IV
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d'un contenu varié, y compris les écrits de louri Krijanic. L*hôte ne dépare point son domicile : instruit, courtois, d'allures libérales, il s'exprime en latin, parle politique avec aisance, ébauche Témancipation des serfs. Vivant à une époque troublée, où les idées s'entre-choquent, il excelle dans Fart de dissimuler son jeu. Les Jésuites le tiendront toujours pour leur plus ferme soutien, et il leur accordera effectivement des faveurs; mais leurs adversaires, les frères Likhoudes, n'auront pas non plus à se plaindre de lui.
Peu de temps avant l'arrivée des ambassadeurs, les catholiques de Moscou avaient eux-mêmes commencé à s*af^iter '. En janvier 1684, le général Gordon, dont^l sera fait ailleurs plus ample mention, se plaignit au prince Golitsyne de la criante inégalité dans le traitement des cultes étrangers : les protestants avaient temples et pasteurs, tandis que les catholiques étaient privés de prêtres et d'églises. En conséquence, il demandait pour les uns et pour les autres les mêmes franchises. Le ministre ondoyant lui servit la réponse d'usage : « Écrivez une requête. » La requête fut rédigée, signée par les catholiques de marque, présentée aux Tsars, mise à l'étude au mois de mars, et enfin dûment ensevelie dans les bureaux.
Vers la même époque, c'est-à-dire dans la première partie de 1684, la question romaine fut, sans plus de succès réel, soulevée par un étranger de passage à Moscou'. L'archevêque de Naxivan, Sébastien Knab, en route pour la Perse qu'il devait gagner à la croisade, avait aussi des lettres de l'empereur Léopold à remettre aux Tsars. Admis non sans quelque difficulté à la cour, et obligé, à
' Gordon, t. II, p. 13. — TsvbtaÏev, /s ist., p. f .
' Theiher, Mon., p. 278, n* CCII. — Moscou, Archives Principales, Tsesarskta Diela^ 1684, 21 janvier, Rnab à Golitsyne.
cause de Thiver, de retarder son départ, il utilisa ses loisirs pour plaider la cause de Rome. Le gouvernement fournit lui-même à Tarchevéque, comme par hasard, l'occasion de s'expliquer. Celui-ci ne ménagea point les effets de lumière, s'entretint fréquemment avec Menzies, et on put croire, un instant, que l'entente ne serait pas si difficile à établir.
Tout cela se passait en dehors des sphères officielles, et se bornait à des démarches qui comportaient la bienveillance. Dans les régions du protocole, on était plus regardant. Les ambassadeurs impériaux ne tardèrent pas à s'en apercevoir ^ La ligue antiottomane, telle était la première question à traiter au « prikaz » , en présence des boïars, avec l'assistance du diak Oukraïntsev. Golitsyne se promit d'être crâne. Il comptait sur l'Empereur pour s'arranger avec la Pologne, et c'est, néanmoins, par une mise en demeure qu'il débute sans jamais vouloir céder. Pas de guerre avec la Porte, dit-il, à moins que la paix ne soit rétablie avec la Pologne. Vous voulez notre alliance contre le Sultan; donnez-nous des garanties à l'endroit de Sobieski. Et quelles garanties! Que les Polonais nous livrent la ville de Kiev avec le bassin du Dnieper, et nous partons en guerre contre la Turquie et la Crimée. Autrement, nous risquerions d'être pris à revers et mis entre deux feux. C'était donc troquer une magnifique province contre une éphémère diversion moscovite en pays ennemi. Et dire qu'à la même heure le sauveur de Vienne entrevoyait déjà cette éventualité, et qu'il ne reculait pas devant ce marché désastreux! Plus équitable, le cardinal
< Pam. dipL Sn., t. IV, col. 340 à 858. — Vienne, Archives d'État, Russicaj 1684, 5 avril, 5 mai, 27 juin, 14, 27 juillet. Rapports des ambassadeurs; 16 septembre, Projectum cardinalis Bonvisii. — Le même projet aux Archives du Vatican, Germania, t. 208. — Bibliothèque Palatine, 3197.
