‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 29 sur 51 · GIRALDI, BONIFACIO · texte numérisé non relu

GIRALDI, BONIFACIO

en protestant d'avoir respecté le sceau du secret, mais la note devint entre leurs mains un terrible grief; Une enquête fut ordonnée ; on parla de poison et de poignards dirigés contre le patriarche d'Aquilée, Giovanni Grimani, d*une conjuration ourdie par Mula. Malgré ces bruits compromettants, Giraldi sortit sain et situf des mains de la justice. Nous le retrouvons à Venise en 1580, honoré de la confiance du sénat et traduisant des messages russes ' . L'année suivante, il fait à Possevino le récit mentionné plus haut, après quoi son nom s'éclipse de Thistoire.

Cependant, n'ayant pas réussi à inviter le Tsar au concile de Trente, Pie IV voulait qu'il fût, du moins, mis au courant des décrets promulgués par les Pères. Un excellent messager s'offrait pour les lui porter. Dès Tannée 1561 , fra Bonifacio, originaire de Raguse, versé dans les langues, ancien élève de l'Université de Paris et Franciscain de Terre Sainte, avait demandé et obtenu les facultés nécessaires pour exercer les saints ministères en Hongrie, Transylvanie, Pologne et Moscovie. Nommé en 1564 évoque de Stagno en Dalmatie, il n'avait rien perdu de son ardeur apostolique. C'est lui, après qu'il eut assisté au concile de Trente, que Pie IV chargea d'en porter le volume à Moscou et de sonder Ivan au sujet de la ligue. Le bref adressé au Tsar est daté du 10 juillet 1565. Après avoir rappelé brièvement que la guerre avait arrêté Canobio en route, que la mission secrète de Giraldi avait aussi échoué, le Pape recommande avec instance l'évéque de Stagno et prodigue les formules ordinaires d'étiquette. Quelle a été l'issue de ces efforts ? Le représentant pontifical a-t-il pu exécuter les ordres de son maître? Dans les correspondances diplomatiques il n'en reste pas de traces, et il parait

1 Arcliives de Venise, Cons. X, Secr,^ t. VIII, f. 12. -^Batkory et Possevino, p. 32.

Ul PB0JET8 DE MI8SI05S PONTIFICALES A MOSCOU.

plus probable qnon n'est pas allé ao delà des jMeux désirs. Ce qui est curieux i relever, c'est ropinion farorable de Pie IV par rapport au tsar Iran. Il le croyait enflammé d*un zèle ardent et pur pour la foi et tout à fait irréconciliable avec les hérétiques ^ Les mêmes illusions engagèrent Pie y i hasarder une nouvelle tentative.

Les trois missions précédentes se rattachaient principalement au concile de Trente ; on réservait toutes les autres questions pour ces grandes assises de la dirétienté. En 1570, nous rentrons dans Tordre d'idées, pour ainsi dire, traditionnel à Fendroit de Moscou. Les projets de Léon X, d'Adrien YI, de Clément VII reparaissent à nouveau et presque sous les mêmes formes.

Pie V était l'homme providentiel qui devait, le premier, ébranler la puissance menaçante des Osmanlis. Élevë dans la suite au rang des saints canonisés, il a été, durant sa vie, le type du moine couronné de la tiare pontificale. La jeunesse de Michel Gbislieri se passa dans la solitude du cloître, où l'austère discipline et de sérieuses études donnèrent à son caractère une trempe virile et à ses idées une teinte profonde d'ascétisme. Les ministères qu'il eut ensuite à exercer, soit comme religieux dominicain, soit comme cardinal, et qui le mettaient souvent en contact avec les hérétiques au tribunal de l'Inquisition, ne firent

* Farlati, t. VI, p. 353. — Arcliivet du Vatican, Arm. XLII, t. XV, f. 388, t. XXIII, f. 23. Ces deux manuscrits sont dans un tel état d« vctuité qu'ils ne sont plus livrés au public.

que développer les deux traits saillants de sa remarquable personnalité. La même empreinte se retrouve encore chez le pontife. D'une piété angélique au pied des autels, il ne recule pas devant les rigueurs nécessaires au maintien de la discipline et à la sauvegarde de la foi; aux progrès croissants de Tislamisme, il oppose une ardeur guerrière et presque juvénile, qui étonne dans un vieillard couronné de cheveux blancs, brisé par d'atroces souffrances.

