‹ La Russie et le Saint-Siège: études diplomatiquesChapitre 44 sur 72 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

l*empIoi du latin. Autorisée à se servir de cette langue, elle aurait abjuré la religion luthérienne. Plus ignorante encore que le pope, Tlmpératrice aurait copiblé d'éloges Tobéissance aveugle à ses ordres. Assurément Tabbé Jubé, surtout en face de sa mort prochaine, n'aurait pas approuvé cette supercherie trop ingénieuse. Il feut croire que la princesse elle-même ressentit des remords. Quelle qu'eut été la formule de l'abjuration, son cœur restait fidèle ù la foi catholique. L'observance hypocrite de l'orthodoxie lui pesait. Elle soupirait après la liberté. Pour rompre des liens odieux, elle résolut d'aller à l'étranger, et dçman.j^a un passeport qui lui fut refusé* A bout d'expédients, toujours diaprés la même légende, elle médita. 1& fuite, espérant gagner Rome à travers la Pologne. Au milieu des préparatifs de voyage, la mort la surprit, le 2Ç novembre 1751, dans la cinquante-deuxième année de son âge. Elle est inhumée à Moscou, au couvent de Bogoiavlensk '•JUfi, prince Serge lui survécut et devint ambassadeur à Gon^ tantinople.

Pour compléter le tableau de la mission de Jubé, il ne reste plus qu'à donner quelques renseignements sur les membres du clergé russe que l'apôtre janséniste avait trouvés plus accessibles à ses propositions. Les échos confus des événements parvenaient jusqu'à lui. II n'y voyait que les suites de ses prédications, mais, il y avait encore autre chose. Théophane, rentré en grâce, avait des vengeances personnelles à exercer. Elles atteignirent entre autres Yonatovitch, Lopatinski et Goletti, non pas précisément à titre d'amis dç Jubé et de Ribera^mais à cause de leur sourde et tenace opposition aux doctrines nouvelles. Et ce n'était point là un jeu du hasard. Les

* DoLGOROciLOW, Mémoires, t. I**, p, 373»

388 JANSENISTES ET PRINCESSES

adversaires de Théophane devenaient par le fait même latinisants et sympathiques aux Latins '.

L'archevêque de Kiev, Yarlaam Vonatovitch, f ut exécuté le premier. Sous prétexte qu'il n'avait pas récité les prières d'usagée en actions de grâces pour Tavènement au trône d'Anna Ivanovna, il fut privé de sa charge, dégradé, exilé : le monastère de Saint-Gyrille^ sur les rives du lac Blanc, lui servit de prison. Quant aux deux autres prélats, des circonstances en apparence insignifiantes vinrent les précipiter dans une série de malheurs.

Toujours animé d'une haine profonde contre Pierre I*' qui passait à ses yeux pour l'Antéchrist, le vieux parti moscovite ménageait encore moins Théophane, inspirateur et collaborateur du Tsar, promoteur des réformes ecclésiastiques. Depuis longtemps on faisait circuler secrètement des cahiers où l'archevêque de Novgorod était traité d'hérétique et de fauteur d'hérésies. On y passait en revue sa vie entière, et elle apparaissait sous les plus sombres couleurs. Aussitôt, les tribunaux furent saisis de cette affaire. L'instruction n'en était pas encore terminée que déjà se greffait sur elle une autre affaire du même genre et beaucoup plus grave. Un pamphlet anonyme parvint, un jour, à Théophane, jeta le trouble dans son esprit, et lui inspira les plus violentes mesures contre ses ennemis, il débutait par un mémoire qui tournait à la satire sanglante contre les réformes de Pierre I". La Russie entière y est invitée à pleurer amèrement sur son sort, exposée qu'elle est à l'invasion des pires hérésies : plus de patriarche pour défendre l'Église, l'antique piété disparaît, lesjeûnes sont oubliés, le tabac fait des ravages, on prise et on fume effrontément, le foyer domestique

* Les détails qui suivent sont empruntes àToiiiSTOviTcn, Téofane; Rechil. Diélo; Nov. Mat.

Page 1