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dable syllogisme : « Q jji pèch e contr e la foi ^dit-il, est hor s de TÉgl ise. Or, le Pape pèche contre la foi en admg]^ Gfit le Filioque. Donc, il est hors de FÉglîse et doit être traité d'hérétique. » Ce nouveau brandon feit jaillir ded flammes, u Vous ne savez pas votre catéchisme, répond Bihera. Ni vous, ni cette assemblée, ni la Russie entière, ni la Grèce, ni TEglise elle-même, personne enfin ne saurait mettre le Pape hors de TÉglise, car sans Pape TÉglise est acéphale. » Ce n'était qu'un exorde, et le voilà parti. Tout plein de son sujet, surexcité par la contradiction, Jaloux de convaincre son auditoire, il se lance à perte dé vue dans des raisonnements, des citations, des apos* trophes. Il parlait encore lorsque la fatigue générale clôtura la séance.
Autour de ce petit événement, on fit beaucoup de tapage. Le P. Ribera en donna modestement communication à Rome. Aucune réserve ne s'imposait à son patron, leducde Liria. «Mon aumônier, écrivait-il, le 3 août 1730, au cardinal Belluga, protecteur d'Espagne et ministre de Philippe y auprès du Pape, s'est conduit, comme toujours, en valeureux Espagnol. » Avec le récit complet du fait, il envoyait au pourpré les thèses de l'académie, les discours de Ribera, et demandait pour celui-ci le titre de Padre Maestro, «Cette discussion, concluait-il, fait grand honneur au Père, et, chose à noter, il est malgré cela en bonne harmonie avec a tout le clergé russe» qui désapprouve la témérité de son contradicteur. »
En effet, repoussé par Théophane, Ribera fut mieu:t accueilli, si ce n'est par tout le clergé, au moins pà^ quelques-uns de ses membres. C'est encore un livre quï nous met sur les traces de ses relations. 11. a été ques'tionplus haut de l'ouvrage dé lavorski, la Pierre deJafot\ que le tsar Pierre I*' avait relégué ^dans les ténèbres; et
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que le conseil secret s'empressa, sous Pier re il, de produire au grand jour de la, {t^hlicité. Obligées, à cause de rintervention officielle, de garder le silence à Moscou, les adversaires du défiint archevêque délièrent la langue à leurs anriis de réiranger. Alors se produisit un curieux phénomène qui découvrit, à ne pas sV tromper, quels étaient les principes d'où procédaient les deux courants opposés de TÉglise. russ; : les protestants font cho rus avec Prokopovitch et son. parti contre lavorski; au nom des catholiques, et abusant parfois de sa. délégation usurpée, c'est Ribern qui défend à .outrance la J^ierre de la foi, son auteur défunt, ses adhérents viv^ints.
Voici quelles furent les phases de cette polémique. Les Acfn eriidùorum de Leipzig ne tardèrent pas à dénoncer le livre de lavorski comme une attaque outrageante contre les protestants. Ils acceptèrent cependant le défi, et bientôt on vit paraître à léna une brochure latine intitulée : Épiire apologétique de P Église luthérienne contre les calomnies et les injures d*Étienne lavorski. Buddée, Tintime confident de Théophane, en était Tauteur. XiEpUrt^ elle-m èmft était adressée à un ami de Moscou qui avait communiqué â Buddée les passages à réfuter. Le nom de cet ami indiscret errait sur toutes les lèvres : ce ne pouvait être que Théophane Prokopovitch. Toujours prêt à combattre, Buddée avait aussitôt pris la plume pour défendre « le bienheureux Martin Luther » contre les vigoureuses attaques de lavorski. Laissons aux prises les deux adversaires et quittons-les. Ce qu'il nous importe de constater, c'est qu'aux yeux du professeur d'Iéna, versé dans la controverse, lavorski n'est ni plus ni moins qu'un partisan de Rome, qu'un fidèle sectateur des Jésuites, tandjs que la cause de l'Église russe ou plutôt du parti Prokopovitch te confond avec celle de TEglise lulhérienne.