Les flammes qui avaient consumé Farsenal de Venise étaient à peine éteintes, et la reine de l'Adriatique se remettait lentement de ce désastre; en Espagne, les Maures de Grenade exerçaient encore de sanglantes représailles contre leurs maîtres, lorsque des bruits de guerre et d'invasion se répandirent dans le monde chrétien, qu'effrayait encore l'ombre de Suleyman. Ce fameux capitaine avait reculé les frontières de son empire à l'est jusqu'à la forteresse de Van, à l'ouest jusqu'à Belgrade et Gran; au midi, il avait rattaché à la Porte les États barbaresques. Ses talents militaires lui survivaient encore dans la personne du grand vizir Mohammed SokoUi, originaire de Bosnie, qu'il avait légué à son fils. Le sultan Sélim II lui-même n'était pas si adonné aux plaisirs énervants du harem qu'il n'eût des éclairs de courage et des velléités de conquête. C'était surtout l'Ile de Chypre avec son ciel d'azur, sa luxuriante végétation, ses vins délicats, son huile et son miel, ses mines d'alun, de sel, de cuivre, ses pierres dures et précieuses, qui formait depuis longtemps l'objet de ses convoitises. Elles avaient été éveillées, paraît-il, par un Juif portugais, Joseph Nazi, déjà élevé au rang • de duc de Naxos sans que sa folle ambition fût encore satisfaite. Il prodiguait au Sultan les ducats de Venise et même, en dépit du Coran, les meilleurs vins de Chypre,

avec des paroles flatteuses, des projets séduisants, se promettant tout bas de se tailler un royaume dans la conquête ottomane.

Sélim se laissa convaincre. Déjà il avait pacifié la Hongrie et comprimé la révolte dans TYémen. Lorsqu'il apprit que les flammes ravageaient Venise et que le sang coulait en Espagne, il crut le moment opportun pour la guerre et fit valoir ses futiles réclamations au sujet de Chypre. La république de Saint-Marc, maîtresse de Tile depuis 1489, n'eut pas de peine à en faire justice. Mais rheure n'était plus aux pourparlers; les voies de fait succédèrent aux menaces : le 13 janvier 1570, le baile de Gonstantinople, Marc-Antonio Barbaro, est arrêté, les navires vénitiens, mouillés dans les ports turcs, sont mis en séquestre; les fameux corsaires levantins paraissent dans la Méditerranée et les brigands sur les frontières de la Dalmatie. Désormais le dout^ n'était plus possible, les Turcs déclaraient la guerre à la Seigneurie.

Cet événement jeta partout l'épouvante et l'effroi. Le siège de Malte, avec ses cruelles représailles, vivait encore dans tous les souvenirs, et voici que le Croissant se montrait de nouveau à l'horizon. Le danger était commun, et personne ne pouvait prévoir les conséquences d'une guerre malheureuse, ni fixer des limites aux conquêtes d'un ennemi qui avait juré la destruction du christianisme. Il fallait donc organiser promptement la défense; l'initiative en revenait au chef suprême de la chrétienté, car ce n'était pas une simple lutte de nation à nation qui s'engageait : le Croissant se dressait contre la Croix, et Mahomet disputait à Jésus-Christ l'empire du monde. Pie V ne faillit pas à sa mission. La pensée d'une ligue universelle contre les Turcs le préoccupait depuis longtemps, et, dès les premiers jours de son pontificat, il en

avait fait le point de départ de ses combinaisons politiques. A l'approche du danger, il redoubla d'activité, cherchant des alliés, armant des galères à ses frais, faisant appel à tous les dévouements. Nous ne suivrons pas le pontife dans ses multiples négociations avec la plupart des princes d'Occident, voire avec quelques souverains orientaux, dans le but de rallier les uns et les autres sous le même drapeau contre les Osmanlis. Il s'agit, dans Tespèce, des rapports de Pie Y avec Moscou, dont les origines remontent i la même source, c'est-à-dire au projet de guerre contre les Turcs.

Dans le rapprochement, sur ce terrain, du Pape avec le Tsar, il n'y a rien qui doive étonner. Le danger était si pressant et la cause d'un intérêt si général, qu'en dehors du monde ottoman on pouvait chercher partout des points de contact, avec l'espoir légitime d'en trouver. Par une étrange coïncidence, Venise prenait le même chemin à la même époque. Sur la foi de l'émigré hellénique Malaxes, le Conseil des Dix se flattait d'organiser un soulèvement dans la Morée; le patriarche de Gonstantinople devait être initié à ces menées secrètes. Pour parvenir jusqu'à lui, le nonce de Pologne fut prié, à titre d'ancien ami, de lui envoyer les dépêches vénitiennes par l'entremise du a roi de Moscou » , que l'on engageait aussi à prendre les armes contre les Turcs. Cette correspondance n'arriva jamais à sa destination. On avait d'ailleurs, à Rome, une idée très favorable des Moscovites et de leur souverain. Les négociations de 1550-1551 légitimaient de belles espérances; à deux reprises, des mandataires pontificaux avaient ensuite essayé de pénétrer jusqu'au Kremlin, mais chaque fois le roi de Pologne avait suscité des obstacles insurmontables. Ainsi rien n'avait modifié l'impression produite par les avances de

