‹ La Russie et le Saint-SiègeChapitre 8 sur 51 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

d'Orient. D'autre part, TuDion de Théophanie, sœur d'Anne, avec l'empereur Othon II, formait un lien avec rOccident, et l'éclat de cette alliance rejaillissait sur le grand kniaz.

A cette époque les hostilités entre Rome et Byzance n'étaient encore qu*intermittentes. Aussi, quoique disciples des Grecs, les Russes envoyaient des ambassades au tombeau des apôtres, où les saints Cyrille et Méthode avaient inauguré leur mission. A leur tour, les successeurs du pape Nicolas 1*' offraient des reliques aux princes de Kiev, et le peuple accueillait avec joie les mandataires romains. Ces souvenirs nous ont été conservés par des chroniqueurs russes que personne n'accusera d'être prolixes outre mesure. Un missionnaire d'Occident y a joint quelques traits pittoresques.

Brunon, en religion Boniface, désireux de prêcher l'Évangile aux Pelchénègues, vint à passer par Kiev. Le grand kniaz Vladimir hébergea le moine latin, le retint un mois entier, et chercha à le détourner de sa périlleuse mission. Ne parvenant pas à ébranler sa constance, effrayé d'ailleurs par un songe mystérieux, Vladimir non seulement le laissa partir, mais encore l'accompagna pendant deux jours de marche. Arrivés à la frontière, le prince et son hôte se firent de touchants adieux. Brunon monta sur un tertre et, élevant la croix, chanta ce verset de l'Évangile : « Pierre, m'aimes-tu? Pais mes brebis. » Sa voix parvint jusqu'à Vladimir qui renouvela, mais en vain, ses conseils de prudence. « Que Dieu t'ouvre le paradis, comme tu m'as ouvert l'accès vers les barbares » : telle fbt la réponse du missionnaire. Au retour, Brunon put annoncer le baptême d'environ trente Pelchénègues et concerter des mesures pour le maintien de la paix et la diffusion de la foi. C'est lui-même qui donne tous ces

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détails dans une lettre adressée, en 1007, au futur empereur Henri II, et dont il existe à Gassel une copie sur parchemin du onzième siècle : le disciple de saint Ilomuald, Tami d'Othon III, Tapôtre des Petchénègues, n'avait qu*à se louer de Tapôtre des Russes.

Au siècle du baptême succéda le siècle des lumières, laroslav, fils de Vladimir, grand bâtisseur d'églises, fondateur de monastères, était en même temps un souverain éclairé et le premier législateur de sa nation. S'il n'a pas été en contact direct avec les Papes, il ne s'en est que plus rapproché des peuples soumis à la tiare. Ses alliances de famille l'ont apparenté avec les catholiques de Pologne, de Hongrie, d'Allemagne, de Norvège et de France. Le mariage français a été de tous le plus éclatant. Un jour, c'était en 1048, trois évéques, Gautier de Meaux, Goscelin de Ghalignac, Roger de Ghàlons, vinrent à Kiev, demander à laroslav la main de sa fille Anne pour le roi Henri I*'. Après avoir obtenu le consentement du prince, ils emmenèrent en France la jeune fiancée. Les noces furent célébrées vers la Pentecôte de l'année suivante ; le sacre de la Reine se fit solennellement à Reims, et, depuis ce jour, le nom de la « bonne et religieuse Anne » , pour parler le langage des chroniques, fut toujours associé à celui de Henri V dans les fondations pieuses. Après la mort de son époux, la Reine fit construire, à Sentis, une église en l'honneur de saint Vincent, diacre et martyr de Saragosse, avec une abbaye pour les chanoines réguliers de Saint-Augustin. Un fils de cette princesse que les papes honoraient de leurs brefs, Hugues le Grand, comte de Vermandois, figure parmi les héros de la première croisade. Détail curieux : Odalric, prévôt de l'église Sainte- Marie de Reims, avait chargé Roger de Ghàlons de vérifier les légendes sur saint Clément, dont les reliques

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