‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 3 sur 51 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

les témoins des anciens temps reparaissaient au grand jour, nous avons publie une série de monographies sur les rapports de Rome avec Moscou. Aujourd'hui, c*est un travail d'ensemble que nous abordons, après avoir, autant que possible, comblé les lacunes et essayé de réunir en un seul tableau les traits épars de divers côtés.

Avant d'entrer en matière, il importe d'esquiftser à grands traits la politique des Papes vis-à-vis des tsars de Moscou et des rois de Pologne, d'élargir le cadre du récit en reprenant les faits depuis leurs premières origines, d'indiquer enfin les procédés mis en œuvre et les résultats obtenus.

Si l'intérêt vital de l'histoire se concentre dans l'analyse et le rapprochement des faits, dans la recherche des puissants facteurs qui ont déterminé les courants des siècles, l'on ne pourrait impunément faire abstraction des doctrines dont s'inspire la politique. Quand il s'agit du Saint-Siège et de nations dissidentes, l'élément dogmatique acquiert une nouvelle importance, sitôt que les affaires temporelles s'enchevêtrent avec les projets de conéiliation religieuse. Ce phénomène se produit constamment à Byzance ; il se répète dans l'ancienne Moscovie, — analogie frappante qui peut-être n'a pas été assez remarquée.

Déjà, à l'époque des croisades, pendant la courte existence de l'empire latin d'Orient, au milieu du tumulte des armes, malgré les graves préoccupations de la con-

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quête de Jërudalem et de la destruction de rislam, le mot d'union avec Rome avait retenti, et les conditions en avaient été soumises aux Byzantins. Sans remonter si haut, nous avons surtout en vue la période qui a été marquée par les deux conciles de Lyon et de Florence.

Exposés aux attaques des Turcs, serrés de près par (3iarles d'Anjou, roi de Sicile, menacés par l'empereur détrôné Baudouin II, les césars de Byzance réclamaient les secours de l'Occident, s'adressaient aux Papes et leur exposaient le péril de la chrétienté, si le rempart du Bosphore venait à lui manquer. Plus d'une fois, les ambassadeurs de Michel Paléologue avaient tenu à Rome des discouirs de ce genre. Les Papes y prêtaient l'oreille volontiers, promettaient d'exciter le zèle des Latins en sauvegardant les Hitérêts de Byzance, mais invitaient en même temps à oublier les Photius et les Cérulaire, à revenir aux temps des Athanase et des Ghrysostome, qui avaient professé la foi de Rome et reconnu dans le pontife romain )e chef de l'Église. Grégoire X crut même le moment si favorable qu'il convoqua, en 1274, un concile général à Lyon, pour débattre principalement les questions pendantes avec Byzance. Le 6 juillet de la même année, la paix religieuse fut solennellement conclue entre l'Orient et l'Occident; les Grecs reconnurent la primauté du Pape et lui prêtèrent serment de fidélité. Union éphémère qui ne dura pas au delà du règne de l'empereur Michel, après quoi des polémiques acerbes et passionnées rendirent permanent l'état d'hostilité.

Les rares moments de trêve étaient provoqués par le danger croissant du côté des Turcs; lorsqu'il n'y avait plus d'autre espoir que l'Occident, la pensée de s'entendre avec Rome revenait d'elle-même. Vers le milieu du quinzième siècle, ce n'est pas seulement, comme autrefois, un

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appel empresse, une demande urgente de subsides, c'est un cri suprême d'angoisse qui se fait entendre sur le Bosphore. Les Grecs sentent déjà les étreintes meurtrières de rislam. Tout autour le pays est entre les mains musulmanes ; la capitale résiste encore^ mais des efforts prodigieux pourront seuls la sauver d'une ruine imminente. L'empereur Jean Paléologue redouble ses instances auprès des Papes; un concile se réunit à Ferrare et puis à Florence : Bessarionde Nicée, Isidore de Kiev, y déploient leurs talents. Eugène IV publie, en 1439, la bulle d'union et adjure les princes d'Occident de voler au secours de Byzance agonisante. î^i sa voix, ni plus tard celle de Nicolas V, ni l'héroïsme de l'empereur Constantin, ne réussirent à sauver la capitale du Bas-Empire, condamnée à devenir la capitale de l'empire turc.

Après la chute de Gonstantinople, lorsque la répression des Ottomans, qui menaçaient déjà l'Adriatique et l'Italie, devint la constante préoccupation des pontifes romains, les rapports avec Moscou s'établirent par la force même des choses. Il s'agissait d'opposer aux armées des infidèles les armées chrétiennes, et d'endiguer le torrent islamique qui se déversait sur l'Europe. Les Papes cherchaient partout des alliés, et naturellement les souverains de Moscou n'échappèrent point à leurs regards. C'est ici qu'il importe de constater, du côté de Rome, l'unité du point de vue religieux au milieu des circonstances extérieures les plus variées. L'élément politique n'est plus le même; Moscou n'est pas,, comme Byzance, menacée de près par un ennemi formidable ; c'est plutôt l'alliance des Tsars que l'on recherche, car ils passent pour avoir une nombreuse armée, et les Papes l'eussent vue volontiers au service de la cause commune; en revanche, Rome ne peut offrir que la couronne royale et des titres honorifiques,

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