Steinberg, bien qu'on ne sût pas au Juste, Pie V Favouera tout à Theure, à quoi s'en tenir ni sur Tauthenticité de Tambassade, ni sur la valeur des propositions russes. Les plus récentes relations officielles ne dissipaient guère ces illusions. Le nonce de Pologne, Giulio Ruggieri, de retour à Rome en 1568, écrivait dans son rapport que le Tsar, hostile aux luthériens, accepterait peut-être avec moins de répugnance Tunion avec le Saint*Siège, si Ton parvenait à lui en exposer les principes. Quant à la poli* tique, Ruggieri ne cachait pas au Pape Tanimosité qui régnait entre les Polonais et les Moscovites; une paix solide et durable lui paraissait impossible; tout au plus pouvait-on espérer une trêve de quelques années ^

Ces circonstances dans leur ensemble frappèrent l'esprit éminemment pratique de Pie Y; elles indiquaient le but à atteindre et la marche à suivre. Aussi le nouveau nonce, Vincent del Portico, fut-il chargé de réconcilier Ivan IV avec Sigismond-Auguste, le Pape devant accréditer, au besoin, un ambassadeur à Moscou pour activer Tentente cordiale en vue d'une alliance contre les Turcs. Bientôt la guerre de Chypre vint donner à ce projet une poignante actualité, et au Pape Toccasion d'en faire l'ob^ jet non plus d'un avis quelconque, mais d'une négociation diplomatique.

De nouvelles et plus pressantes instructions furent envoyées au nonce de Pologne, intermédiaire d'office pour les affaires moscovites. L'âme de Pie V s'y reflète tout entière avec sa candeur, son énergie et son zèle. Le Pape désire, si c'est possible, que Portico se rende luimême à Moscou, qu'il expose franchement au Tsar l'état des choses : les ambassades d'Ivan, sous le pontificat de

1 RoMAKiR, t. VI, p. 287. — Lamanskt, p. 077 à 082. — ArchÎTet de Venise, Lett. di amb, in PoL<, n^ 18. — Relacye nunc, 1. 1, p. 203, 208.

Paul III et de Jules III, ont laissé i Borne le meilleur souvenir; les négociations ayant été brusquement interrompues, le Pontife désire savoir si les ambassadeurs étaient dûment autorisés et si le souverain persiste dans les mêmes sentiments. Successeur de saint Pierre, désireux du salut des àmes^ il est prêt, de son côté, à envoyer des évéques et des prédicateurs à Moscou. Par mesure de prudence, le nonce est averti de ne parler de religion qu'en termes vagues, sans aborder la controverse, à moins que le Tsar lui-même ne manifeste des doutes sur la primauté romaine, le purgatoire, la procession du Saint-Esprit, la vision immédiate de Dieu après la mort : on supposait Ivan beaucoup plus subtil théologien qu'il ne Tétait en effet. Par contre, il fallait exposer en détail le projet de ligue contre le Grand Turc, réveiller l'espoir d'arracher la Terre Sainte à « ce chien et cruel tyran » , rappeler l'alliance ébauchée entre Rome, Venise et l'Espagne, engager le Tsar à attaquer les Osmanlis l'année suivante, de concert avec l'Empereur et le roi de Pologne, favorisant ainsi, par une puissante diversion en Hongrie, les opérations des flottes chrétiennes dans la Méditerra*^ née. Le post-scriptum portait en chiffres : « D'après ce que Sa Sainteté a entendu, le Moscovite a exprimé le désir d'obtenir les grâces et privilèges suivants : le titre royal, des prêtres pour instruire ses peuples dans les rites romains, des artistes et quelques autres choses encore; si tout cela est vrai. Son Altesse pourra bien se le rappeler. » Une lettre à Ivan accompagnait les instructions : les mêmes idées y reviennent sous une autre forme et dans Tordre inverse, la guerre figure au premier plan '* Les

> Archives du Vatican, Polit., t. XXXIII, f. 33. — Home et Moscou, p. 140, n» 5. — Thbinbr, Vet. mon, PoL, t. II, p. 748. Il ne reite, que je sache, aucun vestige d'ambassade du temps de Paul III*

incertitudes du Pape sont comme un écho lointain de& doutes provoqués jadis par l'ambassade de Steinberg. Pour convaincre Ivan, mieux eût valu lui parler de Tinfatigable Sokolii qui, renonçant à percer Tisthme de Suez, s'était rabattu, Tannée précédente, sur la jonction du Don avec la Volga, opération stratégique des plus redoutables pour Moscou.

