‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 11 sur 51 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

cales. Rendus peut-être moins hostiles par suite du voisinage de la Pologne, ou plus traitables à cause du danger commun y les habitants de Galitch accueillirent avec empressement ces paroles conciliatrices,- et, s*ils ne prirent pour lors aucune décision , ce fut à cause de Tabsence de leur souverain, Daniel Bomanovitch, qui était parti pour la Horde d'or. L'affaire resta pendante et fut remise à la prochaine entrevue.

Lorsqu'il eut rejoint les Tatars dans leurs steppes au fuyant horizon, Fra Giovanni s*y acquitta de sa mission auprès du Khan, sans pour cela oublier les Russes. Il put constater la tradition récente de Tinëbranlable courage montré par Michel de Tchemigov : en face de la mort, dont il était menacé, le kniaz avait refusé d'adorer l'image de Tchingis-Khan, et, plutôt que d'apostasier, il avait préféré sceller sa foi avec son sang. Un autre kniaz de Tchernigov, André, victime d'une fausse accusation, fut massacré par les Mongob, pendant le séjour du Franciscain à la Horde. Enfin, celui-ci assista lui-même aux derniers moments du grand kniaz laroslav de Souzdal, emporté rapidement par un mal si étrange qu'on soupçonna l'empoisonnement. Que s'est-il passé à cette occasion ? Quelles furent les suprêmes confidences du moribond? Fra Giovanni n'en dit rien dans ses mémoires, mais Innocent IV ne craignit pas d'affirmer plus tard à Alexandre Nevski que son père laroslav était mort dans l'union avec l'Église catholique.

Tous ces incidents durent impressionner le vaillant missionnaire et exciter son zèle à l'égard des Russes. Au retour, les Kiéviens le reçurent à bras ouverts, une véritable ovation l'attendait à Galitch. Daniel, avec lequel il s'était croisé en route, ne respirant plus que la haine du Tatar et le désir de la revanche, le retint huit jours dans

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sa capitale. Les questions naguère ébauchées furent reprises. Elles semblaient mûres pour la solution, tant on y mettait d*entrain et de bonne volonté. L'approbation du clergé était déjà acquise aux mesures concertées antérieurement; maintenant prêtres et laïques manifestèrent le désir de se soumettre au Pape et de s'unir à TÉglise romaine. Ces résolutions furent consignées par écrit, et des messagers les portèrent à Rome. Assurément, le kniaz Daniel dut se souvenir alors que son père avait correspondu avec le Pape ; peut-être aura-t-il ressenti un accès d'atavisme, mais la question inéluctable qui se presse est plutôt celle-ci : entraîné par sa nature ardente, acteur et témoin de cette scène, Fra Giovanni, qui, seul, nous en a gardé le souvenir, n'a-t-il pas supprimé des points gênants et prêté à son récit une nuance trop optimiste ? Ce qui est hors de doute, c'est l'existence d'une lacune. En effet, Daniel ne faisait pas seulement de la théologie, mais aussi de la politique, et, s'il montrait des sympathies idéales pour l'union, il n'en comptait que plus sûrement sur des secours pécuniaires ou militaires contre les Tatars. Ce fatal dualisme s'imposait par la crainte d'une invasion mongole. On ne l'ignorait pas à Rome, et Innocent IV songeait à la paix religieuse sans négliger la croisade. Mais, comme il est plus facile de répandre des faveurs peu coûteuses que de réunir des armées, il fit tout d'abord offrir à Daniel le titre royal. En 1253, le kniaz de Galitch accepta la couronne et. attendit les renforts. Ceux-ci tardaient naturellement à venir, et à l'enthousiasme de la première heure succéda la plus profonde indifférence. Trompé dans ses calculs téméraires, l'ambitieux Daniel oublia bien vite que l'égide papale lui avait servi de sauvegarde contre des voisins dangereux, assuré la bienveillance des chevaliers Teutoniques, facilité même quel-

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