant Sur îa sévérité des juges, Pierre I*' y ajouta la prison. C'est ainsi que Coletti passa dix longues années dans une dure captivité. Elle ne resta point sans influence salutaire ^ur lui. Se repliant sur lui-même, il brisa complètement avec son passé, se donna aux choses de Dieu, et se fit moine sous le nom d'Euthyme. A l'avènement de Pierre II, un rayon d'espoir vint éclairer son cachot, et sous peu il se Kit, en effet, rendu à la liberté. Se réclamant de ses anciens

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services auprès du tsarévitch Alexis, iljihtîfttk pofitfiJEt^ r eche rché d'drcbÂPQiWikite du^o uvent de Novospask. et, en 1730, fut nommé membre du synode. Glest dans cette phase brillante de sa vie qu'il prêta Toreille aux suggestions occidentales.

Cependant, Fappui que Tapôtre janséniste pouvait trouver, soit auprès des Dolgorouki, soit auprès de quelques évéques russes, n'avait pas de caractère strictement officiel et, à vrai dire, était plutôt problématique. Le plus léger embarras l'aurait surpris désarmé, vis-à-vis du gouvernement. En homme avisé, il eut soin de régulariser sa position, et un diplomate complaisant lui en donna le moyen. A la cour de Pierre. II« l'Espagne était représentée jpar.le duc Hp T.îrîft et Xeric a, fils du célèbre maréchal de Berwick. Pour être de création récente, cette ambassade n'en avait que plus d'importance aux yeux surtout de la reine d'Espagne. Vastes étaient les horizons d'Elisabeth Farnèse : relever le trône abattu des Stuarts, arracher Gibraltar aux Anglais, planter le drapeau espagnol sur les murs de la forteresse reconquise, vaincre par ces succès les répugnances et les lenteurs de Philippe Y, son époux, lui imposer de vive force une politique active et militante, tel était le but secret qui la portait à chercher ' des alliances dans le Nord. Le duc de Liria s*était rallié avec enthousiasme au programme de la Reine, et, en dépit d'une santé délicate, des rigueurs du climat, des préjugés contre les Busses, avait consenti volontiers à se rendre parmi eux pour y travailler au triomphe de cette cause.

Saint-Simon, qui l'a connu de près, nous a brossé avec sa verve habituelle le portrait de ce personnage ^ D'un

' Mémoires y t. XII, ch. th. — Voir Noticia de la vida dans Liria, Conn (fuittay p. I" et suiv. — Le duc de Liria le réclamait des Stuarts. Son père.

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caractère vif el remuant» il languissait à la cour grave et monotone d'Espagne. Aussi le voitpon à plusieurs reprises parcourir l'Europe en tous sens. Il avait de Fesprit, pos» sédait à merveille plusieurs langues, savait être ambilieux avec mesure, prévenant et souple avec dignité. A Moscou, il réussit, en effet, à gagner les bonnes grâces du favori Ivan Dolgorouki et à se ménager Tamitié d'Ostermann, Quant au reste, il était de son siècle, frivole et passionné pour les plaisirs ; tout de même profondément attaché à sa foi, jaloux de la défendre, voire de la propager. C'est à lui que Jubé s'adressa pour se mettre à Tabri des coups de la mauvaise fortune. Fertile en expédients, le duc lui conféra sans hésiter des charges protectrices par un billet daté du 1"" mars 1129 et conçu en ces termes :

« Je, soussigné, cerliBeque M. Jacques Jubé de la Cour est mon aumônier et mon confesseur, et que c est pour cette fin que je Tai fait venir dans ce pays-ci ; et que, M. le prince Serguier {sicj Dolgorouki désirant d'avoir ledit sieur Jubé de la Cour auprès de lui pour avoir soin de l'éducation de ses enfants, j'ai permis au dit sieur de vivre chez le prince. En vertu de quoi, je lui donne le présent certificat signé et écrit de ma main et scellé du sceau de me& armes ' . »

Nul doute que, dans cette pièce, les rôles ne soient intervertis par calcul. Le précepteur est improvisé aumônier d'ambassade pour que, le cas échéant, l'aumônier mette le précepteur à couvert. Aussi, les amis de Jubé qui reproduisent ce document sont-ils très embarrassés. Ils avouent

le marëchal de Berwick, était fiU naturel du duc d'York et d*Arabella Churokill.