En recevant les dépêches pontificales, le nonce de Polo* gne dut être frappé d'étonnement , pour ne pas dire de stupeur. Mieux renseigné sur les affaires de Moscou qu^on ne pouvait Tètre en Italie, il ne se dissimulait probablement pas qu'il y avait des abîmes entre les hypothèses romaines et la réalité. Si jamais auparavant le Tsar n'avait ressenti le vif désir qu'on lui prétait gratuitement de s'unir à TÉglise romaine, en 1570 il était moins encore dans les dispositions requises pour une démarche de ce genre. Loin d'être un phénomène transitoire, l'étrange transformation de 15GI avait passé à l'état de mal chronique et persistant. Oubliant qu'il avait juré d'être le père de son peuple, le vainqueur de Kazan et d'Astrakhan était devenu le type achevédu tyran, maisdu tyran taillé à l'antique, quin'a plus rhorreur du sang et qui se complaît dans les instincts sauva» ges. Les historiens russes ont en vain essayé de tracer le portraitde ce monstre; il eût défié leburinde Shakespeare. Doué d'une constitution robuste, Ivan se livrait impunément aux plus coupables excès, étouffant ses remords dans u*^e dévo* tion hypocrite, et ce bizarre accouplement de piété et d'infamies, d'oraisons et de crimes, jette une lueur à la fois rebutante et sinistre sur cette époque désastreuse. En 1564, un singulier expédient fut mis en œuvre pour revêtir des formes de la légalité les abus du pouvoir. Au commencement de l'hiver, le Tsar quitta brusquement Moscou , emmenant avec lui sa famille ainsi qu'une partie de ses

trésors, et il fit déclarer publiquement qu'il n'était plus en ëtat de gouverner le pays : les boïars sont des traîtres qui rançonnent les provinces et mettent la patrie aux enchères ; veut-on sévir, le clergé intervient en faveur des coupables ; pour échapper à cette alternative, Texilé volontaire s'en va « où Dieu lui montrera le chemin w . A cette nouvelle inattendue, Moscou fut glacée d'épouvante. Ce n'était pas que le farouche despote laissât des regrets après lui, mais il y avait à craindre, en pleine hostilité avec la Pologne, l'oligarchie des boïars, et, tyran pour tyran, mieux valait en avoir un seul que plusieurs. L'élite de la capitale, clergé en tête, se rendit à la Sloboda Alexandrovskaïa ', où Ivan s'était réfugié, et le supplia de reprendre les rênes du gouvernement. Le Tsar, se laissant toucher, par les prières et les larmes, retira son abdication éphémère, à condition qu'il pourrait dorénavant châtier â son gré les coupables, confisquer leurs biens, livrer leurs têtes au bourreau, sans que personne eût le droit de réclamer. Ge$ paroles insidieuses étaient grosses de massacres pour un prochain avenir. Un sombre projet hantait le cerveau du Tsar, et son cœur était suffisamment abruti pour le mettre à exécution. Les descendants des princes apanages se souvenaient de leurs anciens privilèges, les boïars invoquaient hardiment leurs droits héréditaires : c'était autant de bornes imposées au pouvoir souverain que déjà Ivan III avait commencé à élargir. Son petit-fils n'entendait pas revenir en arrière, et les soupçons qu'il avait conçus, la crainte d'être trahi, la défection de quelques dignitaires, le portaient à noyer dans le sang toutes les résistances réelles ou supposées à ses volontés. Ainsi s'établissait officiellement le régime autocratique, dont Pierre T' fera plus tard, en

' Aujoard'hai Alexandrovtk, dans le gouvernement de Vladimir.

le développant, un vaste et puissant organisme et qui a traversé de nos jours des crises périlleuses. En s'engageant dans cette voie, les boYars, le clergé, les élus de la nation, brisèrent soudainement avec un passé séculaire ; bientôt ils eurent à s'en repentir.

Investi de ses nouveaux pouvoirs, Ivan revint à Moscou, le 2 février 1565, et se hâta de faire passer dans les faits les concessions obtenues à la Sloboda. G^est alors que parut la tristement fameuse opritchnina : le pays fut divisé en deux parties inégales; la plus grande, appelée zemstchina, fut confiée au gouvernement des boYars sous la haute surveillance d'Ivan ; le Tsar se réservait personnellement la partie plus petite , composée de quelques quartiers de Moscou, d'un nombre restreint de villes secondaires : c'était V opritchnina. Tous les suspects en furent chassés avec femmes et enfants au plus fort de Thiver; on leur promit ailleurs des terres équivalentes à celles qu'ils étaient sommés d'abandonner. Trois cents hommes des plus sanguinaires, rompus à tous les vices, résignés aux turpitudes, furent choisis entre les opritchniki pour composer l'entourage du Tsar. Les satellites se montrèrent dignes du mai tre : ils devinrent ses compagnons de débauche et ses exécuteurs des hautes œuvres.

