GIRALDI, BONIFACIO. 8T
envoyé par Grégoire XIII auprès d'Ivan IV, s'arrêta pour quelques jours à Venise • Laissons la parole au célèbre Jésuite : « Ainsi encore, écrit-il au cardinal de Côme, un certain Giovanni Geraldi (ne), surnommé Marinella, qui, tout Vénitien qu'il est, sait les langues allemande et polonaise, est venu me trouver et me raconter que, du temps de Pie IV, il a été envoyé à Moscou par le cardinal daMuIa, sur Tordre de Sa Sainteté ; mais que ni les Polonais ni le roi Sigismond ne voulurent d'aucune manière lui accorder le passage, de crainte peut-être que le Siège apostolique ne mit ainsi quelque frein à la Pologne. Il revint alors sur ses pas pour prendre le chemin de la Livonie, mais ne pouvant pénétrer plus avant à cause de différents obstacles, il fut obligé de rentrer en Italie, ainsi qu'il était arrivé au sieur Alessandro (stCy au lieu de Giovanni) Ganobio qui, dans le même but , avait été envoyé autrefois dans ces régions '. »
Telle est en résumé l'histoire de la mission de Giraldi. Quant aux détails, la correspondance diplomatique de Tépoque n'en a conservé que des lambeaux. Bien que ses instructions remontent à l'année 1561, le nom de Giraldi ne se retrouve qu'en 1564 sous la plume du nonce de Pologne, Gommendone. A sa grande surprise, il apprend un jour qu'on a intercepté un pli avec des dépêches chiffrées, et un bref du Pape à Ivan IV. Giraldi, porteur de ces messages, emprisonné d'abord, puis relâché, prétend que toute la correspondance est entre les mains du Roi, et refuse de s'expliquer ultérieurement. Sigismond paraît profondément blessé; les partisans des nouvelles idées exploitent l'incident; Gommendone lui-même est mystifié, et, dans sa dépêche du 3 janvier 1564, il insinue au
* Bathory et Possevino, p. 53.
cardinal Borromeo le désir d'être mis au courant de Taffaire. La réponse, qui devait contenir de précieuses révélations, ne nous est pas parvenue. Trois mois après, le 5 avril, le nonce revient sur le même sujet pour confirmer les renseignements déjà donnés. C'est à Tarchevéque de Gnesen, Uchanski, que le Roi fait ses confidences. Commendone se sert du même intermédiaire pour affirmer de nouveau la sincérité du Pape, et il ajoute dans sa dépêche : a Quant à moi, je ne vois pas grand mal à ce que le Roi se persuade que le Siège apostolique pourrait un jour entrer en négociations avec Moscou, et peut-être celte affaire ne serait-elle pas à négliger complètement ' . » Le nonce avait des raisons pour tenir ce langage : le scan* dale du divorce royal était à craindre ; les plus dangereux sectaires se multipliaient impunément; afin de réagir efficacement, un point d'appui hors de la Pologne n'eût pas été inopportun.
A partir de cette époque , la correspondance de Commendone est muette sur le projet de mission moscovite, ce qui permet de supposer qu'il n'y eut pas de conséquences fâcheuses. Du reste, avec la dissolution, en 1563, du concile de Trente, l'objet principal des négociations avait disparu de lui-même. Quant à Giraldi, la malchance le poursuit. La même année 1564, après avoir échappé aux prisons de Pologne, il se laisse encore prendre à Venise. Dans l'intervalle entre ces deux aventures, il semble avoir été à Rome et reçu de nouvelles instructions de Mula. Cette seule circonstance le rendait suspect à la Seigneurie ; les soupçons s'accrurent, lorsqu'on le trouva muni d'un bref pontifical et d'une note rédigée par le cardinal vénitien. Les sénateurs remirent au nonce la pièce romaine,
' TouncuÉixv, t. I, p. 199, 202. . *