‹ La Russie et le Saint-Siège: études diplomatiquesChapitre 37 sur 72 · LES D0L60U0UKI ET JUBÉ · texte numérisé non relu

LES D0L60U0UKI ET JUBÉ

cutioDB qu'ils eurent à souffrir de la part d'Anna Ivanovna et 8ur lesquelles nous reviendrons, A la constance dés unS| à la défection des autres. S'il n'est pas toujours facile, à l'heure qu'il est, de retrouver le sens précis de ces vagues indications, au moins peut-on en conclure à l'exisfence d'un petit noyau catholique.

Tous ces travaux de détail auxquels Jubé se livrait avec zèle ne lui faisaient pas perdre de vue l'objet principal de sa mission, celui de renouer des relations officielles ou officieuses avec les ëvéques de Russie. 11 reprit sur les lieux et, autant que faire se pouvait, d'après les sources nationales, les études entreprises en France sur l'Église russe. La preuve de son application lui a survécu dans deux mémoires sur la Hiérarchie et les livres ecclésiastiques de Moscovie, et sur la Manière de travailler à la réunion des Grecs à C Église latine. Les démarches du P. Ribera et du ducdeLiria lui rendirent sa grande œuvre plus facile et lui frayèrent en quelque sorte la route à suivre. Tout ultra-> montain qu'il était, l'aumônier espagnol, plus encore que Jubé, atténuait les divergences confessionnelles entre Grecs et Latins, et, moins timoré que lui, il allait jusqu'à dire la messe dans les couvents russes, proclamant, deux siècles avant V4adimir Soloviév, que les orthodoxes n'avaient jamais subi aucune condamnation conciliaire. Quant au duc de Liria, frère d'un évèque janséniste, il semble avoir trouvé le secret de s'arranger et d être au mieux avec les représentants des doctrines les plus oppo* sées. Au demeurant, les deu^ Espagnols poursuivaient, de même que l'abbé français, l'idéal d'une réunion des Églises. Il est donc à propos de s'jEirréter ici un moment pour les voir tous deux à Tceuvre, l'ambassadeur et le Dominicain.

A l'abri de son poste diplomatique et avec l'ardeur d'un

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parfait Catalan, Tancied professeur de théologie ne tarda point à se servir de sa plume pour répandre ses idées '. Il < ;pmmença par pr^nHrft fiontflfjt «vAn r^l^mf^f, fflfripul. I^ rchiman drite Théophile Krglik semb le avoir été sa première conquête et son introducteur auprès de que lques confrères, notamment auprès de. £Qlett\. fiihfifa savait apprécier ses nouvelles connaissances. Pour l'ordinaire de Tver, Théophylacte Lopatini$ki, il professait même une profonde admiration : « évéque très sage, disait-il, .\/^ ' ' docteur très subtil, juge très intègre, le plus aimable des prélats russes, q Dès qu'il eut réuni quelques notions sur FÉglise russe et conféré sur des points doctrinaux avec ses amis orthodoxes, il se^mit à écrire un traité latin intitulé Caiecheliaa^confessiOy où il prouvait que T Église latine est la^ vraie Église fondée par Jésus-Christ, que le Pape en est le chef divinement établi, qu'on ne saurait repousser ses doctrines sans se mettre en flagrante opposition avec FÊvangile et les couciles œcuméniques.

Ëtait-ce hardiesse, était-ce naïveté, le fait est qu'il envoya les quatre premiers .i^ahiers de son ouvrage à, Prokopovitch, qui se montrait toujours réservé envers lui, et se disait prèl néanmoins à discuter amicalegiegt. L'envoi était accompagné d'une lettre latine, datée du mois de novembre 1728, que le duc de. Liria fait, bien à tort, passer pour un modèle d'élégance classique *. Ribera y débute par des éloges flatteurs de la science de Théophane, et, se réclamant des assurances bienveillantes qu'il en avait reçues, il le prie de revoir, de corriger

' Sources pour Ribera : Rome, Bibliothèque de la Minerve, Mitcellanea Mu. X, IH, 37. — Tr.nitiToviTCff, Tèofane^ p. 369, etc. — Mobév, ch. vi. — Lo» œuvres de Ribera (Hesponsum^ Kcho fiftei, Brcuis Enan\)^ et les dt^péclies du duc de Liria, à citer plus bas. ..' Archives de Simaocas, Secr. (h JCftado, u* 6613.