Le sombre et mélancolique palais de la Sloboda, non loin de la capitale, était la résidence ordinaire du chef de l'opritchnina et de ses principaux membres. Là s'offrait aux regards des Moscovites un singulier spectacle : sous l'égide de la majesté souveraine, les dehors de la vie monastique abritaient des horreurs. Ivan formait avec les siens une bratia ou communauté religieuse, dont il était lui-même l'hégoumène. Vêtus de la bure monacale, on les voyait, de jour et de nuit ,^ se rendre à l'église pour y chanter gravement les longs offices du rite oriental ; le

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Tsar sonnait les cloches, dirigeait les chantres, multipliait les prostrations au pied des images ; à certaines heures, ils se réunissaient tous à la -table commune, où régnait un lugubre silence, interrompu seulement par la lecture des vies de saints . Si ces moines improvisés subissaient sans murmure cette 4X>ntrainte, c'est qu'ils comptaient sur la revanche : le reste du temps se passait en exécrables orgies, auxquelles succédaient Tapplication de la torture aux inculpés et, le plus souvent, leur exécution avec tous les raffinements d'une cruauté sauvage. La soif du sang tourmentait le Tsar : les délateurs ne suffisaient pas pour découvrir des coupables, les bourreaux se fatiguaient à égorger des victimes, mais rien ne touchait le cœur désormais endurci du sanguinaire hégoumène; il ordonnait des prières pour les innocents massacrés sous ses yeux, et reprenait les tortures.

L'année 1570 est restée surtout mémorable dans les fastes de l'opritchnina. Â cette époque se rapportent les scènes lamentables de Novgorod. Cette cité, naguère florissante, fut faussement accusée de tramer un complot avec les Polonais; aussitôt sa perte et sa ruine furent décidées. Ivan se met en campagne contre elle, la terreur précède sa bande infâme d'opritchniki ; à l'arçon de leurs selles flottent suspendus des tètes de chien et des balais, armes parlantes, car ces étranges chevaliers doivent mordre les coupables et balayer les traîtres ; de sanglantes étapes marquent leur chemin; ils ne laissent derrière eux, à Tver surtout, qu'un pays dévasté. En proie à d'indicibles angoisses , Novgorod reçoit cependant son souverain avec tous les signes extérieurs du dévouement et de la soumission. Hommage inutile ! elle n'échappera pas à son triste sort. On y érige un simulacre de tribunal, qui condamne sans appel et juge sommairement. Cette procédure parait encore

Zn PROJETS DE MISSIONS PONTIFICALES A MOSCOU.

trop compliquée : le plus souvent les arrêts de mort sont lancés avec un arbitraire révoltant ; des groupes d'individus, parfois des familles entières sont précipités dans le Volkhov, dont les flots saturés de sang repoussent les victimes. Cette dernière chance de salut est encore enlevée aux infortunés Novgorodiens : les opritcbniki circulent en bateaux et achèvent avec le fer les moribonds qui surnagent. L'affreuse hécatombe dure cinq longues semaines, après quoi la ville est livrée au pillage. Plus de dix mille hommes, dit-on, y périrent dans divers genres de supplices. Quant au Tsar avec sa bande , après avoir assouvi leur fureur , ils reprirent , chargés de butin , le chemin de la Sloboda.

Tel était Thomme auquel Portico devait porter, de la part du Pape, des paroles de conciliation religieuse et des propositions d'alliance antiottomane : mission d'autant plus ingrate qu'au lieu de lancer ses armées contre les Turcs, Ivan préférait négocier paisiblement avec eux. A la suite des incursions hostiles occasionnées par les projets stratégiques de Sokolli, Novosiltsov était envoyé, en 1570, à Gonstantinople, porter plainte au Sultan et déclarer que le Tsar n'est pas ennemi de Tlslam. Ivan lui-même écrivait à Sélim que les musulmans jouissaient à Moscou d'une parfaite liberté et proposait de maintenir les bons rapports établis par Bayezid.

En présence de ces difficultés, avec des instructions si peu conformes à l'étatréel des choses, que devait, que pouvait faire le nonce ? Diplomate, il avait à renseigner son souverain et à l'éclairer sur la situation ; serviteur dévoué, tout au plus pouvait-il faire preuve de bonne volonté, en essayant d'exécuter les ordres reçus. Il fit l'un et l'autre. Aussi lui sommes-nous redevables d'un dossier en règle sur Ivan, dont il sera question tout à l'heure, dès que

nous aurons esquissé les démarches du nonce auprès de Sig^smond.

