VIII INTRODUCTION
une autre, ils prenaient une part plus ou moins active aux négociations entre le Vatican et Moscou. Souverains catholiques, n'auraient-ils pas dû se ranger résolument du côté des Papes et travailler à la réunion des Églises? Il faut avouer ici que les traditions du passé et les conditions historiques paralysaient parfois les meilleures intentions.
Et d'abord, convaincus que la paix religieuse resterait à Tétat de chimère, au moindre souffle de rapprochement, les rois de Pologne supposaient des pièges tendus aux Papes par les Tsars, en vue d'obtenir des avantages temporels, des honneurs et des titres. La couronne royale que Rome faisait miroiter aux yeux des Tsars avait le don d'exciter les plus vives appréhensions. Que de fois on la crut déjà en route pour le Kremlin ! Des ordres rigoureux volaient aux frontières, on faisait bonne garde, mais les messagers suspects n'arrivaient pas; tout se réduisait à de vaines craintes. Héritiers de Monomaque, soutenus par Byzance, les Tsars se souciaient peu des couronnes romaines ; tout au plus désiraient-ils que l'Occident reconnût les titres qu'ils s'arrogeaient d'eux-mêmes.
Des intérêts diamétralement opposés compliquaient encore la situation : Slaves d'origine, mais jetés les uns dans le moule de Byzance, les autres dans celui de Rome, Russes et Polonais étaient exposés aux rivalités nationales et aux querelles de frontières. Les conquêtes ouvrirent des plaies profondes : pendant que les Russes gémissaient sous le joug des Mongols, Polonais et Lithuaniens s'emparèrent de quelques apanages de la maison de Riourik ; réunis en une seule Rzecz pospoUta^ les conquérants n'admettaient plus les réclamations du Kremlin, tandis que les provinces contestées gravitaient tacitement vers Moscou ; de là principalement des hostilités permanentes qui se transformaient souvent en guerre ouverte.