‹ La Russie et le Saint-Siège: études diplomatiquesChapitre 41 sur 72 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

ordonnons de défendre entièrement le livre précité et de le réserver... sous peine d'excommunication laiœ sententicBy etc., et d'une amende de deux cents ducats, etc. »

A peine ce décret eut-il paru à Barcelone que des amis dévoués en donnèrent avis au P. Ribera qui résidait alors à Vienne. Cette nouveHe fit sur lui l'effet d'un coup de foudre. Voilà donc ce livre, qui devait confondre le^ prptestants et convertir les Russes, dont la vente aurait soulag[é rindig^ence de la pauvre sœur de l'auteur, flétri par un tribunal ^compétent ai t aiégt i é dans les ténèbres.. Il hésite à le croire, mais vaincu par l'évidence, il s'adresse, le 4 novembre 1 733, après avoir tenté d'autres démarches, à l'inquisiteur d'Espagne, et demande la révision des actes qui lui ont attiré sa condamnation. Son livre a paru muni d'une trijJe approbation ecclésiastique. Le cardinal Belluga, protecteur d'Espagne, Uii a envoyé deux lettres élogieuses. Ont approuvé ses idées le Maître général de l'ordre, le marquis de la Paz, le P. Guillaume Glarke, Jésuite et confesseur du Roi. Le Mercure de France partage leurs avis, et voici comment s'exprime le P. Le Quien : « Cet ouvrage est d'une érudition exacte et solide^ et beaucoup plus ample que ne l'est ordinairement celle des théologiens espagnols, qui ne s'appliquent guère à traiter de la théologie dogmatique. L'auteur témoigne qu'il ne l'a publié qu'après l'avoir fait lire et examiner par les évéques de Russie qui l'ont exhorté à le faire imprimer au plus tôt. Les fréquentes conférences qu'il a eues avec les prélats lui font rendre d'eux ce témoignage que, quoiqu'ils se trouvent aujourd'hui séparés de l'Église par la dépendance où ils ont été de l'Église de Gonstantinople, qui a fait schisme avec celle de Rome, il n'a rien trouvé en eux de cette aversion et de cette haine que les Grecs schi^-

matiques ont marquées dans leurs écrits contre les Latins ' . »

Le concert d'éloges avait précédé la condamnation du livre. Aussitôt après celle-ci, Ribera, pour se disculper, envoie son volume aux inquisiteurs d^ltalie. Ceux de Venise^ de Gènes et de Mantoue n'y trouvent rien à redire. Celui de Bologne n'a pas le temps de lire le a célèbre opuscule » . Un seul, celui de Fano, prévoit des censures. Quant au commissaire de Tlnquisition romaine, il se contente d'écrire une lettre; évasive. Tout de même, il y avait là de .quoi faire réfléchir les farouches inquisiteurs de Barcelone. N'auraient-ils pas confondu l'auteur avec Buddée?Ribera est amené à le croire, et, redoublant ses instances, il en appelle au bien des âmes en Russie, à la dignité de son ministère, à la gloire de la Catalogne, vierge de toute hérésie, enfin à son propre honneur. La lettre est signée : servus ac projusiùia culior.

En même temps, il se donne beaucoup de mal à Vienne. Il parait que là aussi le livre rencontrait des obstacles et provoquait des critiques. L'exemplaire du Res ponsum dqnt je me sers porte une dédicace autographe de l'auteur au recteur magnifique de l'université de Vienne, avec prière de Faire examiner le volume à nouveau et promesse de le défendre « par la parole et la plume, non par les armes et la puissance » , contre toutes les attaques des partisans de Luther et d'Ostermann.

L'issue de cette affaire ne nous est pas connue. Â-t-on réformé la sentence de Barcelone? L*a-t-on confirmée? Cette seconde hypothèse parait plus probable, car l'exemplaire du Responsum qui se trouve à la bibliothèque romaine de la Minerve est muni de la note anonyme sui-

' Mercure de France ^ mars 1733, p. 458.

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