‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 14 sur 51 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le souyenir du concile de Florence et de son promulgateur était depuis longtemps effacé au Kremlin, lorsque les relations avec Rome furent reprises dans des conditions exceptionnellenxent curieuses. G*est un malentendu colossal qui s'annonce et qui dure près d'un siècle. Personne n'a encore songé à le débrouiller; à peine s'est-on aperçu qu'il y avait un départ à faire entre le vrai et le faux, l'illusion et la réalité, tant il y a eu d'artifice dans l'invention, et tant les circonstances s'y prêtaient d'elles-mêmes. En effet, vers la fin du quinzième siècle, la Russie était encore à l'écart, que déjà sa position géographique l'appelait à prendre rang en Europe et, victorieuse des Mongols, à se mettre au pas avec les nations plus avaiicées. Du coup, ses armées seraient devenues, à l'instar des armées polonaises et hongroises, un rempart contre les Turcs* L'avantage pour la chrétienté sautait aux yeux. Il y avait bien un petit obstacle à prévoir : des orthodoxes voudraient-ils se battre côte à côte avec des catholiques, fût-ce même contre des musulmans? C'était douteux: .mais ne pouvait-on pas compter sur un rapprochement .religieux, et, roi de Moscou de par le Pape, le grand kniaz ne deviendrait-il pas plus traitable? Toutes ces idées circulaient dans l'air; des hommes de bonne foi et des aventuriers les ont exploitées tour à tour, et il en est .résulté des énigmes diplomatiques.

Le premier initiateur de cette mystification a été un citoyen de Vicence, Gian-Battista Volpe. C'est lui aussi que les circonstances ont le mieux servi. Une pauvre orpheline vivait alors à Rome aux frais du Pape. N'ayant pas de dot, elle était difficile à marier, mais son nom valait plus qu'une fortune. Le grand kniaz de Moscou, Ivan III, se laissa fasciner par la gloire des Paléologues, et Volpe vint à Rome demander^ en son nom, la main de la

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princesse Zoë. Pour mener à bonne fin une affaire si délicate, il fallait la souplesse d*un Italien de la Renaissance. Sans doute, les lambeaux de témoignages qui nous restent ne suffisent pas pour dresser un réquisitoire complet, mais la preuve morale, on le verra, est accablante pour l'intermédiaire. Yolpe faisait miroiter de loin une Russie catholique, un fils de Monomaque aux genoux du Pape, des rapports d'amitié et de soumission. En outre, à Rome et à Venise, il proposait, moyennant quelques sacs d'écus, l'alliance avec les Tatars contre les Turcs. Personne ne voulut lui donner de l'argent, mais le représentant du grand kniaz put mener à l'autel la princesse byzantine, et le Vatican fiit témoin de cette solennité.

Les détails que nous possédons sur ce fait sont en raison inverse de son importance. Phrantzès et Lascaris l'ont à peine mentionné. Maffei est le seul chroniqueur italien qui l'ait esquissé avec quelque soin. Fallait-il que Raynaldi tronquât le texte de Maffei, et Karamzine celui de Raynaldi ! Les écrivains postérieurs, au lieu de remonter jusqu'aux sources, ont préféré s'en remettre au célèbre historiographe de l'empire de Russie. Depuis quatre siècles, la question restait stationnaire, et c'est tout récemment que les archives d'Italie et d'Allemagne nous ont livré leurs secrets. Désormais, cet épisode se présente sous un nouvel aspect, avec ses vraies origines, ses antécédents et ses conséquences. Les acteurs de ce petit drame prennent corps, leurs noms reparaissent; on les voit à l'œuvre, le contrôle devient possible, et, malgré quelques lacunes, l'ensemble du fait n'échappe plus au jugement de la critique. Cette reconstitution tardive d'une page oubliée d'histoire ne s'est faite qu'au prix de longs et persévérants efforts. Nous n'en sommes que plus reconnaissant à M. Morsoliq^ qui nous a fait connaître les trésors de Yicence ; à M. le mar-

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