L'approbation royale à obtenir était une condition préliminaire, mais indispensable. Il fallait traverser la Pologne pour pénétrer jusqu'à Moscou ; Tusage voulait qu'on tint les Polonais au courant des négociations poursuivies avec leurs voisins ; cette fois, l'affaire était doublement délicate. Sigismond avait depuis longtemps remis dans le fourreau Tépëe de Varna; le petit-neveu de Wladyslaw était dans les meilleurs termes avec le Juif tout-puissant du Bosphore, Joseph Nazi ; l'idée d'une guerre contre les Turcs n'avait aucune chance de faire fortune en Pologne. Les difficultés s'aggravaient, sitôt que le tsar de Moscou devait être invité à entrer dans la ligue générale ; le cours des années n'avait pas, à cet égard, dissipé les appréhensions de Sigismond, tout en laissant de fortes empreintes sur sa physionomie. Le fastueux souverain qui avait si souvent brillé dans les riches costumes nationaux aux étoffes bigarrées, aux ceintures étincelantes de pierreries, ne portait plus que des habits de couleur sombre; ses appartements étaient aussi tendps de noir, comme pour mieux encadrer la tristesse qui le dévorait. Après le départ pour l'Autriche de sa troisième femme qu'il poursuivait d'une mortelle antipathie, retiré le plus souvent à &nyszyn, usé avant l'âge, tourmenté de la goutte, entouré d'ignobles créatures, il cherchait des consolations et ne trouvait pas le bonheur. Cependant l'année 1569 avait été témoin d'un triomphe pacifique des plus mémorables : à la diète de Lublin , la Lithuanie s'était réunie à la Pologne , mais l'importante forteresse de Polotsk restait encore aux mains d'Ivan IV. Sigismond ne pouvait se faire à cette idée; Il Roi du lendemain » , s'il tardait à déclarer la guerre, il n'en restait pas moins invariablement hostile à Moscou.

Ainsi, en 1570, à la seule nouvelle que les Vénitiens se dirigeaient vers la frontière russe, il déploya une surprenante activité pour les foire arrêter, de crainte qu'avec eux le pro(près ne pénétrât à Moscou ^ Malgré ses tristes habitudes, au milieu d'une cour dépravée et frivole, le dernier Jagellon avait gardé les dehors de la dignité, la courtoisie des manières. Aussi réservé dans les paroles qu'irrésolu de caractère, il ne tranchait pas les questions dans le vif et préférait s'en tenir aux ménagements diplo* matiques, surtout vis-à-vis de Rome. Initié aux desseins de Pie Y, il n'opposa pas constamment des fins de non^ recevoir aux instances pontificales; il y eut des fluctuations dans ses réponses, mais lorsqu'elles étaient favorables, il les entourait de clauses qui rendaient les concessions parfaitement illusoires.

Le nonce possédait la confiance du Roi. Il semble même avoir été mieux noté à Varsovie qu'à Rome; toujours est-il qu'il n'obtint pas le chapeau de cardinal, demandé en sa faveur par la Pologne. Lorsqu'il fit ses premières ouvertures au sujet de Moscou, Sigismond-Auguste les accueillit avec bienveillance : il déclara qu'il consentirait à l'envoi d'un nonce pontifical auprès d'Ivan, pourvu que ce nonce fût Portico lui-même ou toute autre personne digne de la même confiance; que la question religieuse fût l'unique objet de la mission ; qu'il y eût quelque espoir de la conversion d'Ivan et que tout se passât dans le plus profond secret. De pareilles conditions ne voilaient qu'à grand'peine un refus péremptoire.

Aussi, interpellé par le cardinal Hosius, son représentant à Rome, il ne lui cacha pas le fond de sa pensée et se servit même, pour la mieux expliquer, d'une piquante

> Bibi, Ord. Krasinskichy t. I, p. 345 k 353.

comparaison. Le 23 mai 157 1 , Sigismond écrivaità Hosius que, de Tavis de son conseil, il ne pourrait accorder au nonce pontifical les passeports pour Moscou, pas même en temps de trêve. Deux motifs l'engageaient à prendre cette résolution : le barbare Ivan n'en deviendrait que plus fier et plus intraitable, s'il voyait des personnages étrangers arriver au Kremlin; la conversion des Moscovites, malgré tous ces efforts, resterait à Fétatde chimère. C'était dire, en d'autres termes, que le Pape n*y gagnerait rien, tandis que le roi de Pologne y perdrait quelque chose. Il ajoutait qu^un Russe est plus difficile à convertir qu'un Juif, quoique Tentêtement des enfants d'Abraham soit proverbial; dès lors, comment se flatter de ramener, d'un seul coup, toute la nation au bercail? Un apologue à l'adresse du Pape servait de conclusion : le Roi exprimait la crainte que « n'importe qui » n'eût le sort du chien d'Ésope lâchant la proie qu'il tient sous la dent pour s'emparer de l'ombre reflétée dans les eaux. La morale de la fable se laissait deviner : favoriser Moscou, c'eût été se brouiller avec la Pologne. Le cardinal Hosius était mieux que personne en état de saisir l'allusion, mais beaucoup trop discret pour divulguer des confidences de ce genre : la lettre royale resta probablement ensevelie dans son portefeuille.

