‹ La Russie et le Saint-Siège: études diplomatiquesChapitre 49 sur 72 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

ment interpellé, il expose son plan d'union entre Rome et la Russie, et commence par la critique des idées étroites de Tabbé Jubé, qui ne voyait rien au delà du rite latin et se cantonnait dans une seule famille. Lui-même se pose résolument sur le vrai terrain d'avenir, entrevu au concile de Florence par les Bessarion et les Isidore. Partisan et admirateur du rite slavon, dont il faisait Tobjet spécial et favori de ses études, c'est en lui qu'il découvre le trait d'union entre les deux Églises. Une liturg^i^ commune facilite les moyens pour parvenir à l'unité de doctrine. Les moines basiliens, professant la foi latine et pratiquant le rite slavon, seraient les meilleurs intermédiaires. Us pourraient ériger des écoles, imprimer des livres et s'occuper de leur diffusion. C'est ainsi que Garaman traçait les grandes lignes de l'apostolat à exercer, un jour, en Russie, sous les auspices de la liberté.. En attendant, et s'adaptant aux circonstances, il proposait d'assigner des chapelains aux généraux catholiques, de réserver les charges importantes aux convertis, et de renforcer ces derniers par des recrues de l'étranger. Ses compatriotes paraissent ici. Les Dalmates, dit-il, pourraient se rendre utiles au Saint-Siège. Il en avait la preuve sous les yeux, et il en appelle à l'archevêque Vincent Zmajevich qui avait été proposé pour la nonciature de Russie. Les catholiques russes qui n'osaient pas se déclarer ouvertement attirent aussi son attention. Des agents spéciaux devraient les découvrir, afin que l'on pût mettre ieurs talents à profit. Enfin, il prévoit le cas où un roi de Pologne deviendrait tsar de Moscou, et, avec un catholique sur le trône des Romanov, la cause lui semble gagnée.

Les mémoires de Garaman, plus fort en liturgie qu'en politique, firent un long stage dans les cartons de la Propagande et ne furent sérieusement consultés qu'en 1742,

400 JANSENISTES ET PRINCESSES

lors de Tarrivée à Rome du P. Félix de Bologne ^ Ce brave Capucin, après un séjour de dix ans sur les bords de la mer Caspienne et de la Moskova, se croyait bien documenté, et, sans s'émouvoir, émettait les prétentions les plus téméraires. En même temps, la coïncidence est à noter, Timpératrice Elisabeth faisait faire auprès de la Propag^ande des démarches inattendues. Ordre avait été donné au P. Carlo de Lucques, Réformé, de rentrer en Italie. Il avait gouverné pendant six ans la mission de Russie, les hivers rigoureux et prolongés le fatiguaient, et il avait demandé lui-même à venir se réchauffer au soleil du Midi. Rien ne s'opposait à son rappel, et on se préparaît à lui faire bon accueil, lorsque Tlmpératrice exprima le désir de le garder à Pétersbourg. Elle y tenait même tant, on ne sait pas précisément pourquoi, qu'elle fit intervenir auprès du Saint-Siège le corps diplomatique : de la Chétardie, ambassadeur de France; Botta, ambassadeur d'Autriche, appuyèrent la demande impériale. Lestocq lui-même, le favori du jour, plus habitué au bistouri qu'à la plume, écrivit une lettre au préfet de la Propagande, et sa prose bigarrée vaut bien qu'on la cite textuellement :

M Monseigneur, comme Sa Majesté Impériale a bien voulue agréer que lePère préfect Carlo de Lucka resta en Russie, et comme, après que le Marquis de la Chétardie en ayant écrit à Votre Éminence, il n'y a point de réponse là-dessus, je prens la liberté de prier très humblement Votre Éminence d'envoyer l'ordre au dit Père préfect afin qu'il pourra, selon la volonté de Sa Majesté Impériale, rester tranquillement en Russie.

« Si Votre Éminence me juge capable de Lui rendre

' ArchÎTet de la Propagande, Acta, 1742, î, 254, 405; Congr, part,^ t. 100. La lettre de Lestocq, Scritt. rif.f t. VI.

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