ÉPILOGUE
vante : « Quoique cet opuscule ait été désavoué par notre OrdrCj j'ai cru devoir le conserver pour la bibliothèque et le mettre dans la réserve, car, dans la suite, il pourra être opportun de le consulter. » Triste fin de Tapostolat de Ribera.
Deux autres de ses écrits méritent, au point de vue russe, d^étre signalés. D'abord, un discours prononcé, le 20 juillet 1729, fête de Tapôtre saint Jacques, à l'église catholique de Moscou, et dédié à S. M. Jacques III, roi d'Angleterre. Ce jour-là, le duc de Liria célébrait en grande pompe les Stuarts, revendiquait les droits du Prétendant sur la couronne britannique, et se faisait seconder par son chapelain. Le discours, saturé d'allusions politiques, fut, à beaux deniers comptants, imprimé dans la typographie académique de Pétersbourg. Toutefois, par crainte de représailles anglaises et à l'insude Ribera, Ton indiquait la ville de Rome comme lieu d'impression. Et, pour comble de malheur, sitôt paru, le livre est confisqué par Ostermann. L'auteur n'obtient clandestinement que deux exemplaires. Gela lui suffit pour faire réimprimer son discours à Varsovie, mais en l'attribuant en toutes lettres aux presses académiques de Pétersbourg '. C'était une manière originale de redresser les torts qu'on lui avait faits.
Plus considérable est l'autre travail publié en latin à Vienne, en 1733, sous le titre alambiqué de : Écho de la foi qui retentit dans V Église orientale de Moscou, répète presque la voix de Rome^ et, quoique affaibli par les attaches photienneSy couvre le tapage affreux du monstre, se retrempe dans la théologie angélique, supprime l'hétérodoxie et réunit les Églises. Pour débrouiller ce fatras, le lecteur est averti que la voix de Rome est la doctrine de l'Église catholique,
' Brevis Enarratio, p. ux« •
3St JANSÉNISTES £T PRINCESSES
que Técho de Moscou est la profession de foi orthodoxe, imprimée par Pierre Moghila^ méiropolite de. lU^v, et revêtue, en 1643 et 1662, de Tapprohaiion des patriarches d'Orient. Le but de Fauteur, tel qu'ilje déclare en style imagé, est de rétablir l'harmonie entre Técho e( la voix, ou de bannir, au moins, de Moscou les discordances luthériennes. Les théologiens da Tordre et les docteurs de la faculté de Vienne approuvèrent le livre en termes emphatiques, et, cette fois, leurs éloges ne furent pas révoqués par les inquisiteurs. Le P. Ribera pouvait se reposer sur ses lauriers. Après avoir lancé son premier i^cAo qui devait être suivi de deux autres, il disparait de la scène et il est vite oublié.
ê La princesse I ri na. Pétrovna survécut à Fabbé Xubé. L'exil des Dolgorouki dura aussi loagtejx^)s que L&j'ègne de Fimpératrice Anna Ivanovna. A Tavènement d'Élisabeth, le prince Serge et sa famille furept gjcaciès et revinrent à Pétersbourg. D'après Pierre Dolgorouki, ils se trouvaient, « grâce aux Jésuites et aux abbés, dans le dénûment le plus absolu ^ » . Est-ce bien exact? Aucun Jésuite n'a jamais été en rapports avec les Dolgorouki. L'accusation portée contre eux tombe par conséquent d'elle-même. Quant aux abbés, l'on a vu que Jubé procurait, au contraire, des ressources aux exilés. S'il s'était enrichi à leurs dépens, il ne serait pas mort à l'hôpital. La détresse financière des Dolgorouki avait probablement d'autres causes. Outre les conséquences toujours désastreuses d'une disgrâce à la cour, outre les frais de déplacement et d'installation à la campagne, « la mauvaise conduite » du prince Serge, à laquelle font allusion les diplomates français, n'y serait-elle pas pour quelque chose?
' Mémoires, t. I*', p. 373.