‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 5 sur 51 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

liation proposée aux Orientaux chaque fois que Ton négociait un rapprochement : unité dans la foi, maintien des rites respectifs. L'Église de Rome ne peut rien changer au dépôt révélé, confié à sa garde pour*ètre conservé intact; elle doit demander l'adhésion aux vérités dogmatiques, qu'elle enseigne. Par contre, elle se montre très large dans tout ce qui subit l'influence du temps, dans le domaine de la liturgie et du droit ecclésiastique. A Byzance et à Moscou, à propos des questions politiques, les Papes poursuivent en même temps la réunion des Églises dans les conditions indiquées plus haut; ce but est exprimé tantôt explicitement, tantôt à mots couverts, mais il reste toujours le plus important aux yeux des successeurs de saint Pierre. Cette tendance à réconcilier l'Orient avec l'Occident, à faire revivre l'ancienne unité, c'est ce que les historiens de certaines écoles appellent l'esprit de conquête des Papes, leur désir de puissance et d'envahissement, expressions inexactes qui produisent des équivoques regrettables.

Si les Papes insistaient de préférence sur le point religieux, les Tsars n'y attachaient qu'une médiocre importance. Le concile de Florence avait été formellement rejeté à Moscou comme une innovation dangereuse, et l'aversion des Latins allait toujours croissant. Lorsque Mohammed eut asservi la nouvelle Rome et profané Sainte- Sophie, les Russes se complurent de plus en plus dans^ l'idée d'être les seuls représentants légitimes du vrai christianisme. Illusion fatale, car l'idée même de l'Église s'obscurcissait parmi eux, grâce aux empiétements successifs du pouvoir temporel; les Tsars choisissaient le& évoques, convoquaient les synodes, inspiraientles réformes, et le souvenir d'un pouvoir spirituel indépendant dans sa sphère d'action, responsable devant Dieu seul, s'oblitérait

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dans rhabitude d'une soumission absolue. L'omnipotence ecclésiastique n'était pas faite pour déplaire aux Tsars; la restreindre ou s'en dessaisir eût été pour eux un lourd sacrifice. Entraînés par les événements ou séduits par des calculs politiques, ils se résignaient parfois à correspondre avec les Papes, pour leur demander des architectes et des artisans, comme Yasili III en requit à Clément VU, ou pour les prier d'intervenir auprès de la Pologne, ainsi que le fit Ivan IV; mais aux propositions religieuses qui surgissaient à ces occasions, les Tsars ne répondaient que d'une manière évasive; ou bien, pressés de s'expliquer, ils avouaient franchement vouloir mourir dans la foi de leurs pères. La doctrine des Papes se heurtait, au Kremlin, non pas précisément contre une autre doctrine, mais contre im parti pris^ une routine séculaire, un abus excessif de pouvoir; obstacle d'autant plus difficile à surmonter qu'il s'étayait sur une orgueilleuse ignorance des sciences sacrées et sur des préjugés parfois puérils : les discussions théologiques d'Ivan IV avec Possevino en sont une preuve irrécusable. En matière religieuse, à défaut d'érudition, il y avait au moins de la sincérité; les questions politiques n'offiraient pas cet avantage. Les Tsars se posaient volontiers en champions de la chrétienté, se disaient prêts à marcher contre les Turcs ; mais cet étalage d'ardeur belliqueuse n'allait pas an delà d'une démonstration platonique; de fait, on préférait rester en bonne intelligence avec un souverain puissant et laisser à d'autres l'honneur de défendre la chrétienté.

Entre les Papes et les Tsars, entre les apôtres de l'unité, les ennemis déclarés de l'Islam et les habiles politiques du Kremlin, qui savaient tergiverser à propos et dissimuler avec art, les rois de Pologne occupaient une singulière position. Le plus souvent, soit pour une raison, soit pour

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