‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 13 sur 51 · XX . INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX . INTRODUCTION

kniaz Vasili rejeta, au nom de tout son peuple, l'accord projeté avec Rome. Pourtant n'était-ce pas une idée puissante et noble que celle de Tunité ecclésiastique? N'était-elle pas divinement appelée à resserrer les liens mutuels entre les peuples, à favoriser leur progrès pacifique, à maintenir la famille humaine dans la voie de ses destinées? Pour avoir été méconnue à Moscou, elle n'en a pas moins gardé sa vitalité séculaire, et c'est elle qui menace de survivre à la séparation. Dans son principe, l'œuvre d'Isidore est immortelle.

Des prisons russes que lui avait valu sa démarche hardie, Isidore se rendit en Italie, où il passa le reste de ses jours, entouré de la vénération générale et constamment sur la brèche. Venise, Qénes, Milan, Modène, Sienne, et bien plus encore Rome et Mantoue, ont conservé les •traces de son activité. Un lien étroit l'unissait à la famille -Oonzaga, lien d'autant plus cher que le souvenir et l'amour de la patrie l'avaient formé. Le cardinal s'était fait le promoteur d'un mariage entre Zoé Paléologue et le fils aîné •du marquis Lodovico, et, quoique ce projet n'eût pas abouti, la petite cour de Mantoue resta toujours avec Isidore en relations suivies soit directement, soit par des agents diplomatiques. On devine quel précieux appoint doit offrir cette correspondance. Quant aux archives du Vatican, elles nous renseignent sur les différentes étapes de la carrière ecclésiastique du cardinal, ses bénéfices, ses affaires d'intérêt, ses procès et réclamations. C'est grâce au bienveillant concours de Mgr Pietro Wenzel et Dom Gregorio Palmieri, qui s'acquittent de leurs fonctions avec un zèle si éclairé, que toutes ces pièces, enfouies depuis •des siècles, ont pu enfin être relevées.

Le séjour d'Isidore à Rome fut coupé par deux voyages en Orient. Les grandes lignes de la politique pontificale

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dans ces contrées se trahissent d'elles-mêmes : les Papes désiraient avant tout que le concile de Florence ne restât point lettre morte, et le sort de Gonstantinople, menacée par les Turcs, les préoccupait fortement. Isidore en a été Tinterprète autorisé, lorsqu'il a promulgué Thénotikon à Sainte-Sophie, et qu'il a défendu les murs de Byzance contre les Turcs; mais quelles ont été, en particulier, les instructions données au légat? quels obstacles a-t-il dû écarter? quelles circonstances l'ont favorisé? Tous ces détails, qui donnent aux affaires leur physionomie propre, ne seront connus à fond que lorsque les registres des papes Eugène lY, Nicolas Y, Galixte III et Pie II auront été analysés. C'est là un travail qui exigera une dépense considérable de forces, et bien des années passeront peut-être ^vant qu'il soit réalisé.

Cependant, malgré ces lacunes, on peut d'ores et déjà tracer d'une main sûre la silhouette d'Isidore : il n'était ni un sceptique^ ni un indifférent, ni un vulgaire apostat, moins encore un humaniste théosophe, comme d'aucuns le voudraient, ou un disciple dePléthon. La pensée dominante de sa vie a été une pensée de foi, et son dévouement s'est toujours maintenu à la hauteur de sa foi. Nature d'élite, droite et ferme, expansive et ardente, lorsqu'il eut reconnu la tradition des anciens Pères et se fut pénétré de la conception unitaire de l'Église, Isidore les proclama sans défaillance et ne songea plus qu'à leur trouver partout des adhérents, à Moscou comme à Byzance. Telle était la profondeur de ses convictions religieuses qu'il leur subordonnait même ses sentiments patriotiques. C'est à ce point de vue qu'il fiiut se placer pour juger Isidore. Tout se tient alors dans sa vie, tout s'enchaîne, tout s'explique. On y découvre une admirable unité, fondée sur l'amour du vraie

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