XII INTRODUCTION
avaient été jadis transportées de Kherson à ELiev. Les renseignements recueillis par Roger ne sont pas tous également véridiques ; toujours est-il qu'il put constater^ sur les bords du Dnieper, la vénération et le culte du quatrième pape de Rome.
Renchérissant sur la reine Anne de France, Iziaslav,. son frère, n'hésita pas, dans ses revers, à invoquer Tinter^ vention du Pape. Chassé de Kiev à deux reprises, rétabli une première fois par Boleslaw de Pologne, il fut ensuite indignement abandonné par celui-ci. Ses trésors lui furent enlevés, et, selon le mot brutal de la chronique, on lui montra le chemin pour s'en aller. L'empereur Henri IV envoya une ambassade à Kiev afin de terminer le différend à l'amiable. Mais il tardait au prince fîigitif de rentrer dans ses domaines, et, pour accélérer le retour, il députa son fils à Rome, avec mission d'y soumettre l'affaire au Pape. Grégoire VII venait de ceindre la tiare; sa grande âme embrassait l'univers, et, lorsqu'il y avait un tort à redresser, l'innocent pouvait compter sur son appui. Les contemporains ont négligé de raconter ce fait, mais deux lettres de Grégoire VU, datées de l'année 1075, dont l'une à Iziaslav et l'autre à Boleslaw, rachètent, au moins en partie, ce silence. D'abord, au nom de son père, le prince russe offrit à saint Pierre la principauté de Kiev, et la mit ainsi sous la protection du Saint-Siège ; ensuite il exprima ses griefs et ses plaintes. Grégoire VII prit aussitôt en main, avec sa vigueur accoutumée, la cause d'Iziaslav, qui était, à ses yeux, celle de la justice et du droit. Il somma Boleslaw de rendre intégralement tout ce que lui ou les siens avaient ravi au « roi des Russes » , et non content d'agir avec la plume, il envoya des mandataires auprès d'Iziaslav. L'un d'eux était personnellement connu du prince et possédait ses bonnes grâces. Le but
INTRODUCTION. xiii
de la mission fut atteint. Soit par déférence envers Grégoire VII, soit en vue de nouvelles combinaisons, Boleslaw, changeant d*avis, vint au secours d'Iziaslav, qui rentra victorieusement à Kiev.
Tandis que les Russes en appelaient de la sorte à Tautorité pontificale, Téloignement de Byzance pour le Saint- Siège s'accentuait avec une telle force, qu'il devait nécessairement aboutir à la rupture. L'année 1054 fut Tannée fatale. Lorsque les légats romains entrent déposé sur les autels attristés de Sainte-Sophie Tacte qui le privait de la communion des fidèles, le patriarche de Gonstantinople, Michel Gérulaire, crut pouvoir parer le coup en lançant Tanathème contre le pape Léon IX. Ainsi furent violemment brisés les liens hiérarchiques entre les Églises d'Orient et d'Occident, et leur séparation complète date de cet événement. Ce nouveau ferment de discorde exerça une action aussi funeste que puissante. Transplantées sur le terrain religieux, les antipathies nationales tournèrent à la haine. En 1204, l'exaspération mutuelle atteignit son période, lorsque les croisés, au lieu de faire voile vers TËgypte, allèrent s'emparer de Gonstantinople, pour y fonder, au milieu du pillage et des flammes, l'empire éphémère des Latins.
Jamais les Russes n'ont pris une part quelconque, soit aux luttes doctrinales, soit aux luttes politiques des Byzantins, mais, englobés dès le principe dans le patriarcat d'Orient, ils en ont partagé les vicissitudes. Aussi chercherait-on en vain une date précise ou un fait éclatant qui puisse être signalé comme point de départ à la séparation entre les Russes et le centre d'union. Elle s'est faite implicitement, sans secousse, sans motif apparent, en vertu de la soumission hiérarchique au patriarche de Gonstantinople. Lorsque celui-ci rompit totalement avec Rome, tous le$