' Projet de réunion, p. 336. — Le duc de Liria fait allusion à ce document dans sa lettre à Viana. Archives de Simancas, Secr. de Ettado, a* 6613.

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que la sincérité chrétienne n'y correspond pas au zèle qui I*a dicté, et ils supposent charitablement que le rig^ide janséniste ne s'en est jamais prévalu

Ce fut encore à Fambassade d'Espagfne que Jubé fit la connaissance d'un homme qui pouvait lui servir d'utile auxiliaire, le P. Bernard Ribera '> Ce n'est pas qu'ils fussent entièrement d'accord sur tous les points doctri* naux. Ribera goûtait si peu le gallicanisme que Jubé le traite sans façon d^ultramontain. NatiF de Barcelone, il était un vrai Catalan par le fait de son origine non moins que par l'ardeur de son caractère. Dès Tàge de quinze ans, il entra dans l'ordre de saint Dominique, et, sitôt qu'il fut ordonné prêtre, fi'écoutant que son zèle, il parcourut l'Espagne, tour à tour enseignant et prêchant, faisant honneur à sa fière devise : Nunquam retrorsum^ en bordure à une rivière. De graves difficultés dont on ignore la nature, mais qui s'expliquent facilement par les factions politiques de l'époque, vinrent à l'improviste l'arrêter au milieu de ses courses et le jeter dans un cruel embarras. Ce fut alors que, par une heureuse coïncidence, le duc de Liria lui ofFrit l'aumônerie de l'ambassade. Ribera l'accepta sans tergiverser, et, le 23 novembre 1727, il était à Pétersbourg, d'où il se rendit, au mois de février de l'année suivante, à Moscoif, pour le couronnement de Pierre II. Le duc de Liria faisait grand cas de ses connaissances et de ses talents : il l'estimait théologien profond et littérateur distingué, capable de porter dignement la mitre épiscopale. Nous verrons bientôt le Dominicain espagnol à l'œuvre. Un homme de sa trempe ne se serait jamais croisé les bras en présence du mouvement religieux qui agitait la société ru ^

' Voir la préfece du P. Martynov dans Ribeba, Brevis Enarratio.

Le lecteur peut maintenant se faire une idée des conditions dans lesquelles se trouva Jubé de la Cour lors de son arrivée à Moscou. Dans les sphères strictement officielles^ il ne devait s'attendre qu*à une hostilité plus ou moins accentuée. Dans le g^rand monde, la princesse Irina Dolg^orouki, étant de son bord, pouvait le mettre en contact avec les puissants du jour, détenteurs éphémères du pouvoir. Dans le clerg^é, la fraction opposée à Théophane et aux innovations de Pierre I*' se rapprochait naturellement de lui. Enfin, le duc deL iria et le P. Ribera, quoi que nul lemeut jansénistes, étaient des hommes sur lesq uels on pouvait compter, lorsque lintérét général de la religion élâit^èn jeu. Il n'y avait plus qu'à profiter des circonstances, le moment d'agir approchait.

En examinant les travaux de Jubé en Russie, Ton ne saurait nier qu'il ait eu de la suite dans les idées, et qu'il ait déployé de l'énergie dans l'action. Le double but qu'il poursuivait activement était de gagner à sa cause, par des conversations privées, les personnes plus instruites et mieux disposées, et de provoquer en même temps des négociations pour le moins officieuses, soit avec les évéques, soit avec une fraction quelconque du clergé russe qui pût représenter un parti.