Il y eut toutefois de part et d'autre de nouvelles démarches, dont un seul document a conservé le souvenir. Une ligue contré les Turcs avait été formellement conclue, le 25 mai 1571, entre Pie V, Philippe II et le doge de Venise, — c'était la treizième depuis la fondation de l'empire ottoman;— -une clause spéciale stipulait que le même traité pourrait s'étendre à tous les princes chrétiens. Le Pape s'en prévalut pour inviter le roi de Pologne à s'unir aux nouveaux croisés. Celui-ci hésitait à prendre lui-même

les ar^ieset ne voulait pas qu'on enrôlât son rival du Mord. Mais se ravisant il écrivit au Pontife, le 3 septembre I57I, qu'il donnerait son concours à Texpëdition d'un nonce à liloscou, pourvu qu'on observât les conditions primitives, que la foi et non la guerre fût l'objet de la mission et qu'on lui garantit les pieuses dispositions d'Ivan. Le Roi se rappelait des clauses que lui avait inspirées une prudence de serpent; il oubliait que son secret avait été dévoilé dans sa propre lettre à Hosius.

Ces déclarations équivoques laissaient croire que Portico jouissait de son entière liberté d'action. Il devait, par conséquent, donner signe de vie, d'autant plus que ses lenteurs faisaient à Rome une impression pénible ; le vicechancelier Krasinski se crut même obligé, à un moment donné, de plaider la cause du diplomate pontifical et d'affirmer hautement sa bonne foi dans l'affaire de Moscou. Les instructions romaines lui laissaient une certaine latitude : avant de se rendre lui-même auprès du Tsar, il était autorisé à envoyer des émissaires pour sonder le terrain. C'était le plus sage et le seul parti à prendre : Portico avait déjà dirigé un ecclésiastique sur Moscou, le 10 mai 1571, après s'être mis en rapport avec les ambassadeurs russes en Pologne. Il en dépécha encore un second vers la fin du mois de juillet. Les détails de cette double mission ne nous sont pas parvenus; on ignore jusqu'aux noms des messagers; il est même assez probable qu'ils n'ont pas réussi à accomplir leur voyage'. Quoi cju'il en soit, le nonce n'en continuait pas moins ses préparatifs pour l'ambassade moscovite. Ainsi on faisait alors beaucoup de bruit autour de la discussion théologique d'Ivan avec Rokita, ministre des Frères bohèmes, qui avait accom-

* Bibl, Ord. Krasinskich, t. III, p. 41, 151, 165. — TaEiNEn, Vet. mon. PoLy t. II, p. 773. — CâTEWi, p. 185.

pagné l'ambassade polonaise à Moscou, en 1570. Le Tsar aimait, en effet, à étaler son érudition biblique, et il avait saisi Foccasion pour faire une apologie plus prëten* tieuse que savante de la foi orthodoxe. Â Tissue du débat, 1 y eut, de part et d'autre, échange d'écrits dogmatiques : Wengierski affirme avoir vu lui-même le livre élégamment relié que le Tsar avait remis à Rokita. En attendant, la presse divulguait les détails de la discussion qui avait eu Heu au Kremlin. Le nonce crut cju'on pourrait peut-être en tirer parti; Tétrange récit fut traduit du russe en polonais, et du polonais en latin. En même temps parut une réfutation de la profession de foi protestante rédigée à Sandomir, que des malveillants fiaisaient passer auprès d'Ivan pour un symbole catholique. Les préoccupations religieuses et littéraires n'absorbaient pas tellement le nonce qu'il n'eût des loisirs pour les soins matériels : les voitures de voyage, les litières et autres accessoires ne furent pas oubliés ' .

Ces frais de préparatifs manifestaient au grand jour la promptitude du serviteur à obéir à son mattre ; le diplo* mate ne se montrait pas moins empressé de renseigner dûment sa cour. Une bonne fortune rendit ce dernier rôle plus facile que l'autre. Pendant que le nonce cherchait des nouvelles sur Ivan, un soldat d'origine poméranienne, nommé Albert Schlichting, prisonnier à Moscou depuis sept ans,' trouva le moyen de s'échapper et s'en vint en Pologne, où ses premiers moments de liberté furent consacrés à fixer ses souvenirs sur le papier. Attaché au service du médecin italien d'Ivan, Arnoido, il avait beaucoup vu par lui-même, beaucoup entendu, et il ne se sentait pas en veine de réticences. Son prolixe mémoire de

> Reoesitolscids, p. 91. — Tststaïst, Protest», p. 5Hà 570. — TaEiei eb» Vet, mon, PoL, t. II, p. 774.

soixante-cinq grandes pa^s, dédié à Sigismond-Aug^usle, donne une idée singulièrement défavorable du Tsar; il y raconte avec des détails plus ou moins exacts Torganisation de Topritchnina, le sac de Novgorod, les massacres périodiques de Moscou. Le tableau est si sombre que le lecteur en reste accablé. Quant à Portico, cette relation d'un témoin oculaire lui tombait entre les mains tout juste à point nommé ; aussi s'empressa-t-il de Fenvoyer à Rome pour en édifier le Pape et son conseil. C'est encore par la même voie probablement que parvinrent au iVatican les rapports des ambassadeurs polonaise Moscou en 1570. Les outrages qu'ils avaient subis en route, l'accueil glacial du Tsar, n'étaient pas de nature à faire rechercher les relations diplomatiques avec Ivan. Pour ne pas se laisser prendre au dépourvu, le nonce gardait auprès de lui le double des pièces qu'il envoyait à Rome; il en fit part, en 1581, à Possevino : c'est ce que nous avons appelé plus haut le dossier de Portico.