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La témérité de ses affirmations, ses violentes diatribes contre le défunt archevêque de Biazan, devaient piquer au vif non seulement tous les Russes attachés à leur foi', mais aussi tous les admirateurs de lavorski. Ribera se dis* tinguait parmi eux. Sa résolution fut prise sur«le*champ : du même coup il va défendre r Ëglisej;in7»ft ftt rT<;glifti> catholique, opposer ajgupaianblâLdléna sa RéponSAj^nta^ uoloqétique, relever p ointjar jtnint WiT^t? Ipi flffij^H.ti'CT'' de Buddée, en atténjyLant ajyijy&at-4Ùi^ possiblç |ff^ Hivgr, gences e ntre Latins et orthodoxes. Le livre fut achevé seulement le 28 novembre 1730, trois jours avant le départ de Moscou, et iigprjmé à Vienne, en 1731, jivec une dédicace, élogieuse en rhonneux de Timpératrice^Anna Ivano vna. En style prétentieux et redondant, Ribera y afBrme avoir eu des rapports familiers avec plusieurs 4)rélats russes, avoir composé son livre sur leurs instances, et même trouvé sans trop de peine un traducteur érudit. On découvrit plus tard qu'il avait eu accès auprès des mêmes évéques et des mêmes membres du synode que Jubé s'efforçait d'entraîner dans ses desseins 11 en sera question encore plus bas. Pour le moment, il suf6t de constater que le Dominicain et le janséniste se prêtaient ainsi, sans le vouloir peut-être, un mutuel appui, et très certainement sans parvenir è s'entendre entre eux sur les doctrines ultramontaines.
Tandis que le P. Ribera, maniant la parole et la plume, «'attaquait bruyamment au clergé russe, le due de Lirta se préparait dans d'autres sphères à une action plus discrète. Pour mondain qu'il fût, au gré de Saint-Simon, les intérêts de la religion ne le laissaient pas indifférent*. Un rapport ministériel, soigneusement conservé â
1 Archives de Siraancfts, Secr. de Estado, n* 6613. — Rapport ministériel du 17 mars i7t9, non classé. — Appendice, n* Xf X.
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Simancas et daté du 17 mars 17S9, prouve que. dès celte époque, il saisissait le cardinal Bentivog^lio d*un projel de ce genre asses important. Vu Textréme difficulté, foute d'évèques, d*administrer aux catholiques de Russie le sacrement de la Confirmation, il proposait de conférer la digpnité èpiscopale à son chapelain Ribera, et offrait généreusement de pourvoir aux frais de son entretien. Rapport en fut fait par le minisire au roi d'Espagne avec rhumble avis de remettre Tnffaire entre les mains du confesseur de Sa Majesté.
Quelques semaines s'étaient à peine écoulées après cette première démarche, lorsqu'une ouguste intervention vint encourager le duc A perisévérer dans cette voie. On Va déjà dit plus haut, le tsarévitch Alexis et Fempereur Charles VI étaient mariés à deux sœurs de la maison sou* veraine de Brunswick-Wolfenbattel. Quelle différence dans le sort de ces deux princesses si étroitement liées par la naissance! L'une, Charlotte, est livrée A un mari brutal, privée pour toujours des joies de famille, associée à la vie peu attrayante d'une cour semi-barbare, aux péripéties d'un empire encore jeune que des luttes formidables mettent sans cesse à Tépreuve. Au milieu de ces souffrances patiemment endurées, elle expire â la fleur de Tàgeen baisant le front de son nouveau-né qui deviendra plus tard le malheureux Pierre II. L'autre est transeportée tout u coup sur la terre chevaleresque d'Espagne et puis! la cour brillante de Vienne, dont Tancien pres^ tige s'accroît par les récentes victoires du prince Eugène. Elisabeth-Christine s'allie à une famille où brûle sur l'autel domestique la flamme d'un pur amour, et devient la mère fortunée de Marîe-Thérèse qui, pour être la dernière de sa race, ne pouvait terminer plus glorieusement Tillnstre lignée des Habsbourg. An sein du bonheur, la