Buonvisi, nonce à la cour impériale, rédigeait un mémoire où il mettait en balance la Grimée et l'Ukraine, oFfrailaux Polonais et aux Russes le choix à Tamiable, et se flattait de rétablir ainsi la paix entre les deux peuples rivaux. Quant aux ambassadeurs autrichiens, ils ne voulaient à aucun prix s'engager dans cette voie périlleuse : c'eût été reprendre en sous-œuvre les discussions du congrès qui venait d'échouer piteusement. Instruits par Texpérience, stupéfaits par la tournure que prenaient les négociations, ils se refusaient à faire des promesses au nom de la Pologne. Golitsyne s'obstinait à les réclamer, et Ton piétinait sur place sans jamais aboutir.
Après le Grand Turc, les catholiques. Instructions serrées sur ce point avec indication d'écueils à éviter et d'avantages à obtenir. L'idéal eût été d'arriver à ses fins au prix de quelques légères concessions d'étiquette. Surtout il fellait se bien garder de mettre sur pied d'égalité les orthodoxes d'Autriche avec les catholiques de Moscou, car on n'accorderait jamais à ceux-là ce que l'on exigeait pour ceux-ci. La précaution était inutile : pour lors, les Moscovites ne se souciaient pas de leurs coreligionnaires disséminés en Europe.
Les dispositions conciliantes d'Innocent XI rendaient plus facile le rétablissement des rapports directs avec Rome. Le titre de Tsar ne créait plus d'obstacle. On l'accordait spontanément. Mais, aux yeux des Russes, cette concession tardive n'avait plus la même valeur. Menzies aurait su en tirer parti; les ambassadeurs en furent pour leurs frais, d'autant plus qu'ils demandèrent en même temps et d'emblée l'érection d'une église à Moscou et l'installation des Jésuites. Surprise des boïars, qui tourne à l'indignation en vue des faibles compensations offertes en échange : aucune mention du titre ambitionné de
LES JËSniTES A MOSCOU 85
Majesté; à peine Léopoid consentait-il à recevoir de la main à la main les missives des Tsars présentées par les ambassadeurs. C'était tout, etc'était peu. Aussi la réponse officielle fut-elle évasive. I^es affaires d'Égalisé ressortissant au patriarche, Golitsyne prétexta qu'il fallait le consulter : c'était se dérober à la discussion»
Grâce à ces chicanes, les pourparlers n*avançaient que péniblement. Fort à propos le prikaz avait pour correctif la demeure princière de Golitsyne. La conversation y prenait un tour plus alerte, et les accommodements s*offraient d'eux-mêmes. Quelques discrètes allusions échappèrent au boïar, amateur de beaux attelages. Les ambassadeurs le comprirent à demi-mot et s'exécutèrent : ils lui envoyèrent immédiatement des chevaux de selle et promirent un carrosse. Ces gracieusetés aidant, une conférence officieuse et secrète put avoir lieu.
On se réunit à la sourdine, en dehors de la ville, dans une maison de campagne isolée. Il s^agissait de vider pour de bon la question religieuse. Loin de l'œil scrutateur de ses collègues, peu soucieux du patriarche qu'il traitait de vieille bète, Golitsyue parut un autre homme, flxpansif jusqu'à l'exubérance, prodiguant des signes d'amitié, il s'engagea solennellement, en conscience et devant Dieu, à Favoriser le culte catholique. S'échauffant peu à peu par ses propres discours, il en vint à s'écrier en se Frappant la poitrine : a Soyez seulement plus conciliants sur l'étiquette, et je me charge du reste i» . Mais, lorsque les ambassadeurs voulurent mieux préciser ces trop vagues promesses, il leur échappa comme une anguille.
De la sorte toutes les afFaires restaient encore en suspens, lorsque, le 24 juin 1684, Moscou vit arriver le jésuite Garlo-Maurizio Vota, déguisé en gentilhomme.