Pour procéder avec ordre et se mettre à l'abri des surprises, il commença par soustraire à la chance de divulgation ses rapports avec l'étranger. Une correspondance suivie, qu'un langage mystérieux dérobait aux profanes,

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fut organisée avec les jansénistes de Hollande. Ainsi la foi catholique s'appelait un froti/evari/Tles inlssionnaires des l ivres ^ les évéques russes des dorures; pelisse et Madame Isora servaient de pseudonymes aux princesses Dolgorouki et d^Auvergne. Jubé eut un moment la velléité d'écrire le français en caractères syriaques ou arabes, mais ce projet ne fut pas réalisé. Désireux de se tenir au courant des! événements du dehors, il se faisait prêter par des diplo* mates de ses amis les journaux d'Utrecht et d'Amsterdam. A cette occasion, il observe qu'on n'entend parler à Moscou que de la Chine et de la Perse, de la Turquie et de la Pologne, preuve de clairvoyance politique et d'orientation vers l'Asie et vers les Slaves d'Europe.

Rassuré de la sorte par les mesures prises et mieux encore par son titre d'aumônier d'ambassade, Jubé put donner libre cours à son zèle dans l'intérieur du pays. Son grand principe était que, pour ramener à l'unité, il fallait répandre la lumière : il n'hésita point à s'engager pour de bon dans cette voie. Son centre d'action se trouvait naturellement placé dans la maison hospitalière du prince Dolgorouki, dont il élevait et instruisait les enfants. Il eut soin d'y ériger une chapeïïe où, dimanches et fêtes, le petit troupeau'ides élus se livrait sans bruit aux pratiques de piété. Toute indiscrétion eût été compromettante, d'autant plus que la princesse Irina ne fréquentait plus Téglise orthodoxe. Sur ce point, Jubé poussait l'intransigeance jusqu'aux dernières limites, au risque de se trahir soi-même ou d'être dénoncé par des serviteurs infi- •dèles. Il cherchait même avec insistance à faire prévaloir son rigorisme. Ainsi, lorsque le duc de Liria se vit autorisé par trois consultations, dont deux à Rome et une à Moscou, à se rendre à l'église russe pour y assister à la fête dea chevaliers de Saint*André et de Saint-Alexandre-

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Nevskiy Jubé s'alarma de cette décision et du prétendu relâchement de Rome. Aux consultations romaines il opposa une consultation contradictoire, délibérée en Sorbonne, le 24 juillet 1729, dont le principal défaut, assez grave en vérité, est de divaguer en dehors de la question '.

Le zèle de Fabbé janséniste pour les catholiques étrangers se limitait aux bornes étroites de la chapelle. Il n*avait point d'accès à lu paroisse. Elle était adminis* trée par ïes Capucins, établis dans Tancienne é glise d es Jésuites et munis par la Propagande de pouvoirs réguliers. Âleurs yeux. Jubé, avec se s pa tentes^' Utrecht, ne pouvait être qu'un intrus. Malgré cela, des rapports, paralt-il, de bon voisinage s'établirent entre eux ; mais, lorsqu'il offrit aux Révérends Pères de faire des conférences dans leur église, ceux*ci trouvèrent un prétexte quelconque pour décliner la proposition. Singuliers chrétiens, disait à ce propos Jubé^ non sans quelque dépit.

Un autre genre de propagande, naguère fortement conseillé par Boursier, atteignait les profanes : c'était la distribution des livres. Le mémoire des docteurs de Sorbonne présenté au tsar Pierre, en 1717, tient ici le premier rang : il fut répandu à profusion. En outre, J^u bé propag ea le catéchisme de Fleury avec une préface de sa façon, et il fit imprimer, on ne sait ni où, ni en quelle langue, des livres de prières, des recueils de maximes, Y Imitation de Jésus^Christ. Animé par ses exemples et excité par. ses conseils, le prince Kourakine fit venir des livres de l'étranger pour les mettre entre les mains des popes. Enfin, avant de quitter le pays, sans doute pour y perpé^ tuer son œuvre, Tabbé janséniste distribua plus de quatre cents volumes, et, dans sa générosité, alla jusqu'à se

Projet de réunion, p. 4S3. — Dossiers de Paris et de Troyes.

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