Cependant, grâce aux révélations du nonce, la vérité commençait à se faire jour à Rome. Le caractère d'Ivan inspirait au Pape une vive répugnance; il se résigna au sacrîBce de ses projets, u Nous renonçons complètement, écrivait-il au roi de Pologne, le 31 novembre 1571, à Taffaire moscovite, à cause des informations que nous avons reçues sur la vie du Tsar. » Un peu auparavant, la même résolution avait été notifiée à Portico en ces termes : « Nous avons vu ce que vous nous communiquez au sujet du Moscovite. Ne pensez plus à vous rendre dans ces contrées, lors même que le roi de Pologne louerait et favoriserait votre voyage, car nous ne voulons pas nous mettre en rapport avec une nation si cruelle et si barbare. » Le nonce n'eut pas de peine à se conformer au désir de son maître. L'entreprise semblait si importante^ et, si difficile

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â qui la voyait de près, que Portico «e faisait un mérite de n'avoir pas reculé devant elle. In magnis voluisse sat est, disait-il avec le poète, comme pour se consoler de n'avoir pas mieux réussi'.

Pie y trouvait, de son côté, des motife de satisfaction autrement efficaces. Le 7 octobre 1571 marquait une date immortelle : la flotte chrétienne noyait dans les eaux de Lépante le prestige du Croissant. Cette grande victoire navale pèsera un jour, comme Salamine et Actium, dans les destinées du monde. Désormais la preuve glorieuse et sanglante en est acquise : les fils des croisés, unissant leurs efforts, peuvent briser la puissance musulmane. Au Pape revenait la mission de maintenir cette union et de la développer; — problème difficile, auquel Pie V consacra le reste d'une vie qui allait bientôt s'éteindre. Absorbé par cette incessante préoccupation, il ne songea plus à la Moscovie. Incapable du reste, à cette époque, de servir la cause commune, elle avait à se remettre de ses propres désastres. L'année 1571 avait été singulièrement fatale aux Russes ; tandis que le Pape recherchait leur alliance contre les Turcs, Ivan voyait ses propres États ravagés par les Tatars. Profitant des beaux mois du printemps, Devlet- Guireï, khan de Crimée, avait porté le fer et le feu jusque sous les murs de Moscou, dont il avait incendié les faubourgs. Le Tsar se réfugia dans le Nord et ne revint dans sa capitale que pour signer une paix plus humiliante que ne l'avait été sa fuite. Dès lors, comment compter sur son alliance?

Parfaitement initié à ces péripéties, Sigismond n'eut garde d'en appeler à l'invasion tatare dans sa correspon-

» Arcbivct du Vatican, Polit., LXVIII; PU V Br., t. X!X, f. 436. — Gâtera, p. 185. — Thbirer, Vet. mon. Pol., t. II, p. 774. — Sbornik rou^sk. ist. ob., LXXI, p. 748 à 762.

dauce avec le Pape; et cependant n'eùt-ce pas été un spécieux prétexte pour entraver la mission moscovite? Les dépêches de Portico expliquent cette réserve : vers la fin de Tannée 1571, les mandataires de Devlet-Guirel vinrent à Varsovie se faire payer leurs prouesses; Tor polonais avait lancé les Tatars contre Moscou. Cette espèce de compromis ne répugnait pas aux hordes mercenaires, et les princes chrétiens s*en prévalaient sans scrupule, mais en secret. Aussi, lorsque le Pape abandonne ses projets, il n'en donne d'autre motif que la barbarie et la cruauté des Moscovites. Son regard se tourne vers la Perse, T Arabie, TÉthiopie; c'est là qu'il cherche de nouveaux alliés.

Venise ne s'effarouchait pas si facilement. Les alliés n'avaient pas consenti au massacre des prisonniers de Lépante; le sicaire soudoyé contre Sélim n'avait pu tuer le Sultan; le conseil des Dix revient alors, en 1572, à ridée d'un soulèvement des Hellènes et d'une entente avec le Tsar, mais les lettres qui lui sont expédiées ont le même sort que celles de 1570 : elles s'égarent en route.

Les événements ne tarderont pas à modifier, à l'endroit •de Moscou, les vues du Saint-Siège. Déjà, dans sa relation finale, Portico avait insisté sur les avantages d'une paix durable entre les nations slaves '. Grégoire XIII fera de nouvelles démarches auprès d'Ivan.

' Thkiher, Vet. mon. Pol., t. II, p. 771. — Laxarskt, p. 83 à 90, 08t, 083. — Archivet du Vatican, Àrm. LXIV, t. XXIX, Poionia, U I, f. 85.

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