‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 15 sur 51 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

quis Staglieno et à M. Schlechi, dont les indications nous ont guidé dans les archives de Gènes et celles du Vatican.

Un document encore peu connu de la Bibliothèque synodale de Moscou nous semble appelé à confirmer nos conclusions. Il a été signalé naguère par Gorski et Névostrouëv dans leur Description des manuscrits slaves y mais les historiens, même les mieux renseignés, le passent d'ordinaire sous silence. C'est un message adressé par les Russes du Nord à Sixte lY, «Pape universel, grand soleil, illuminateur du monde » , et contenant une profession de foi franchement catholique. A lire ces pages pleines d'emphase , on dirait que le Kremlin avait depuis longtemps accepté l'union, et qu'il désirait ardemment la conservation de ce Uen. Par malheur, nous n'avons pas sous les yeux le texte complet de cette pièce importante, qui réclame impérieusement les honneurs de l'impression.

L'apparition de la princesse byzantine a fait époque dans sa patrie d'adoption. A cet événement se rattachent la fin du joug tatar , l'expansion au dehors, les crises intérieures, le progrès artistique de Moscou. Les Grecs et les Italiens arrivés avec Sophie Paléologue répandirent autour d'eux leurs idées, ils élargirent les horizons des gouvernants et devinrent les intermédiaires d'office avec l'Europe. Un reflet de la Renaissance illumina le Kremlin; la transformation fut visible, et il est curieux de voir, »ur un fond essentiellement russe, les influences récentes se croiser avec les anciens souvenirs tatars. Le nouvel essor de la vie nationale sous Ivan III, et le programme politique de ce prince avec son absolutisme byzantin, ses aspirations aux grandeurs et à l'hégémonie, mériteraient bien que l'on fît remonter jusqu'à lui la deuxième période de l'histoire de Russie, au lieu delà laisser descendre jusqu'à Pierre I".

Cependant les idées chimériques de Volpe, entretenues

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par des agfenU d*une fidélité douteuse, qui promettaient à Rome des ambassades solennelles et faisaient croire à Funion prochaine des Églises , se propageaient à la sour^ dine non seulement en Italie, mais aussi en Allemagne. Sous le pontificat de Léon X, lorsque Ton sentait si bien la joie de vivre, il y eut à Kœnigsberg une nouvelle éc'osion de ces projets optimistes. Dietrich Schœnberg, conseiller du grand maître de Tordre Teutonique, avait une vague connaissance des agissements de Yolpe, et, à son tour, il se mit à rêver l'entrée dans la ligue contre les Turcs d'une Russie catholique, l'érection à Moscou d'un royaume et d'un patriarcat. A trois reprises, on le vit paraître au Kremlin, s'entourer de mystère, exposer ses combinaisons plus naïves encore qu'ingénieuses. Ce diplomate aventureux a été souvent confondu avec son frère Nicolas, religieux dominicain, qui s'est occupé des mêmes affaires, mais qui n'a jamais traversé la frontière russe, si ce n'est dans l'imagination de quelques écrivains. Le volume LUI du Sborniky publié à Saint-Pétersbourg par la Société impériale d'histoire, sur les rapports de la Russie avec l'ordre Teutonique, a dissipé quelque peu les ténèbres accumulées autour de cet incident, mais la lumière complète ne s'est faite qu'à la suite de la publication de M. Joachim. Dans ses trois volumes sur la politique du dernier Hochmeister in Preussen, il a non seulement reproduit des documents de valeur, mais il en a donné aussi une étude critique faite avec beaucoup de soin. Dorénavant on ne pourra plus traiter cette matière sans consulter son livre.

Un rôle analogue à celui de Dietrich Schœnberg, quoique dans des conditions différentes, a été joué sous Léon X et Clément VII par Paoletto Centurione. C'est à tort qu'il passe en Russie pour un capitaine et un messager officiel

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du Pape. Loin d'exercer des fonctions militaires, le bâtard génois n'a jamais été autre chose que marchand d'épices. Ceci ne Tempéchaitpas de connaître à fond la cosmographie et de risquer même des découvertes dans Tart nautique. Ses deux voyages en Moscovie avaient un but essentiellement mercantile : il s'agissait de trouver une nouvelle route des Indes pour faire pièce aux Portugais et tuer leur trafic. Mais les entreprises de ce genre ne pouvaient réussir parmi les Russes; ils avaient encore trop de méfiance envers les étrangers, et Genturionene put ni explorer le cours des fleuves ou la situation des m ers, ni organiser des compagnies de commerce. C'est alors qu'il se replia sur la théologie et l'union des Églises. Grâce à la présence de quelques étrangers, il y eut des polémiques animées : les uns défendaient les doctrines romaines, les autres les battaient en brèche. De bons esprits furent gagnés à la cause de Centurione. On lui fit même des confidences si importantes qu'il croyait ne pouvoir les communiquer que personnellement au Pape ; tout au plus consentait-il à en souffler un mot au roi de Danemark. Quelle que soit la pointe d'exagération qui se révèle dans ces procédés, il n'en est pas moins piquant de constater à Moscou, au seizième siècle, les succès d'une propagande catholique.

D'autres conséquences se rattachent encore aux rapides excursions de Centurione. Il a renoué les rapports avec le Saint-Siège , et même réveillé l'intérêt scientifique pour Moscou. Quoiqu'il ne fût chargé d'aucune mission, il avait cependant remis des lettres pontificales à Yasili III, et le grand ^kniaz jugea bon de lui adjoindre, au départ, un de ses agents du nom de Guérasimov. Arrivés à Rome, tous deux, le diplomate russe et le marchand italien, eurent de fréquentes entrevues avec Paolo Giovio, et c'est en s'inspirant de leurs conversations quejrévêque de Nocera

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écrivit son e&quisse, peu connue en Russie, sur Vasili III, et son mémoire sur la Moscovie, dont la notoriété est bien plus grande, mais qui n*a jamais encore subi Tépreuve de la critique. En y regardant de près, on verrait peut-être que c'est Genturione plutôt que Giovio qui en est Fauteur.

A son tour, Guérasimov ne repartit pas tout seul; il était accompagné de Tévèque de Skara. Cet ancien Franciscain, voyageur infatigable, qui ne devait rentrer en Italie que pour y trouver une fin tragique, s'en allait pour lors à Moscou avec des paroles de paix à soumettre au roi de Pologne et au grand kniaz Vasili. Très restreint est le nombre de pièces qui se rapportent à cette ambassade. Elles suffisent cependant pour constater Tintervention diplomatique de Tévéque de Skara entre les deux souverains slaves. Grâce à lui, sous les auspices du Pape et de l'Empereur, les belligérants conclurent une trêve. Le fait ne manque pas d'importance, et mérite d'autant plus l'attention de la postérité que les contemporains, étourdis par le sac de Rome et l'exil de Clément VII à Orvieto , l'ont laissé passer inaperçu. Durant cette période troublée, les relations avec Moscou s'interrompirent pour une longue série d'années.

L'aurait-on jamais soupçonné? mais c'est Giovio qui a contribué puissamment à les rétablir , en suscitant des émules de Volpe et de Dietrich Scbœnberg. Lecteur assidu des commentaires du prélat comasque, Hans Schlitte reprit, pour son propre compte , les projets attribués naguère à Vasili III, et, envoyé par Ivan IV en Allemagne pour y faire une levée d'artisans, il posa hardiment deux autres questions autrement graves : l'union des Églises et le couronnement du Tsar par le Pape. Elles eurent un retentissement merveilleux: l'Europe entière, s'ébranla , Charles-Quint lança des messages , le Saint-Siège prêta

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