EPILOGUE
régulièrement des rapports détaillés sur la situation dé la communauté. En général, c'est la note optimiste qui domine dans ces rapports; du reste, ils ne s'élèvent que rarement à des considérations d'ordre supérieur, et se bornent aux affaires courantes.
Tout autres d'^allure sont les mémoire; de .Matteô Caraman, envoyé en Russie, vera ll^i^faux. ficais de 1^ Propagande, sur les instances de racchevâ4)ué de-Zara, Vincent Zmajevicb» pour^ faire des études. Uturgi^iMW!. Ce compatriote dé Komulovic jouissait en Dalmatie d'une réputation de^science et de piété qu'il a justifiée par ses œuvres. Celles-ci ' lui méritèrent, en 1745, de succéder Tlaiis l'épiscopat à son bienfaiteur et ami Zmajevich, et, durant vingt-six aiis, il gouverna le diocèse de Zara en y laissant de son passage un souvenir impérissable. Revenu> à Rome après un long séjour en Russie, chargé de la nouvelle édition du missel slavon, il présente deux* mémoires à la Propagande, en 1736 et en 1739, et untroisième, en 1742, au cardinal Belluga quf'se faisait* renseigner aussi par le P. Ribera et le duc de Liria '.
Caraman se trouvait en bonnes conditions pour faire, des observations. Et d'abord, avant son voyage, il avait, comme autrefois Possevino, étudié la Russie dans les livres, et parcouru les différents auteurs anciens etmodernes, depuis Herberstein jusqu'à Ribera. Arrivé à destination, il se vit entouré d'égards par la communauté catholique. L'amiral Zmajevich, déjà rentré au service après son exil sous Pierre II, le reçut à bras ouverts. Grâce à ce double appui, il put lier connaissance et entretenir de bonnes relations avec -la princesse Irina
\^Stabi9E, t. XV, p. 96 à 113. — La seconde partie du mémoire n* II ett jnëditej et se tTOUTe nux Archives de la Propagande, Motcovia Mùcel" laneoy t. I*'. — Gliubich, p. 73.
d9« JANSÉNISTES ET PRINCESSES
^olgnrniiki. dont il admirait l'érudition théolog^ique, avec ram iral Ma nipnov et les loug^oslaves S^va Yiaili&lâXÎ^ ^^ ra rchimand rite Smiétich. Ces quelques personnag[es désignés nommément permettent de supposer que Garaman avait accès dans certaines sphères, etqu*il voyait les choses de près. C'est donc sur le vif qu'il a saisi ses impressions. A ce titre elles sont intéressantes, car elles reflètent la mentalité des contemporains. Pour son malheur et pour le nôtre, il a eu l'idée bizarre d'adapter son récit à la parabole évangélique du semeur, ce qui lui impose des rapprochements artificiels et même inexacts. Malg^ré cette forme déplaisante, quelques traits sont à recueillir.
Caraman jette d'abord un coup d'oeil rétrospectif sur le règ^ne de Pierre le Grand. A l'encontre de Tfaéophanequi, en 1733, s'en prenait aux Jésuites et aux Latins d'avoir calomnié le fondateur du synode et de lui avoir prêté des sentiments illusoires, il reproduit les témoignages traditionnels des bonnes dispositions du Tsar envers les catholiques. Assurément l'impression sur l'entourage avait dû être profonde etforte, puisqu'elle survivait encore à tant et de si cruelles déceptions Le tsar Pierre, dit Garaman, visitait les églises, vénérait le Saint-Sacrement, se livrait à d'autres pratiques pieuses, accordait aux catholiques la sonnerie des cloches, tandis qu'il la refusait aux protestants en leur jetant à la figure cette apostrophe brutale : « En l'honneur de quel diable voudriez-vous sonner? » Il s'environnait volontiers de catholiques : il y en avait deux auprès de ses enfants, et dix parmi les officiers supérieurs.
Les relations du Tsar avec le cardinal Ottoboni n'étaient pas de pure politesse ou d'affaires seulement profanes. On voulait — et les traces s'en conservent aux archives de Moscou — assimiler la Russie aux grandes puissances