EPILOGUE
quelques services dans ces quartiers-cy, je supplie de m'honorer de ses ordres; je les exécuterai le mieux que je pourrai, et ferai voir par là la considération parfaite avec laquelle j'ai Thonneur d'être, Monseigneur, Moscou, le IS**' de novembre 1 742, de Votre Éminence le très hun]j3l6 et très obéissant serviteur Lestocq. »
C'est peut-élre cette simultanéité, démarche de Tlmpératrice et arrivée du P. Félix, qui décida la Propagande à s'occuper des affaires de Russie. Le cardinal Gentili fut chargé de présenter un rapport, et une réunion cardi-r nalîce spéciale eut lieu, le 18 décembre 1742. Avant tout,! il fellait répondre aux instances de l'Impératrice. On alla naturellement au-devant de ses désirs sans même en sonden les motifs. Le P. Carlo fut maintenu à Pétersbourg, et il ne quitta plus la capitale jusqu'à sa mort, survenue le 17 décembre 1752. Disons de suite que Lestocq et de la Ghétardie adressèrent à la Propagande des lettres débor-» dantes de reconnaissance.
En dehors de cette question de personne, le point capi«* tal à régler était le rétablissement des rapports officiels avec la Russie. Le P. Félix ne portait pas si loin son regard; il se préoccupait uniquement de l'avenir de son ordre, et ne demandait que la confirmation des oukazea du tsar Pierre I*' en faveur des Capucins ^ Â son avis, rien n'était plus facile à obtenir, puisque l'Impératrice marchait fidèlement sur les brisées de son père, et reprer nait en sous-œuvre tout ce qu'il avait ébauché. Ne doutant pas de la réussite, ne consultant que sa hardiesse,
I Les Capucins invoquaient surtout deux décrets de Pierre I** : l'un de 1705 (Thbineb, Mon., p. 399), dont le texte phis authentique semble être de décembre 1706 (Archives de la Propagande, Congr. part, y t. VI); Tautre du 30 décembre 1723 {BtUl. Cap., p. 276), daté, ailleurs, du 7 janvier 172fr (Archives de la Propagande, Scritt, rif., t. IV).
40S JANSENISTES ET PRINCESSES
il proposait d^augmenter le nombre des missionnaires, d'élargir la sphère de leur action, et surtout d'ériger des écoles. Pour subvenir aux frais des nouvelles installations, on demanderait un subside à l'Impératrice qui ne le refuserait certainement pas, car elle en avait déjà accordé un aux pasteurs luthériens.
La Propagande se laissa séduire par ces belles assurances, conformes en général aux impressions de Garaman. On commença par faire des recherches aux archives. Il fallait trouver les oukazes de Pierre le Grand dont le P. Félix demandait la confirmation. La seule pièce qui s'offrit d'abord fut l'article du traité conclu, en 1705, par le palatin de Gulm. En redoublant d'efforts on découvrit Toriginal du diplôme daté de Grodno, décembre 1706. Le bruit courait aussi qu'il existait un autre diplôme du 30 décembre 1723, accordé au P. Apollinaire, Capucin suisse. Jalouse de procéder à coup sûr, la Propagande chargea les nonces de Varsovie et de Berne de lui procurer en copie authentique l'article du traité de 1705 et le diplôme de 1723. Pour entamer les négociations, le diplôme de 1706 pouvait suffire'. La proposition du P. Félix fut donc admise en -principe et même élargie. Grâce à l'appât des titres, dont l'insuffisance avait été cependant constatée, on espérait obtenir non seulement une mesure spéciale et temporaire, mais encore une réglementation complète et stable de la situation des catholiques. Le roi de Pologne fut choisi pour intermédiaire. Cette coutume tendait à s'établir depuis que la dynastie saxonne occupait le trône des Piast, et le texte même du diplôme accordé sur les instances d'Auguste • II suggérait cette intervention. On oubliait que son successeur, Auguste III,
' Le 9 septembre 1743, le P. Apollinaire envoya à Borne l'original du décret de Pierre •I*''. (Archives de la Propagande, Scritt. rif.y t. VI.)