‹ La Russie et le Saint-Siège: études diplomatiquesChapitre 48 sur 72 · EPILOGUE 3«T · texte numérisé non relu

EPILOGUE 3«T

occidentales, la doter d'un cardinal protecteur qui l'aurait représentée auprès du Pape et aurait correspondu avec Pétersbourg. C'est sur Ottoboni qu'on avait jeté les yeux pour exercer ces fonctions. Il les eût acceptées avec empressement. Aussi Tentretenait-on dans ces bonnes dispositions, en recherchant pour lui des reliques en \ Suède.

Mais il y a plus encore. L'entente cordiale avec le Pape entrait dans le système politique de Pierre le Grand et en faisait partie intég[rante. Dans la dernière année de sa vie, le Tsar aurait médité deux campagnes, l'une contre la Turquie, l'autre contre l'Angleterre, et cherché à gagner des alliés. L'amiral Zmajevich devait être envoyé à Rome. Il offrirait au Pape une collection de médailles historiques, et par son intermédiaire prendrait contact avec le grand maître de l'ordre de Malte. C'est celui-ci que visait le vrai but de la mission, et c'est bien son concours que Ton recherchait. Une escadre de six vaisseaux, sous les ordres de l'amiral Mamonov, stationnerait constamment dans les eaux maltaises en se renouvelant tous les trois ans. Les chevaliers des caravanes initieraient les Russes aux secrets de Fart nautique, leur inspireraient l'esprit guerrier, et, au moment donné, unis par les liens de la fraternité militaire, on attaquerait ensemble Constantinople. Dans le nord de l'Europe, le Tsar aurait esquissé une entreprise non moins étonnante : alliance avec la Suède renforcée par un mariage, et rétablissement en commun des Stuarts, dynastie catholique, sur le trône d'Angleterre. Garaman s'efforce de découvrir partout la note romaine et la propension vers le Saint-Siège, mais il ne dissimule pas non plus le revers de la médaille : les excès licencieux du Tsar, son concile des ivrognes, sa mort précipitée par le désordre «

39« JANSÉNISTBS ET PRINCESSES

On ne s'attendrait pas à trouver des sympathies latines chez Catherine P, et cependant les traditions locales en ont conservé le souvenir. Elles nous apprennent que Fépouse de Pierre le Grand» Polonaise d'origine, a été baptisée catholique, et qu'elle n'a jamais oublié, même au faite des grandeurs, la religion de son enfance. D'ailleurs les Skavronski, ses proches parents, se trouvaient toujours à ses côtés pour la lui rappeler. Aussi faisaitelle spontanément des charités aux missionnaires, des offrandes à leur chapelle. Le baldaquin aux armes impériales qui ornait le maitre-autel était un don de sa munificence et un témoignagne public de ses sentiments. Zmajevich se voyait autorisé à construire une nouvelle église. Enfin, se sentant mourir, éclairée par les lumières de l'éternité, Catherine aurait demandé l'assistance d'un prêtre catholique, — grâce suprême qui lui fut refusée par Menchikov.

Sur les règnes suivants, Garaman est plus sobre de détails, mais ce qu'il dit est nouveau. Pierre II, pupille d'Ostermann, devient élève du Hongrois Zeik, et donne beaucoup d'espoir aux catholiques. Aussi s'empresse-t-on d'éloigner le précepteur qui lui inspire ces sentiments. Viennent ensuite, sous l'impératrice Anna Ivanovna, les influences protestantes qui dominent jusqu'à Tavènement d'Elisabeth. Avecelle l'horizon s'éclaircit. Une Allemande catholique, dame Johanna, surveillait son éducation. Malgré ses faiblesses choquantes et ses entraînements déplorables, l'Impératrice s'en ressent toujours. Elle est aussi gracieuse que sa mère envers les missionnaires.

On le voit, la sphère d'observation de Garaman est restreinte. Il se place à un point de vue exclusif et ne se soucie pas d'élargir son cadre, ni même de vérifier avec soin les récits qu'on lui fait. Tout de même, officieuse-

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