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même, s'il le feut, ses ébauches : les erreurs de fiait seraient rectifiées aussitôt ; les questions de dogme et de droit jugées dignes de discussion seraient scrupuleusement examinées. Mais ridée dominante de la lettre est celle de la réunion des Églises. Le zélé Dominicain proteste qu'il voudrait dans ce but répandre plutôt son sang que verser de Tencre sur le papier. Puis, se rattachant au même ordre d'idées qui se retrouve dans les mémoires de la Sorbonne et les écrits de Jubé, il insiste sur la facilité extrême de la réunion. Ce n'e^t paft.iin.JOHurj.. c'est une haie fir^gije^gui sépare les deux Églises : mêmes sacrements des dew^ côtés, presque les mêmes dogmes, différence purement extérieure dans les rites, rivalité de juridiction quixiispa* raitrait d'elle-même dès que Moscou prendrait dans la hiérarchie la place d'honneur trop mal occupée par Byzance. Et quelle gloire immortelle ne serait-ce pas pour la Russie de rétablir en Orient l'unité de la foi ! Quel inéluctable devoir pour les chrétiens, surtout pour les évéques, de travailler à cette œuvre de pacification ! Quel châtiaient sera réservé à ceux qui s'y refusent!

Mais Théopha ne ne se laissa point prendre à ce beau langage. Il ne donna pas un mot de réponse par écrit, préférant sans doute la discussion de vive voix. L'occasion s'en offrait de temps à autre, car Ribera se faisait inviter par l'académie ecclésiastique, y étalait publiquement sa robe blanche, mêlait sa voix doctorale à celle des théolo* giens orthodoxes, tour A tour attaquant et défendant les thèses énoncées. Théophane ne dédaignait pas non plus de descendre dans l'arène, armé jusqu'aux dents, attentif à décocher des traits malins. Son opinion sur Ribera était faite : franc ignorant et pauvre latiniste aux allures méridionales et aux grands gestes ridicules. Il la dissimu* lait sous les dehors d'une politesse impénétrable. Plus

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iodulgent envers ftoi-mème, le Pominicain s*adjugeait toujours de brillanles victoires, même lorsqu'il défendait la prédélermination physique contre la thëorie plus libérale, de Suarez.

Mention particulière doit être faite d'une séance orageuse en 1730. Le lOjSI juillet, unejoute scolastiqji e avait eu heu à Tacadéixije. Le P. Ribera «vAj{ j^l^ la parole au sujet du Filioque^ rompu des lances a^fifiJ^uJLOpovtlcli, et s'en était revenu à l'ambafifijulfi^iiûycLjlAtîsfait de sa personne. Deux jours anrès, examinant à loisir le programme imprimé qu'il avait eu entre les mains, il y découvre avec stupeur une scandaleuse vignett ç : la religion écrasant JfiAJOdonstres qui rampenf à S£&4Ûfids; d'un côté Arius, Macédonius, Luther et Calvin; d^ l'autre Sabellius et Mahomet avec le Pape au milieot. facilement reoonnaissable à sa tiare, à ses ornements pontificaux, à l'exergue enfin qui portait en grandes lettres : Papa» Un texte de TApocalypse descendait sur sa tête, l'exhortait à la pénitence et le menaçait de châtiment. A cette vue, l'exaspération de Ribera est au comble, et i l. se p romet ujie venjo^eance éclatante. Un nouveau tournoi théologique est fixé pour le 14|25 juillet : séance solennelle, présidée par l'évéque de Riazau, GabrielJBûUJinski, ayant à ses côtés un Père Capucin. En ce temps-là, on comprenait ainsi la tolérance. Ribera parait en scène, débute par des banalités, puis enfle la voix, et, en termes véhéments, exprime sa plus profonde indignation au sujet de la femeuse vignette, tire le programme incriminé de sa poche, et* le jette avec mépris aux pieds des assistants* Son geste impérieux et fier provoque un saisissement général, il s'anime et se met à exposer avec chaleur et exubérance ses doctrines ultramontaines. Mais un cûntra<» dicteurselève, et lance ù la tête du Dominicain ce formi-

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