LES DOLGOROUKI ET JUBË
défaire d*un magnifique saint Augustin, d'un saint Jean Cbrysostome, de plusieurs autres Pères, tant grecs que latins, d'une collection de conciles et de quelques théologiens tels que Jansénius et autres.
Mais le fait matériel de la distribution des livres ne suffisait pas par lui-même. Il fellait que la personne qui s'en chargeait possédât assez d'art et d'adresse pour foire lire les livres distribués. S'il faut en croire les jansénistes, ces qualités ne manquaient point à Jubé : mérite personnel, manières engageantes, douceur de caractère, vie pénitente, talent oratoire, talent de société « pour débiter des anecdotes « , connaissances supérieures à celles des plus savants du pays, il avait tout ce qu'il ftiut pour porter la conviction dans les esprits et gagner les sympathies. Aussi la compagnie de l'aimable étranger étaii*elle généralement recherchée; on se faisait un honneur d*étre lié avec lui.
Quoi qu'il en soit de ces renseignements fournis par des compères, le fait est que Jubé sut exploiter ses relations et se ménager des amitiés. Il comptait entre autres, parmi ses connaissances, le jeune prince Antioche Kanj.ftmîr^ fils du célèbre hospodar qui, après avoir livré la Moldavie à Pierre P% vint se ranger sous ses drapeaux dans la campagne contre les Turcs, et que le Tsar, réduit sur le Pruth à la dernière extrémité, ne consentit jamais à livrer à l'ennemi. Leurs rapports étaient si intimes que Jubé chargeait l'ami de Théophane de traduire des pièces, de son choix, assez considérables. Et, justice à lui rendre, il sut démêler dans le complaisant traducteur le futur écrivain de renom, a Le prince, mandait-il à ses amis, a de vrais talents: il parle latin et grec. Le grec est sa langue maternelle. Il traduit a en perfection » du français en russe, et avec la plus grande facilité. »
Auprès d*un autre gentilhomme d'arenir, le délégué de la Sorbonne eut encore plus de succès. Si le titre de néophyte qu'il lui donne, et les éloges dont il le comble, ne sont pas exagérés à dessein, on en viendrait à conclure que Yechniakovj aiofiL â*dj>pj^j%it cet ami, avait embrassé la religion catholiqus.. Étant encore à Moscou, assidu à l'ambassade d'Espagne, il traduisit en rjiâ&c. Iç çatéjjûine de Fleury, et aborda ensuite Texposition de la foi de Bossuet. Obligé d'interrompre son travail pour aller à Gonstantinople remplir une mission diplomatique, il resta en correspondance avec Jubé^ et, des rives du Bosphore, il lui envoyait Tédition «pg^^*y** AAa^..aké*vmaA Aa N^otnirA^ patriarche de Jérusalem, ennemi juré des Latinj. Le bon janséniste ne manquait pas d'en tirer parti pour constater •que les Jésuites, missionnaires en Orient, y faisaient autant de mal que partout ailleurs où on les souffrait. ' Tout en cultivant les grandeurs, Jubé se gardait bien de négliger les petites gens. Son zèle était universel. Ainsi, le a couvreur de table » de la maison lui paraissant docile et bien disposé, il se mit à l'instruire des vérités de la foi. Plus dégourdi et aussi plus entêté, celui qui auparavant avait exercé le même office s'était fait moine à Kiev, a Ce sera quelque jour un archimandrite, » écrivait Jubé, en constatant qu'il avait pris goût à l'Écriture sainte. Il réussit moins bien près d'une femme de service amenée de La Haye et employée par la princesse Dolgorouki. Cette étrangère en eut bientôt assez de la maison russe. Elle émigra dans le faubourg allemand, la Sloboda, épousa un compatriote de religion réformée, et poussa l'indiscrétion jusqu'à dénoncer publiquement les pieuses réunions des Busses convertis. Brebis galeuse, on l'entoura de soins.
En dehors de ces traits, les lettres de Jubé contiennent des allusions, générales aux fidèles de Moscou, aux perse-