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grâce avait touché l'àme de la jeune princesse. Dès avant son mariage, elle s'était convertie au catholicisme. Épouse de TEmpereur, elle prenait maintenant Fait et cause pour ses coreligionnaires en Russie. Les jansénistes de Paris, profitant de leurs entrées à la cour de Vienne, lui avaient fait remettre un mémoire qui réclamait son appui en faveur de la princesse Irina Dolgorouki, revenait sur les idées de liberté cultuelle et d'union religieuse, sur les projets du tsar Pierre I*' qui aurait promis aux sorbonniens, en cas de convocation d'un concile général, d'y envoyer les évéques russes. L'Impératrice se laissa con* vaincre : désormais on pourrait compter sur son active intervention. Elle choisit comme auxiliaire et confident le duc de Liria qui, passant par Vienne pour se rendre à Moscou, avait attiré son attention et mérité sa confiance. Par l'entremise de don Viana y Egiiilur, ambassadeur d'Rspagne à Vienne, elle lui envoya, en guise d'entrée en matière, le mémoire des jansénistes. Viana y ajouta une dépêche chiffrée, datée du 30 mars 1729, dans laquelle il supplie le duc, au nom de l'impératrice Elisabeth-Christine, de s'intéresser au sort de la princesse Dolgorouki, si le fait d'av o ir embra ssé la foi romaine devait lui^ajtij^er des embarras; de chercher, en général, à inspirer aux Russes des sentiments d'équité et de tolérance envers les catholiques; enfin de tenir complètement à l'écart de ces confidences le comte Wratislaw qui représentait Charles VI à Moscou, ainsi que tous les autres diplomates. Une lettre, datée du même jour et envoyée par une voie secrète et sûre, annonce que l'Empereur partage en tous points les sentiments de son épouse et recommande la plus absolue discrétion.
Une ouverture de ce genre ne pouvait causer au duc de Liria qu'une agréable surprise, d'autant plus qo^ellé étaii
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faite d'une manière excessivement flalteuse pour ses qua* lités personnelles. Dès le 15 mai, il envoie à Vienne un rapport détaillé et remarquable, où il répond d'abord â la dépèche et puis au mémoire. Au risque d'une lég^ère répétition, il importe de le suivre dans cette double voie. Le duc commence par établir que les catholiques étran- (fers jouissent en Russie d'une parfaite liberté. Ils ont une église à Moscou, et cette église est bien desservie. Les Pères Capucins qui y sont attachés promènent publiquement dans les rues leur habit monacal, et, s'ils sont pauvres, très pauvres, la générosité de T Empereur pourra y remédier en leur accordant ne fût-ce qu'une partie de la pension que l'on versait naguère aux Jésuites. Sur ce point, le duc se met donc en règle : la position est acquise, il n'y a plus qu'à la conserver. Pour ce qui est de la princesse Dolgorouki, l'affaire est plus délicate. Abandonner la religion dominante passe dans le pays pour un grave délit; même la protection d'un ambassadeur ne suffirait pas pour soustraire la délinquante aux rigueurs de la loi. Il fera cependant tout ce qui est en son pouvoir, et déjà il a déclaré aumônier d'ambassade l'abbé chargé d'élever les enfants de la princesse, ce qui rend sa position parfeitement sûre.
Après avoir répondu ainsi à la dépèche, le duc de Liria aborde le mémoire, et voici quelles sont ses réponses :
I* La princesse Dolgorouki est, en effet, comme tous ses compatriotes qui abandonnent la foi gréco-russe, exposée à des vexations. L'exemple des néophytes de Smolensk, mentionné plus haut d'après la version de Soloviév et que le duc rapporte avec des variantes, en serait à lui seul une preuve suffisante. Toutefois, la prin* cesse est dans des conditions plus rassurantes : elle saura s'entourer de discrétion, et, le cas échéant, elle peut
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compter sur la protectioa du prince Dmitri Golitsyne, son proche parent et membre du conseil suprême.
2^Ge que le mémoire dit, en second lieu, sur le triste état des catholiques dont plusieurs, pour s'y soustraire, quittent le pays, est absolument controuvé.
