‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 10 sur 51 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

fidèles de son ressort furent censés Ta voir suivi. Les ambassades échangées avec le Pape, même après 1054, n'arrêtèrent pas le cours des idées et ne modifièrent en rien le fond des choses. D'autre part, Tinfluence des -Grecs qui gouvernaient souvent les diocèses russes, leur âpre polémique contre les Latins, leurs perfides insinuations, creusaient les abtmes dont les siècles suivants devaient révéler la profondeur. En 1130, saint Bernard rêvait déjà la conversion des Russes et prenait langue à •ce sujet auprès de Mathieu, évêque deCracovie. Toutefois, malgré les encouragements de celui-ci, Tabbé de Clairvaux n'a jamais attaché son nom à cette œuvre.

Au treizième siècle, les désastres militaires, se greffant «ur la politique intérieure d'annexion, changèrent la face de la Russie et lui enlevèrent sa cohésion au dehors. Tributaire des Mongols, rongée par les luttes intestines, elle voyait son unité nationale compromise et ses plus belles provinces devenir la proie des Lithuaniens. Au milieu de ces épreuves, de ces guerres locales sans cesse renaissantes, coupées par les terribles invasions tatares sur des espaces d'une étendue immense, il n'est pas étonnant que des négociations diplomatiques, indépendantes les unes des autres, se soient engagées sur différents points du territoire.

Dans le Nord, c'est un Savoyard, appelé Guillaume, qui est resté célèbre. D'aucuns ne le connaissent que sous le nom d'évéque de Modène. Ce diocèse a été, en effet, pendant quelque temps, confié à ses soins, mais dans la suite Guillaume fiit élevé au cardinalat et transféré sur le siège de Sabine. A maintes reprises, les Papes l'envoyèrent en Prusse et en Livonie, en Suède et en Danemark, prêcher l'Évangile, introduire des réformes, recueillir le denier de saint Pierre, réconcilier les princes avec les

INTRODUCTION. xv

peuples. Dans un de ces voyages, il eut roccasion de traiter avec les Novgorodiens. Les citoyens de cette cité marchande, en fréquents démêlés avec les chevaliers Teutoniques, venaient de conclure une trêve avec eux, lorsqu'ils apprirent l'arrivée de Guillaume à Riga. Aussitôt ils lui soumirent les actes de leur transaction, et le légat y ajouta la sanction pontificale.

La lettre d'Honorius III, écrite dans cette occurrence, en 1227, porte à croire que les Novgorodiens ne furent pas les seuls à tenter des démarches auprès de Guillaume, et que ces démarches ne se bornaient pas exclusivement aux intérêts temporels. En effet, non seulement le message est adressé à tous « les rois de Russie » , mais le Pape les met encore en demeure de confirmer les bruits parvenus jusqu'à lui, en déclarant s'ils désirent réellement se faire instruire dans la foi et recevoir un légat. Cet appel prématuré semble n'avoir pas été entendu; au moins est-il resté sans réponse.

Le moine franciscain qui parcourut l'ouest de la Russie laissa plus de traces de son passage que l'évêque de Modène. Disciple du grand illuminé de l'Alverne, Fra Giovanni de Piano Garpino cachait sous des dehors grossiers une âme ardente et intrépide. Chargé de prêcher la croisade contre les Tatars, après la catastrophe de Liegnitz, il fut, en 1245, envoyé par Innocent IV auprès du khan des Mongols, avec une mission pacifique. Ce voyage ne pouvait se faire qu'à travers la Pologne et la Russie. C'est à Cracovie que Fra Giovanni rencontra le premier prince russe, et, le prenant pour guide, ik se rendirent ensemble à Galitch. La bure du moine italien n'y offusqua personne,, et son initiative hardie fut couronnée de succès. En pleine assemblée du clergé indigène, il proposa l'union avec Rome, exhibant à l'appui de sa parole des lettres pontifi

Page 1