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affublé d'un titre officiel et muni de lettres impériales pour les Tsars * . Léopold Tavait désigné pour cette mission, à chargée d'être aumônier de Blumberg et de tra* vailler à la conclusion de la lig^ue. Vota y aurait ajouté volontiers une délégation pontificale. Le souvenir de Possevino le hantait. De concert avec son futur patron, il demanda au Vatican des lettres de créance qui Tautoriseraient à traiter T union des Églises. On lui envoya béné« dictions et indulgences, mais point de bref. Ceci n'était pas pour Tembarrasser. Le plan qu'il mûrissait depuis le mois de janvier n'en subit aucune modification.
Italien d'origine, élève des Jésuites au collège d'Embrun, un charmeur s'il en fut, de l'aveu des contemporains, il s'était fait partout remarquer. Son académie d'histoire et de géographie, fondée à Venise, attirait l'élite du patriciat. Le superbe collège de Turin qui s'élevait sous les auspices de Madame Royale, duchesse de Savoie- Nemours, lui devait en grande partie son érection. Plus tard, une place à part lui sera réservée à la cour de Varsovie. Sophie, électrice de Hanovre, goûtera sa société. Sophie-Charlotte, reine de Prusse et fille de l'électrice, le fera disputer avec ses théologiens. A Dresde, la cause catholique l'aura pour champion victorieux. Il comptait parmi ses amis l'abbé Vincenzo Grimani, futur cardinal et vice-roi de Naples. C'est ce personnage qui, dès 1683, mit le P. Vota en contact avec l'Empereur, auprès duquel
' Correspondance de Vota avec Innocent XI , Léopold I*' et Cybo : Archives du Vatican, Lettere dei Particolari, t. 65, f. 42, 43; t. 69, f. 97, 110; Polonia, t. 103, 1684, 26 juillet. —Vienne, Archives d'Éut, Hussica, 1684, 14 mai. — Notre Collection, 3 avril, 2 juillet, 12 août, 12 septembre. — Theikkr, Mon., p. 282, n" CGV. — Avec Vittorio-Amadeo II et Madame Koyale : Turin, Archives d'État, i^ttere dei Particolari, i" mars. — Notre Collection, indice... délie Spedizioni, Moscovia. — Zalknski, t. III, p. 228
«IfllÎT.
il jouissait d'un grand crédit. Peut-être avait-on déjà en vue la mission de Moscou.
Quoi qu'il en soit, promu d'emblée a secrétaire et conseiller n de Tambassade impériale, ne connaissant la Russie que d'après ses lectures et les récits de Menzics, vivant en dehors delà politique militante, il se renseigna chemin faisant, à Linz, auprès de l'Empereur, à Varsovie, chez le nonce Opizio Pallavicini, et mieux encore à la cour de Jaworowo.
Le roi de Pologne en savait long sur l'état de l'Europe, et la ligue contre les Turcs le touchait de près. Sa rencontre avec le P. Vota fut comme l'étreinte spontanée de deux âmes faites pour se comprendre, séparées par les hasards de la vie, et que le sort réunit tout à coup. Fatigué des luttes intestines et des intrigues politiques, le mari de Marysienka, quoique follement épris de son impérieuse compagne, n'en ressentait pas moins le besoin de s'épancher dans un cœur sur et fidèle, de lui confier ses amertumes et ses déboires, et de retremper ainsi un courage faiblissant. Du premier coup d'oeil Vota saisit les détails de la situation : il devint le confident inséparable de Sobieski, son conseil et son confesseur. Leur amitié ne connut pas de détente. Elle ne fit que s'accroître jusqu'au moment suprême où le roi de Pologne expira entre les bras du Jésuite.