3" Obtenir pour les Russes la liberté de se faire catholiques est une chose impossible en présence des difficultés à mentionner plus bas. Le duc ajoute ici ce qui suit : «Je ne partage pas Topinion que le tsar Pierre 1*' ait eu le dessein de faire ou laisser faire la réunion des Églises. Ce vers quoi penchait davantage Sa Majesté était le luthé^ ranisme. Le Tsar en avait sucé le venin en Hollande. Avec cet exemple sous les yeux, il recommandait cette religion toujours et à tous dans le synode ou consistoire de Russie. En outre, son orgueil ne lui aurait jamais permis de se plier à l'autorité du Pape. Son système a toujours été de ty) se faire lui-même chef de TÉglise, comme le roi d'Angleterre. Une preuve suffisante en est dans la suppression de la dignité patriarcale, remplacée pour le gouvernement de l'Église par un tribunal nommé synode, soumis à Sa Majesté Tsarienne. Chacun de ses membres, avant d'entrer en fonctions, prête serment de reconnaître Sa Majesté Tsarienne pour chef du synode. »
4* Il est hors de doute que la réunion des Églises ne serait pas chose difficile, pourvu que Ton fit trêve aux préventions, et que l'on y apportât des dispositions pacifiques. £n réalité, elle n'est pas seulement difficile, mais tout à fait impossible tant qu'à la tête du synode sera l'archevêque de Novgorod, Théophane Prokopovitch. «C'est un homme, poursuit le duc, entièrement dévoué au luthéranisme, audacieux, savant, ennemi du catholicisme, bien qu'il ait étudié plusieurs années à Rome 11 exerce sur le clergé de Russie une autorité presque absolue. C'est
lui qui était le g^rand confident de Pierre l*', et qui fui chargé de rédig^er la réponse à la lettre de la Sorbonne... Dans cette réponse, on voit clairement que les évéques de Russie ne cherchent pas du tout à traiter Taffeire de la réunion, et le ton de la lettre le trahit jusqu'à Tévidence» car elle se réduit A des éloges de la maison de Sorbonne et de ceux qui la composent, et à Taffirmationque, durant la vacance du siège patriarcal en Russie, ils ont coutume de ne rien entreprendre sans avoir auparavant consulté leurs supérieurs, c'est-à-dire les patriarches de Gonstan* ttnople, de Jérusalem, d'Antioche et d'Alexandrie... Tous les prélats ne sont pas comme Tarchevéque de Novgorod, car il y en a qui sont non seulement enclins au catholicisme, mais encore soupçonnés d'être vraiment catholiques. »
5* « L'unique moyen d'établir des négociations pour la réunion dont il s'agit serait : K d'obtenir l'éloigneraent de Tarchevéque susmentionné et son remplacement par un prélat avec lequel on pût s'entendre et traiter pacifiquement. Il s'en trouvera certainement plusieurs dont on pourra se servir; â* d'apprendre peu A peu à connaître les seigneurs russes qui sont bien disposés et désirent la réunion pour se concerter avec eux sur la manière de la réaliser; 3* d'avoir ici un homme avec commission expresse du Pape, pourvu que cet homme ne soit pas maladroit, mais instruit, habile et prudent; 4* de gagner le baron d'Ostermann pour qu'il vienne en aide à l'entreprise ou, au moins, ne s'y oppose pas; ce qu'il fera certainement, étant, comme il est, très ardent luthérien; 5* de gagner quelques-uns des seigneurs en leur offrant des récompenses sit6t qu'ils auront amené les choses à un certain degré de développement; 6* lorsque la négocia* tîon sera en bonqe voie, que le Roi, notre seigneur, V\
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pereur, Sa Majesté Très Chrétienne envoient en même temps des lettres à Sa Majesté Tsarienne, en l'exhortant et en la priant d'une manière efficace d'encourager et de iavoriser une si bonne œuvre, et d'accorder à chacun la liberté de conscience pendant qu'on traite de la réunion désirée, et en attendant qu'on l'obtienne; que l'Impératrice écrive, à la même époque, une lettre tendre, aimable et Forte à Sa Majesté Tsarienne, son neveu. Je dois ajouter que, si Ton désire réellement la réunion (comme je n'en doute pas) , il feut faire grande attention à une autre circonstance que voici : si l'on cherche avec le temps à marier Sa Majesté Tsarienne avec quelque princesse étrangère, il faudra prendre grand soin que la fiancée soit catholique; car, si elle était luthérienne ou calviniste, elle ne manquerait pas de se déclarer contre notre Église, ce qui pourrait avoir des conséquences Aicheuses, tant que Sa Majesté Tsarienne ne serait pas encore instruite et ferme dans. notre sainte religion. »
