‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 16 sur 51 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

Foreille, le roi de Pologne &*ëmut. En dernière analyse^ Papes et rois furent affreusement mystifiés.

Cet épisode mouvementé a été étudié à des points de vue diamétralement opposés à Vienne et à Cracovie. Convaincu des loyales intentions du Tsar et de la sincérité de son agent, M. Fiedler rend les Polonais responsables de Tavortementde la paix religieuse. Par contre, aux yeux de M. Zakrzewski, Schlitte n'est qu'un aventurier intelligent, moins soucieux d'apostolat que de lucre. Désormais, le doute n'est plus possible : les documents de Lûbeck, signalés par M. Forsten, ceux de Copenhague et de Kœnigsberg, soumis à un nouvel examen, confirment en tous points l'hypothèse d'une mission élargie à l'insu d'Ivan, dans un but intéressé et d'une manière arbitraire. C'est en pleine connaissance de cause que Schlitte a ourdi ses intrigues et qu'il a foit de ses dupes ses victimes.

A partir de 1561, les rapports avec Ivan le Terrible, sans être encore immédiats, prennent cependant un caractère plus sérieux. Pendant près de vingt années consécutives, les Papes s'efforcèrent de parvenir jusqu'au Tsar, tantôt pour l'inviter au concile de Trente ou lui en faire présenter les décrets, tantôt pour conclure avec lui une alliance contre les Turcs et cimenter l'union religieuse sur la base du concile de Florence. Mais c'est en vain que Pie IV, Pie V, Grégoire XIII, essayèrent jusqu'à six fois d'envoyer leurs agents au Kremlin, jamais ceux-ci ne réussirent à y pénétrer; non pas qu'Ivan les eût repoussés, — il ne se doutait même pas des ambassades qu'on lui destinait, — mais c'est Sigismond- Auguste, c'est Maximilien II, c'est Bathory lui-même, qui opposent tour à tour des obstacles insurmontables au passage des envoyés pontificaux.

M. Zakrzewski a analysé ces projets de mission dans son

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excellent travail sur les rapports du Saint-Sièg[e avec Ivan le Terrible. Une lumière inattendue en jaillit sur la politique de Tépoque, et Ton apprend à en connaître les plus intimes replis. Des éléments nouveaux, provenant du Vatican, nous ont permis de compléter ce tableau et de résoudre sans appel quelques questions auparavant douteuses. Ainsi, Ton ignorait jusqu'ici les instructions de Pie lY à Tévéque de Stagno, celles de Pie Y à Portico, le dossier du nonce de Pologne sur Ivan lY, sa correspondance avec les intéressés. L'on se perdait en hypothèses pour expliquer Tarrêt soudain de Rodolphe Glenke au moment du départ pour Moscou. Les uns l'attribuaient à la mort de l'Empereur survenue vers cette époque, les autres à la mort de Glenke, qui a vécu cependant jusqu'en 1578. Une note officielle conservée au Yatican tranche définitivement la question : c'est Maximilien II qui s'est opposé à l'envoi du messager papal. Enfin le dernier projet de mission, d'autant plus important qu'il se rapporte au règne brillant de Bathory, a jusqu'ici échappé entièrement à l'histoire. Ni Tourguénev, ni Theiner, d'ailleurs peu soucieux des lacunes dans leurs collections, n'ont connu les instructions du cardinal de Côme à Galigari, nonce de Pologne, et les dépêches chiffrées de celui-ci. Témoins incorruptibles, ces correspondances nous révèlent les origines, les détails et l'issue du projet de 1579 : la mission n'eut pas lieu; pour lors Bathory resta fidèle aux traditions de Sigismond-Âuguste, sauf à if^augurer plus tard, de concert avec Possevino, une politique plus savante et plus large.

Ici, un regard jeté en arrière nous découvrira une vue d'ensemble sur les motifs étranges ou sérieux qui ont éloigné l'une de l'autre deux grandes puissances. D'abord, à partir du concile de Florence jusqu'à la réouverture de celui de Trente, les rapports mutuels n'ont jamais

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