La renommée du nouveau négociateur avait devancé son arrivée en Russie : « un homme de valeur, et tel que Moscou n'en a pas vu depuis un siècle » , écrivait le nonce Pallavicini à Guasconi'. Quelques échos de ces témoignages élogieux durent parvenir jusqu'au prince Golitsyne, notamment de la part de Menzies, tant il mit de
* Notre Collection y 1684, 12 mai.
soin et d'empressement à org^aniser Taudience solen* nelle qui eut lieu le 1" juillet. Pour y assister, les Tsars, au grand ébahissement des ambassadeurs, revinrent exprès de la campagne au Kremlin.
L'audience des souverains, malgré Tattirail de rigueur, exhibition de costumes et déploiement de troupes, ne pouvait être qu'une cérémonie d'apparat. C'était avec Golitsyne que Ton traitait les affaires à fond, et, comme elles avaient déjà été amorcées par les ambassadeurs, le Jésuite n'avait plus qu'à marcher sur leurs brisées'.
Cependant, à l'endroit de la Pologne, une soudaine inspiration lui suggéra un expédient à sa façon. La cession de Kiev était dans l'air, il la redoutait pour la gloire de Sobieski, et voilà que Golitsyne lui donne imprudemment Toccasion de parer le coup. Dans un accès de gêné* rosité, le prince promet cent mille hommes à mettre immédiatement en campagne, pourvu que TEmpereur s engage à incliner les Polonais vers la paix avec Moscou. Vota saisit la balle au bond en raisonnant ainsi par devers lui : Sitôt que les Russes seront pris dans l'engrenage d'une guerre contre les Turcs, ils ne pourront plus reculer à leur gré, et l'on aura beau jeu pour modérer leurs convoitises. Mais la finesse italienne échoua devant les scru** pules autrichiens. La liberté d'action de l'Empereur dex ait rester intacte. Les ambassadeurs craignaient de la compromettre et ne voulurent rien garantir. Obstination fatale, qui coûta cher à la Pologne.
On revint aussi, comme de juste, sur les affaires ébauchées d'Église. C'est à tort que Libert accuse de mollesse les ambassadeurs impériaux. Ils se donnaient, au con-
* v'chives du Vatican, Polonia, t. 103, Pallayicini à Cybo; t. 185, Gybo à "allavicini; G^nnania, t. 38, Cybo à Buonvisi; t. 208, Buonviti à Cybo. — i .iKi:«ER, Mon., p. i86 à 293, n" CCXIl à CCXVI,
traire, bien du mal. Vota y mit tout son zèle. Ses habitudes d'esprit le poussaient à sortir de Tornière. Golitsyne lui faisait l'impression d'un homme éclairé, capable d'aller de l'avant. On pourrait donc s'aFfranchir du convenu et remuer de g^randes idées. En effet, il semble avoir pris la question de haut. A l'en croire, il aurait présenté au prince un mémoire fortement documenté, traitant du dog^meetde la politique, et concluant à l'union avec Rome. C'était un programme rénovateur autant qu'un essai théolog^ique. Le boïar en aurait été tellement frappé qu'il aurait promis de le faire «■ infailliblement « accepter par la cour et le clergé. L'aveugle optimisme de Vota n'y voyait aucune difficulté. Tout entier à ses rêves d'avenir unitaire, il se hâta de confier ses espérances au papier et de les transmettre au pape Innocent XI et à son secrétaire d'État, le cardinal Cybo. Malheureusement ces feuilles, précieuses à tant de titres, ne sont point parvenues jusqu'à nous.
En réalité, le succès obtenu se réduisait à moins. Le 1*' juillet, à la suite d'une chaude discussion, les ambassadeurs arrachèrent de vive force au gouvernement une autorisation demandée en vain jusque-là : celle de laisser en résidence à Moscou leur aumônier, le P. Schmidt, en qualité de missionnaire impérial, avec charge d'àmes. A noter que le candidat se donnait ouvertement pour Jésuite : on le gardait donc à bon escient. Golitsyne, pour sa part, poussa la bienveillance jusqu'à exiger que le Père vînt souvent le voir et s'adressât à lui en toute sécurité. Cependant, les Busses n'entraient pas dans cette voie sans se ménager une sortie. Rien d'obligatoire, rien de bilatéral, rien d'écrit; simple concession verbale, accordée gracieusement et révocable à volonté : on n'entendait pas, et pour cause, aller au delà.