Le duc de Liria conclut sa dépêche par la promesse de se mettre, pour correspondre aux vues de l'Impératrice, immédiatement à l'œuvre, et de sonder le terrain en tous sens. La bonne volonté, on le voit, ne manquait pas, i l'ambassadeur d'Espagne, d'entreprendre des travaux analogues i ceux de Jubé. Pour s'y préparer, il se mit i étudier sérieusement l'Église russe, sa hiérarchie, ses organes, son fonctionoement, ses discordes intestines. Toutes ces observations sont condensées dans la Relarion de Moscovia^ où le chapitre sur la religion des laisses est fl > vraiment remarquable de judicieuse impartialité. Dans un accès de sincérité, le duc s'écrie : • C'est une chose lamentable qu'une Église si bien ordonnée et dans un si vaste empire soit entachée de quelques erreurs qui, pour . n'être pas nombreuses, n*en sont pas moins trè^ gri^ves
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et d'une médication dt facile ' » . Après cette exclamation, il passe en revue les différences qui séparent les Églises d'Orient et d'Occident, et, subtil théologien, il distingue la primauté d'honneur du Pape de sa primauté de juridiction, et, au sujet du Purgatoire, il dégage savamment la question de formules et de mots, pour se restreindre à l'essence de la doctrine. Le plan du duc de Liria, exposé dans sa dépêche du 1 5 mai, mérite d'être comparé à celui de Jubé qui semble avoir été plus vaste et plus susceptible de passer dans Tordre des faits accomplis* H va sans dire que ce plan était fortement imprégné de jansénisme. Les quelques délails qui en restent nous ont été conservés par Boursier. C'est lui qui sera ici notre ^ide •.
La maison de campagne d'un parent d'Irina Pétrovna, située dans les environs de Moscou, vit, un jour, arriver des hôtes peu ordinaires. Avec l'agrément du maître, des personnages mystérieux s'y réunirent à la dérobée pour conférer sur des affaires assurément importantes. C'étaient l'abbé Jubé, le duc de Liria et quelques autres intimes qui venaient se concerter sur les moyens et les chances de réunion des Églises. Avec l'esprit de système qu'il mettait dans toutes ses entreprises, Jubé s'empressa de dresser un mémoire qui servirait de programme aux initiés et met* trait de l'unité dans Faction. Le texte complet de cette pièce est malheureusement perdu pour nous : trois articles seulement ont échappé à l'oubli. D'abord, selon la pensée de l'auteur, l'ancienne dignité patriarcale devait être rétablie. C'eût été le désaveu formel des réformes anticanoniques de Pierre 1*', et le recul vers un ordre de choses qui comptait encore beaucoup de partisans. Toutefois, il
' LiRU, Contfiéista, p. 380.
' Préfet de reunion, p. 339 et suiv.
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fallait aussi tenir compte des oouvelles aspirations, de Tesprit d'aFfranchîssement laïque qui pénétrait partout. En conséquence, pour éviter les regrettables conflits d'au« trefois avec le pouvoir temporel, on limitait les droits et prérogatives du patriarche, de manière que le Tsar put vivre en paix avec lui. En6n, d'avance, on destinait pour
ces haut es fonction ^, aml^l^ innnftPft p^f dp^ pf>rftAnnj>Kfaa marquantes du clergé, un laïque de *rafM^ fins> n^>^i>v dft Vasili Dolgorouki^ le prince Jacques. Ancien élève des if giiit<»ft At» PftrUj dont rPàvâîl''quiUé le collège, au dire des jansénistes, à cause du relâchement qui y régnait, Jubé le trouvait aussi vertueux qu'instruit. On ignore s'il a jamais donné des signes de vocation religieuse ou même prêté son consentement à une élection que dictait, nous le verrons tout à Theure, un calcul politique. Peut-être le duc de Liria a-t-il fait aussi pénétrer ses idées dans ce mémoire, car il avait des points de contact avec Jubé, et Tabbé se prévalait volontiers de l'ambassadeur. Quant à Ribera, il semble, cette fois, avoir été mis de côté : rieu ne trahit sa présence ou son action. Par contre, le roi d'Espagne, mis au courant de ces projets, en aurait été fort satisfait. 11 aurait même autorisé le duc de Xiria , en cas de réussite, à reconnaître au souverain de Russie le titre officiel d'empereur qui provoquait encore des contestations.
Quoi qu'il en soit de ce dernier renseignement, ce qui est plus sûr, c'est que Jubé, armé de son mémoire et ne doutant de rieu, redoubla de zèle et d'activité, 11 tint soigneu^jenLent à ^'^^fl^t ^h Sfî^ rlAmftr/^i^ogTh^nphnnp Prpkopovitch et le baron Ostermann, mais il voulut à tout prix, malgré les conseils d'irina Pétrovna et à son insu, mettre dans la confidence YasiliDolgorouki. Celui-ci avait, il est vrai, accompagné le tsar Pierre à la SorbQa^e.^ con-
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féré ensuite avec les docteurs ; la princesse u'en pensait pas moins qu'il ne fallait « faire aucun fond sur lui et même s*en défier « . Le duc de Liria abondait dans le même sens*. Il tenait Yasili Loukitch pour un homme intelligent et adroit, mais vénal et faux, capable de tou sacrifier à un vil intérêt. Le tenace janséniste ne voulu rien entendre, et il s'y prit, il faut Tavouer, avec un art consommé. Le séduisant mirage du patriarcat conféré au neveu préféré, et dont toute la famille aurait profité, servit d'entrée en matière. Toute l'Europe comparut ensuite, frappée d'admiration et remplie d'estime pour un homme d'État capable de mener à bonne fin une entreprise de 81 haute importance. De son coté, le prince Vasili crut y voir, avec un peu de bonne volonté, Tacheminement du tsarat de Russie vers l'empire universel d'Orient. En résumé, iLfut si complètement gagné à la cause de Jubé c[u'il promit de travailler à la réunion des Églises. Dans la bouche d'un grand personnage, ayant une part principale aux affaires, une promesse de ce genre, à la supposer sincère, était presque un gage de succès.
Encouragé par cet heureux début, Jubé se tourna vers les membres du clergé qui exerçaient quelque influence, et qu'il savait être plus accessibles à ses idées conciliatrices. Impossible, faute de documents, de le suivre à travers ces négociations qui nous eussent appris tant de choses. Boursier indique vaguement que la question fut agitée avec Tarcbevéque de Riazan, Boujinski, celui de Tver, LopatÎQski, et l'archimandrite Goletti. Quanta ParchevèquejdS Novgorod, Théophane, quoique toujours suspect, on le croyait parfois désireux de s'instruire. N'avait-il pas, syr le conseil de Jubé, fait venir de l'étranger la Théologie de
* LiBU, J)iario^ p. 366.
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Witasse, où la proc o ceion du 8oint Eoffit eg t Ixailge à ^Qndl Et, ne sachant pas le français, n'avait-il pas de-
Fj^iiry'» Boursier ne se laisse pas tromper par ces symptômes équivoques. Il avoue que, u dans le fond, cet archevêque cherchait à amuser M. Jubé. » Ses principes protestants, sa position sociale en faisaient un adversaire irréductible de la réunion des Égalises. Les tempéraments jansénistes qui séduisaient d'autres évéques ne suffi saien t las au sectateur de Bu33ée. Lorsqu'on jug^eait trop dure la soumission à Tautorité du Pape, Jubé se jetrapç haît derrière la théorie gallicane^ iusinuanf a qui v<MAlait.ljBntendre que Ton savait très bien, en France, d'une part obéir au Pontife romain, et d'autre part maintenir les [ franchises e t les libertés acquig^s, ejt^que J'ou.poiirrait en AnssiQ^^len tenir au mâme^ystèoif .
Voilà donc, en dernière analyse, robjectif que Jubé a vait en vue dans ses travaux : détacher la Russie de l'É^rlise byzantine sans l'attacher entièrement à l'Égalise catholique et romaine; la transformer en patriarcat gallicai}. Lychee qu'il eut à subir était bien mérité.
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