Malgré cette réserve et quelque mince que fût Tavan* tage remporté, l'ambassade impériale était à la joie d'une réussite qui lui avait coûté de rudes et persévérants efforts. Au moins la glace était-elle rompue, et aurait-on désormais une intelligence dans la place. Vota partageait les mêmes sentiments, cachant si peu sa profession de Jésuite qu'il obtenait des bois de construction pour le collège d'Orcha, élevé par des confrères polonais sur les confins de la Russie. Quant aux catholiques de Moscou, rassurés dorénavant sur Tassistance sacerdotale, ils étaient dans le ravissement et ne songeaient plus qu'aux moyens de subvenir aux frais du culte. Une requête, signée par des militaires et des industriels, fut, à ce sujet, adressée au nonce de Varsovie ; mais la générosité de Léopold allait rendre inutile Tappel au Pape.
En effet, on résolut à Vienne d'affronter les dépenses nécessaires pour se maintenir dans ses positions. Les avis des ambassadeurs étaient encourageants. Zierowsky jugeait la situation politique digne d'être étudiée à fond : peut-être, en cédant sur l'étiquette, obtiendrait-on des avantages considérables pour l'Église. Il était partisan d'une action systématique et bien dirigée : on se ferait renseigner par Francesco Guasconi, et, avant tout, on s'assurerait du concours de Golitsyne.
Les dépèches des ambassadeurs fournirent au vicechancelier, le comte Kœnigsegg, les éléments d'un rapport présenté à Léopold, le 26 octobre 1684 ^ Bel échafaudage, élevé sur une base fragile. Bureaucrate convaincu et homme de cour, Kœnigsegg comptait tirer parti du protocole, faire des concessions d'étiquette, et ne doutait pas de la condescendance des Busses. Moins préoccupé
* Vienne, Archives d'État, Ruttica, 1684.
de la correspondance directe des Papes avec les Tsars, il insistait de préférence sur rétablissement d'une mission catholique à Tombre de la protection impériale. Zierowsky devait rester en correspondance suivie avec le prince Golitsyne. A tout prix, il fallait domestiquer ce boiar; le carrosse promis par les ambassadeurs cimenterait Tamitié. On venait précisément de remiser celui du défunt archiduc Léopold-Guillaume ; il était doublé de velours noir, ne valait pas plus de mille florins, et serait assez beau pour Moscou.
L'Empereur abonda dans le sens de ses ministres. Il se rendait bien compte que le but principal, l'accession des Tsars à la ligue, n'avait pas été atteint; mais les affaires d'Église prenaient bonne tournure, et il en était satisfait. Des décrets élogieux et des chaînes d'or servirent de récompense aux membres de l'ambassade, et, sans tarder, on se mit à l'œuvre.
En première ligne, organisation du culte catholique. L'Empereur décida que la mission, inaugurée par des Jésuites, serait dorénavant confiée à leur ordre. Toutefois les Polonais et les Lithuaniens seraient exclus, et Ton n'admettrait' que des Slaves nationaux, des Tchèques. La langue ne leur créerait pas de difficultés, et, fidèles sujets, ils seraient d'une » utilité salutaire » . Plus équitable que son entourage qui voulait s'en décharger sur la Propagande, l'Empereur prit à son compte les frais d'entretien des missionnaires, car le P. Schmidt devait être doublé d'un compagnon, et une pension provisoire leur fut assignée. Le général de la Compagnie de Jésus, le P. de Noyelle, interrogé officiellement, se prêta de bonne grâce à toutes ces dispositions '.
* Vienne, Archives d'État, Bussira, 1684, 13 novembre, 6 décembre, Decretum pi'o Mîssionariit ; 23 décembre, Noyelle à Léopold I*'. — Rome,
M INTERVENTION DE L'AOTRICHE
Les négociations diplomatiques furent reprises avec le même empressement. Kurtz, dépéché en courrier, muni d'instructions détaillées, était porteur de remerciements au prince Golitsyne et aux Tsars pour avoir autorisé le a culte privé « . Le prétexte de Tenvoi s'offrait de luimême : Kurtz accompag^nait le fameux carrosse archiducal. Sous main, il devait servir d'introducteur à un second Jésuite.
Laissons-le en route pour Moscou^ et revenons, un instant, à l'ambassade de Zierowsky. Elle donna lieu à un fâcheux malentendu *. Vota en fut la cause plus ou moins inconsciente. Le dernier à la peine, il risquait d'être le premier à l'honneur, grâce â la coïncidence de son arrivée avec le dénouement des affaires, grâce aussi à ses lettres d'une modestie calculée, où, tout en faisant la part belle aux ambassadeurs, il attribuait le succès aux prières du Pape et de son secrétaire d'État.
Le nonce de Varsovie ne tarda point à réclamer. Il intercepta même une lettre, à son avis trop flatteuse, adressée officiellement à Vota, et fit valoir les droits de son protégé Libert, un sous-ordre, qui n'avait joué aucun rôle et que le nonce lui-même se félicitait de voira l'école du Jésuite^. Zierovirsky s'émut aussi. Son collègue en second, Blumberg, avait reçu un bref élogieux du Pape, etlui, premier ambassadeur, semblait oublié ou méconnu. C'était un tort à redresser. Il saisit donc de ses griefs le
Archives de la Propagande, Scritture originali^ t. 491, Rapport du nonce de Varsovie et lettres des catholiques de Moscou.
' Archives du Vatican, Germania, t. 208, 1684, 8 octobre; t. 38, 28 octobre. — Notre Collection, 18 décembre, Noyelle à Zierowsky. — TiiEiKER, Mon., p. Î85, n» CCV; p. 286, n» CCXII; p. 292, n» CCXVI; p. 293, n" CCXVn.
' P^otre Collection, Pallavicini à Vota, 1684, 7 juillet, Jaworowo : « Formi il signor Libert che ha buona volonté e desiderio d'apprendere e puô profittarsi molto nella sua conversatione. »
Les jésuites a MOSCOU 03
nonce de Vienne elle général de la Compagnie de Jésus. L*amende honorable ne se fit pas attendre Le P. de Noyelle promit de renseigner la Curie. Le cardinal Cybo reconnut explicitement les mérites de Tambassadeur et sa part prépondérante au succès; survint un bref d'Innocent XI, et l'agitation se calma.
Quant au P. Vota, il se flattait d'avoir personnellement remporté un autre triomphe, et d'avoir gagné Vasili Golitsyne à la féconde idée unitaire. L'eùt-OD laissé faire que, d'accord avec le prince, il inscrivait dans les fastes de l'Église une date mémorable, et rétablissait l'union entre Rome et Moscou. Il fit partager son intime conviction par Sobieski, et regretta, sa vie durant, de n'avoir pu moissonner ce qu'il avait semé. Jusqu à quel point ses regrets étaient-ils fondés? Sa confiance souvent aveugle dans son habileté, ses suppositions hardies jusqu'à la témérité, le genre même de son activité fiévreuse, les déboires qu'il eut à subir en Pologne et en Prusse nous permettent d'être sceptiques et de faire la part des illusions.
Sur ces entrefaites arriva le bref d'Innocent XI aux Tsars, que Vota avait ambitionné de présenter lui-même au Kremlin. Il était daté du 5 août 1684, et les titres moscovites y figuraient au grand complet, comme dans les pièces émanant de la chancellerie impériale ^ Le Roi et le Jésuite les examinèrent minutieusement. Et, sur le désir de Sobieski, on supprima, pour ménager les Polonais, la mention expresse de Smolensk, de Kiev et de quelques autres provinces. C'était trop présumer de la complaisance russe en une matière épineuse.
' Theiher, Mon.f p. 284, d<* CCVII, et ailleurs.